Partage d'évangile quotidien
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Changement de programme

Lun. 6 Janvier 2014

Matthieu 4, 12-25 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Il entend que Jean a été livré : il se retire dans la Galilée. Il quitte Nazareth. Il vient habiter à Capharnaüm sur mer, aux frontières de Zabulon et Nephtali, pour que soit accompli le mot dit par Isaïe le prophète : “Terre de Zabulon, terre de Nephtali, chemin de la mer, au-delà du Jourdain, Galilée des païens ! Le peuple assis dans les ténèbres voit une grande lumière ! Et les assis dans le pays et l'ombre de mort, pour eux se lève une lumière !” Dès lors Jésus commence à clamer. Il dit : « Convertissez-vous ! Car proche est le royaume des cieux ! » 

Marchant au bord de la mer de Galilée, il voit deux frères, Simon, dit Pierre, et André, son frère : ils jettent un épervier dans la mer, car ce sont des pêcheurs. Il leur dit : « Venez derrière moi ! Je vous ferai pêcheurs d'hommes. » Eux aussitôt laissent les filets, ils le suivent. De là, il avance : il voit deux autres frères, Jacques, celui de Zébédée, et Jean son frère, dans la barque, avec Zébédée leur père. Ils réparent leurs filets. Il les appelle. Eux aussitôt laissent la barque et leur père, ils le suivent. 

Il parcourait la Galilée entière, pour enseigner dans leurs synagogues, clamer la bonne nouvelle du royaume, guérir toute maladie et toute faiblesse dans le peuple. Sa renommée s'en va dans la Syrie entière. Ils lui présentent tous ceux qui vont mal et qui sont oppressés de maladies et de tourments divers : démoniaques, lunatiques, paralytiques... Il les guérit. Le suivent des foules nombreuses, de la Galilée, des Dix-Villes, de Jérusalem, de Judée, et d'au-delà du Jourdain. 

 

 

L'appel des disciples, par He-Qi

 

 

voir aussi : Les commencements, Premiers pas, Pêcheur d'hommes

Les débuts du ministère public selon Matthieu. Nous ne pouvons que profiter de la coïncidence pour comparer avec les débuts selon Jean que nous avions samedi ! d'autant que le parallèle est frappant avec ces deux mêmes noms : Pierre et André. Les deux mêmes hommes, qui vont faire partie des plus fidèles, de ceux qui ont suivi Jésus du début à la fin, qui vont aussi faire partie du groupe des douze. Une première différence, bien sûr, saute aux yeux : chez Jean, ce sont les disciples qui demandent à suivre Jésus, tandis que chez Matthieu, et en fait dans les trois synoptiques, c'est Jésus qui leur demande de le suivre. La vérité est ici vraisemblablement du côté de Jean, celui qui a essayé de faire croire qu'il n'y avait jamais eu de divergences de vues entre le Baptiste et Jésus, et qui du coup pouvait dire que les premiers disciples de ce dernier (et sans doute Jésus aussi lui-même) avaient d'abord été disciples du premier. Les synoptiques, pour leur part, ont eu à gérer la concurrence des fidèles de Jean Baptiste, et ont préféré masquer cette origine. Et puis, contrairement à l'évangile de Jean, qui ne se concentre que sur l'aventure spirituelle personnelle à la suite du maître, les synoptique s'inscrivent aussi dans une logique de structuration du mouvement des héritiers, ils ont besoin de justifier une hiérarchie. C'est pour ces deux raisons que nous avons cet appel de Pierre, André, et des autres, à l'initiative de Jésus.

Seconde différence, un peu moins visible : chez Jean, ce sont André et un autre disciple, non nommé, qui suivent Jésus les premiers, et Pierre ne vient qu'en troisième, en sa qualité de frère d'André, alors qu'ici Pierre est nommé en tout premier, et André ne vient qu'ensuite, en sa qualité de frère de Pierre. Ce n'est pas tout-à-fait anodin que ce soit André, ou Pierre, qui soient dits frères de l'autre ! Pour les synoptiques, c'est la même logique qui se poursuit, nous sommes déjà dans le précepte de Pierre comme chef des apôtres, et il fallait donc qu'il soit appelé le premier. Pour Jean, c'est une constante tout du long de son évangile, que d'avoir tendance à dévaloriser Pierre, en partie parce que, comme nous venons de le dire, la communauté johannique n'est pas très portée sur les questions de hiérarchie et d'autorité, et qu'en conséquence elle ne souhaite pas cautionner la statue que les autres ont décidé de construire autour de Pierre, en partie aussi parce que cette communauté préfère, évidemment, se référer à, et valoriser, son fondateur à elle, le "disciple que Jésus aimait"...

Par contre, et presque par contraste, le premier discours de Jésus est, comme nous l'avons déjà aussi noté ces jours-ci, un décalque copie conforme de celui du Baptiste : "Dès lors Jésus commence à clamer. Il dit : «Convertissez-vous ! Car proche est le royaume des cieux !»", à comparer avec Matthieu 3, 2 : "Jean clame dans le désert de la Judée. Il dit : «Convertissez-vous ! Car proche est le royaume des cieux !»"... Bien sûr, Matthieu enchaîne rapidement sur ce qui va faire, plus tard, la différence : "il guérit toute maladie... il les guérit tous", guérisons qui sous-entendent que le Royaume n'est plus seulement "proche", comme avec Jean, mais même "déjà là", ce qui nous donnera cette autre affirmation de Jésus "le Royaume est au milieu de vous". Il y a ici bien plus que des nuances, en fait toute une évolution de Jésus et de sa pensée : parti de ce qu'il avait appris avec Jean, puis, découvrant les miracles, et croyant alors à une venue en cours de réalisation d'un Royaume traditionnel, très terrestre et matériel, puis enfin arrivant à la conception toute intériorisée, de la présence du Père en chaque homme. Mais nous y reviendrons. Pour l'instant, on peut trouver fragile cette seule phrase de Jésus, strictement identique à celle de Jean, pour justifier que sa première prédication était la même, mais ce serait faire une erreur d'appréciation que de la sous-évaluer ainsi. Les synoptiques, justement, ont ce souci constant de montrer que Jésus dépassait largement Jean. Qu'il reste encore une trace comme celle-ci en prend une valeur d'autant plus grande.

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