Partage d'évangile quotidien
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Aveugles aveuglés

Ven. 6 Décembre 2013

Matthieu 9, 27-31 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

De là, Jésus passe... Deux aveugles le suivent. Ils crient en disant : « Aie pitié de nous, fils de David ! » 

Quand il vient dans la maison, les aveugles s'approchent de lui. Jésus leur dit : « Croyez-vous que cela, je peux le faire ? » Ils lui disent : « Oui, Seigneur ! »  Alors il touche leurs yeux en disant : Selon votre foi, qu'il vous advienne !  Et leurs yeux s'ouvrent. Jésus frémit sur eux et leur dit : « Voyez ! Que personne n'en ait connaissance ! » 

Mais eux sortent et le divulguent dans toute cette terre-là. 

 

 

L'entrée triomphale à Jérusalem, par He-Qi

 

 

voir aussi : Délit d'initiés, Crieurs publics, Les yeux du coeur, Ouvrir les yeux

On trouve très souvent dans les évangiles cette insistance de Jésus pour que les bénéficiaires des signes n'en parlent pas. C'est une caractéristique essentielle de l'évangile de Marc, mais, comme nous le voyons aujourd'hui, on le trouve aussi chez Matthieu, mais encore chez Luc et Jean. Si on ne le trouvait que chez Marc, on pourrait effectivement en conclure que cela ne fait partie que du propos théologique de cet auteur. Mais on voit qu'il y en a des témoignages dans les quatre évangiles, c'est que cela a très certainement été la réalité. Jésus, au moins assez rapidement après que les premiers signes se soient produits, avait bien compris qu'ils avaient des conséquences plus dommageables qu'autre chose pour sa mission. Nous savons les problèmes qu'a entraînés la volonté des foules de l'identifier au messie, qui ont culminé avec leur tentative de le propulser à la tête d'un mouvement politique de prise du pouvoir, après la multiplication des pains. C'est ici le thème du "secret messianique" chez Marc. Mais nous voyons aujourd'hui que ce n'est pas seulement cette identification au messie que Jésus redoutait. C'est déjà sa seule réputation de thaumaturge qui l'embarrasse. Le seul fait qu'on ne s'intéresse à lui qu'à cause des signes est déjà un échec de son ministère.

Donc, Jésus, passées les premières guérisons, ou exorcismes, se rend assez vite compte que ces événements ne vont pas l'aider à transmettre ce qu'il vit avec le Père, et cherchera à partir de là à éviter que cela ne se reproduise. Sauf que, bien sûr, ce n'est pas vraiment lui qui maîtrise la question. On nous le dit clairement dans la plupart des récits : il est "pris aux entrailles", il est pris de pitié, d'empathie, pour les malheurs des gens qu'il rencontre, et c'est ce qui déclenche alors le signe, la guérison, l'exorcisme, sans qu'il ne puisse vraiment rien y faire. Peut-être va-t-il essayer de se 'blinder' intérieurement, peut-être les disciples se mettront-ils comme en rempart entre lui et les foules, ne serait-ce que pour essayer de se le garder pour eux seuls ? En tout cas, plus on avance dans les évangiles, plus les signes se raréfient, jusqu'au dernier séjour à Jérusalem où plus aucun ne se produit. C'est là aussi une ligne directrice générale qu'on voit clairement dans les récits.

Tout ceci pose une question très intéressante : qu'en est-il de cette catégorie particulière de miracles qu'on appelle les "miracles sur la nature", ces quelques signes, pas très nombreux en réalité, qui ne consistent ni en une guérison, ni en un exorcisme, et qui ne peuvent donc pas résulter d'une soudaine empathie poignante de Jésus pour le sort profondément attristant de telle ou telle personne qui croise sa route ? La tempête apaisée : bien sûr les disciples, soit disant, se voyaient à l'article de la mort, mais n'y avait-il pas là surtout la légendaire exagération orientale ? La multiplication des pains : oui, Jésus avait peur que plusieurs défaillent sur le retour, mais ce n'était quand même qu'une éventualité et au futur. Et la marche sur les eaux : quelle misère avait pu attendrir le cœur de Jésus, que les disciples soient en train de ramer au sens propre comme au figuré ? Ne parlons pas non plus des noces de Cana, où on ne peut pas dire que des convives obligés de dessaouler un peu plus tôt que prévu soient des gens vraiment à plaindre, ni du figuier desséché, ni de la pièce trouvée dans la bouche d'un poisson... Le problème est là avec les signes de cette catégorie, ils oscillent entre merveilleux purement gratuit ou geste surchargé de symbolique, mais sans enracinement dans la chair du fils de l'homme, sans prise dans la profondeur de son humanité.

Alors que conclure des signes en général ? Essayons au moins qu'ils ne nous aveuglent pas...

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