Partage d'évangile quotidien
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L'arbre émissaire

Mer. 26 Juin 2013

Matthieu 7, 15-20 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

« Défiez-vous des faux prophètes : ils viennent vers vous en vêtements de brebis, mais au-dedans ce sont des loups rapaces. 

« C'est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. Est-ce qu'on ramasse sur des épines des raisins ? Ou sur des ronces, des figues ? Ainsi, tout arbre bon fait de beaux fruits, mais un arbre pourri fait de mauvais fruits. Ne peut un arbre bon faire de mauvais fruits, ni un arbre pourri faire de beaux fruits. Tout arbre qui ne fait pas de beau fruit est coupé et jeté au feu. 

« Ainsi, c'est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. » 

 

 

Le bon berger, par He-Qi

 

 

voir aussi : Le fruit du muflier ?, Gare au garou !, Fruits déguisés

C'est plutôt un discours des premières communautés que de Jésus. Jésus a pu traiter ses adversaires avec des termes similaires, mais pas en parlant d'eux au futur, comme ici. Il savait dire immédiatement ce qu'il avait à leur reprocher, en quoi, selon lui, ils se trompaient et trompaient les autres. Il ne disait pas : "attendez, vous saurez un jour si les fruits produits par les sadducéens ou les pharisiens sont bons ou mauvais", mais "malheurs à vous, vous avez confisqué la clé du royaume, vous ne voulez pas y entrer et vous empêchez les autres d'y entrer !". Il s'agit donc plutôt ici des disputes entre divers courants, diverses factions, au sein du christianisme naissant dans lequel, dès les débuts, c'est le moins que l'on puisse dire, tous n'avaient pas les mêmes idées ni les mêmes conceptions. Les choses ne se sont d'ailleurs pas arrangées par la suite, on le sait, et tout ceci est normal. Nous sommes tous différents les uns des autres, il ne peut pas y avoir unanimité entre nous sur ce qu'est la Voie.

Puis-je pour autant aller jusqu'à accuser les autres, ou certains parmi eux, d'être des loups ? Même si c'est le cas, s'ils le sont effectivement (et il y en a eu, il y en a, et il y en aura encore sans doute), l'argument est un peu court s'il se contente du seul critère qui nous est donné ici : attendre de voir les fruits. Certes, il vaut mieux dire ce qu'on pense, ne serait-ce que pour mettre la puce à l'oreille d'autres qui pourraient se laisser prendre en toute bonne foi, ou d'autres encore qui sauront peut-être mieux que nous expliciter ce qui ne va pas, mais pourvu qu'on ait raison... sinon, c'est la porte ouverte à la délation généralisée et à toutes les inquisitions. Bref, ce passage de Matthieu ressemble beaucoup à une incantation gratuite et un aveu d'impuissance. Il veut nous alerter, mais sans nous dire vraiment à quel sujet. Très similaire à la parabole de l'ivraie, il voudrait nous amener à la conclusion contraire : nous faire du souci là où nous ne pouvons rien faire, et nous induire dans un état d'esprit paranoïaque.

Il serait d'ailleurs intéressant de faire un bilan comparatif des dégats causés par les hérésies et les charlatans, d'une part, et par les erreurs et outrances des bergers officiels d'autre part. Pourquoi ai-je l'impression que ce sont ces dernières qui, au cours de l'histoire, ont, hélas, été les pires ? Sans doute parce que, justement, se parant des oripeaux d'une infaillibilité usurpée, leurs effets pernicieux s'en sont vus accrus d'un facteur exponentiel. Il serait peut-être bon, finalement, qu'en ces matières nous sachions, nous aussi, adopter le comportement dont bénéficièrent les premiers apôtres, encourant la mort après avoir à plusieurs reprises provoqué le sanhédrin. C'était un certain Gamaliel qui plaida ainsi en leur faveur : "ne vous occupez plus de ces gens, laissez-les, si leur intention vient des hommes, elle tombera, si elle vient de Dieu, vous ne pourrez pas la faire tomber".

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