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Dérèglements

Lun. 4 Juillet 2011

Matthieu 9, 18-26 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Tandis que Jésus leur parlait ainsi, voilà qu'un chef s'approcha ; il se prosternait devant lui en disant : « Ma fille est morte à l'instant ; mais viens lui imposer la main, et elle vivra. » Jésus se leva et se mit à le suivre, ainsi que ses disciples. 

Et voilà qu'une femme souffrant d'hémorragies depuis douze ans s'approcha par derrière et toucha la frange de son vêtement. Car elle se disait en elle-même : « Si je parviens seulement à toucher son vêtement, je serai sauvée. » Jésus se retourna, la vit et lui dit : « Confiance, ma fille ! Ta foi t'a sauvée. » Et la femme fut sauvée à l'heure même. 

Jésus, arrivé à la maison du chef, dit, en voyant les joueurs de flûte et l'agitation de la foule : « Retirez-vous. La jeune fille n'est pas morte : elle dort. » Mais on se moquait de lui. Quand il eut mis la foule dehors, il entra et saisit la main de la jeune fille, qui se leva. Et la nouvelle se répandit dans tout ce pays. 

 

 

Ruth et Noémie, par He-Qi

 

 

voir aussi : Histoires de femmes

A nouveau, la manière dont Matthieu rapporte ces épisodes leur enlève beaucoup d'intérêt. Chez Marc et Luc, lorsque le père vient intercéder pour sa fille, celle-ci est au plus mal, mais pas encore morte. L'intermède de la femme aux pertes de sang justifie alors que Jésus prenne du retard, et qu'à son arrivée la fillette soit morte. Ceci atténue la portée de la réanimation que Jésus opère sur elle, mais cette version est plus plausible que celle de Matthieu.

Dans Jean, on voit que Jésus est très long avant de réanimer Lazare. Il lui faut toute son affection pour un de ses grands amis, et les chagrins de Marthe et Marie, pour qu'il y consente. On voit mal pourquoi, ici, il aurait pris une telle décision pour une jeune fille qu'il ne connaissait pas. La perspective de Marc et Luc est plus vraisemblable : Jésus était parti pour guérir une malade, elle est morte entre temps, il est allé au bout de sa démarche.

Avec Matthieu, on ne sait pas ce que vient faire l'épisode de la femme hémoroïsse au milieu de celui de la jeune fille. Le point commun entre les deux est qu'il concerne des femmes, l'une au début de sa vie de mère (la fille du chef s'avère être une jeune fille quand Jésus lui prend la main), l'autre sans doute à la fin de sa fécondité, avec une ménopause qui n'en finit plus. Deux femmes qui vivent mal ces passages, ces changements de leur statut.

On peut lire que la femme mûre est symboliquement la mère de la jeune fille, et qu'elle a du mal à laisser sa place à la génération suivante. L'ordre des guérisons s'explique alors logiquement, il n'était pas possible qu'il se déroule dans l'autre sens. Il fallait que la femme mûre accepte la fin de ses maternités pour que la fille puisse prendre le relais.

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