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Au jour d'hui

Ven. 7 Août 2015

Matthieu 16, 24-28 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Alors Jésus dit à ses disciples : « Si quelqu'un veut venir derrière moi, qu'il se renie lui-même, porte sa croix et me suive ! Eh oui ! Qui voudra sauver sa vie la perdra ! Mais qui perdra sa vie à cause de moi la trouvera ! Eh oui ! En quoi est-ce utile à un homme s'il gagne le monde entier mais damne sa vie ? Ou que donnera un homme en échange de sa vie ? 

« Car le fils de l'homme va venir dans la gloire de son père, avec ses anges. Alors il rendra à chacun selon ses agissements. Amen, je vous dis : il est certains de ceux qui se tiennent ici qui ne goûteront pas la mort avant d'avoir vu le fils de l'homme venir dans son royaume. » 

 

 

Le matin de Pâque, par He-Qi

 

 

voir aussi : Situation d'urgence, Ça c'est la vraie vie !, Tous derrière, lui devant, Le coût de la vie, Sans prix

Il peut arriver un moment dans notre vie où nous ne savons plus ce que cela veut dire, précisément : notre vie. Je suis, j'existe, certes, voilà qui est à peu près assuré, à première vue ; mais : pour quoi, ou pourquoi ? Un tel moment peut être extrêmement perturbant. J'étais habitué à croire un certain nombre de choses, que j'étais ceci ou cela, quelqu'un qui aime (jouer de la guitare, construire des maisons, faire du commerce, aller au théâtre, lire des romans, écouter les gens, etc.) et qui n'aime pas (manger du melon, les séries policières, la politique, travailler, aller à la piscine, les enfants, etc.), quelqu'un qui sait et qui ne sait pas, quelqu'un qui sait faire et qui ne sait pas faire, quelqu'un de grand ou de petit, gros ou maigre, noir ou blanc ou jaune, un homme ou une femme, le fils ou la fille de..., l'époux ou l'épouse, ou le compagnon ou la compagne, de..., le père ou la mère de... je pourrais continuer longtemps. Il peut arriver un moment dans notre vie où tout ceci ne semble plus rien signifier, ou du moins semble parfaitement secondaire, accessoire.

Cela peut être déstabilisant. C'étaient là tous mes repères. Je me sens complètement nu, vulnérable ; peut-être même ai-je l'impression de ne plus exister, de tomber dans un abîme, dans le néant. Plus j'étais profondément ignorant de cette nature réelle qui est la nôtre — d'une existence en soi, sans cause, et sans fin —, plus une telle révélation peut me faire plonger même dans la folie. Ou dans une dépression carabinée. Ou encore je peux aussi vite enterrer ça, mettre de grands panneaux où il est écrit "Danger de Mort !", en rire comme d'un mauvais rêve, ou d'une lubie, et plonger dans la vraie vie, celle où il faut se battre pour arracher sa subsistance de la terre et se garder de tous les envieux et les jaloux, et pour être sûr de ne pas se faire avoir, prendre les devants, anticiper, prévoir, accumuler, thésauriser, toujours plus ; de peur que le petit diable ne ressorte un jour de sa boîte, l'enfouir sous une montagne de soucis et d'objectifs, à jamais irréalisables, qui m'empêcheront ainsi de penser à la seule question qui vaille vraiment.

Certains ne goûteront pas la mort, pas avant d'avoir vu le jour du fils de l'homme. En réalité, ce jour est là, maintenant, de tous temps et pour toujours, mais sais-je, puis-je, suis-je capable, de le voir, de le regarder en face, de l'accepter ? C'est là la vraie question. Il est certain que personne ne peut y répondre positivement à cent pour cent, mais ce n'est pas le plus important, et c'est sans doute même tant mieux. C'est une direction qui nous est donnée, le vrai sens de notre vie, mais je parle là bien sûr au-delà de notre seule vie terrestre actuelle. Que l'objectif ne puisse jamais être pleinement réalisé nous assure alors que notre aventure continuera toujours, que cette vie-là ne finira jamais, ce qui est bien ce sentiment d'éternité qui nous habite comme une intuition et à laquelle nous aspirons, secrètement ou pas. Au-delà de notre seule vie terrestre actuelle, mais pas sans elle ! non plus ; elle en fait aussi partie, il n'y a pas d'immortalité sans la mort, ni d'éternité sans le temps, ni d'esprit sans la chair...