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Total respect !

Sam. 15 Août 2015

Matthieu 19, 13-15 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Alors on lui présente des petits enfants pour qu'il leur impose les mains et prie. Les disciples les rabrouent.  Mais Jésus dit : « Laissez les petits enfants, et ne les empêchez pas de venir à moi ! Car c'est à leurs pareils qu'est le royaume des cieux. » Il leur impose les mains, et s'en va de là. 

 

 

Le bébé Moïse, par He-Qi

 

 

voir aussi : Esprit d'enfance, Petits ! petits ! petits !, Enfants modèles, Enfance de l'art, Enfants rois

Étant donné la considération que Jésus accordait aux femmes, en rupture avec la culture de son temps et de son peuple, il n'est pas étonnant que nombre d'entre elles lui présentent même leurs bébés (Luc 18, 15-17 : "Ils lui présentaient même les nouveaux-nés"). Matthieu dit ici que c'est "pour qu'il leur impose les mains", Marc (10, 13-16), toujours le plus concret, terrestre, incarné, des trois synoptiques, dit carrément que c'est "pour qu'il les touche" ; et, de fait, il parle d'un Jésus qui "les serre dans ses bras". Il n'y a pas de raison de restreindre la demande à seulement une imposition des mains, alors que tous cherchaient à "toucher" Jésus ; même si ces nouveaux-nés ne sont pas malades, cette action leur transmettra cette force dont on nous dit qu'elle émanait de toute sa personne. S'il y a peut-être eu des guérisons opérées par lui à distance, plus on est proche, quand même, mieux c'est...

Ce qui nous frappe dans ce passage, cependant, au-delà de ces questions sur le mode opératoire de la "magie" de Jésus, c'est la considération qu'il manifeste aussi pour ces enfants, et donc pas seulement pour les femmes. Peut-être avons-nous l'impression qu'il n'y a là rien d'extraordinaire, parce que notre culture a évolué, et qu'il nous semble évident que l'enfant est une personne à part entière (même si cela ne doit pas nécessairement impliquer qu'il ait les mêmes droits que les adultes). Il nous semble évident qu'il y a un respect fondamental qui est dû à toute personne, quel que soit son âge ou son sexe. Et d'ailleurs, nous avons cette notion-même de "personne" qui résume assez bien la question, de notre point de vue. Mais à l'époque de Jésus, ceci n'a rien d'évident, même pour les hommes (masculins). Ce qui prime est la collectivité : la famille, le clan, le village. L'individualisme n'est guère de mise, et qui en ferait trop montre se retrouverait rapidement marginalisé, isolé, voire rejeté. Les enfants sont une bénédiction, mais seulement par la promesse de bras supplémentaires qu'ils représentent, et les femmes, seulement par la promesse d'enfants. Les uns et les autres sont donc priés de se cantonner à ce qu'on attend d'eux : les enfants, de grandir, et les femmes, d'enfanter et faire grandir les enfants.

Ce qui est donc surprenant, c'est que Jésus ne voyait pas les choses ainsi... Nous pouvons être plutôt sensibles à ses révélations sur le Dieu Père, par exemple, à la spiritualité de l'évangile de Jean, ou à la haute morale de l'amour des ennemis, pourtant ce "simple" respect pour ces deux catégories, considérées à son époque comme mineures, que sont les femmes et les enfants, nous en dit tout autant, et c'est même sans doute ce qui authentifie le mieux que l'enseignement de Jésus n'était pas que des belles paroles. Il n'y a que sa connaissance réelle de la présence de Dieu en toute personne qui ait pu lui donner cette attitude de respect, tellement inexplicable autrement. Et si notre culture a pu, progressivement, mettre à jour cette notion de "personne", c'est certainement à lui qu'elle le doit, et au christianisme au-delà de tout ce qu'on peut reprocher à ce dernier. Peut-être conviendrait-il d'en prendre un peu plus conscience, avant de vouloir jeter par-dessus bord le bébé avec l'eau du bain ?