L'erreur du christianisme...
...et de toute religion ; mais il sera ici principalement question du christianisme comme cas d'école de ce que leur erreur à toutes est d'absolutiser ce qui n'est que relatif.
Les premiers écrits chrétiens qui identifient Jésus à Dieu lui-même datent d'au moins cinquante ans après sa mort (M.-E. Boismard, "À l'aube du christianisme — Avant la naissance des dogmes", Éditions du Cerf, coll. Théologies, 1998). Est-il raisonnable de penser que, si Jésus avait jamais fait une telle affirmation de son vivant, ceux qui en auraient été témoins auraient attendu si longtemps avant de le faire savoir ? Mais déjà rien que le fait qu'il ne soit pas rapporté dans les évangiles que Jésus l'ai dit nous suffit, non pas qu'on puisse se fier à tout ce qui lui est attribué comme paroles, mais que du moins ce qui ne lui est pas attribué ne peut qu'être fortement sujet à caution.
Cette assertion est en fait née dans un contexte de concurrence du christianisme à la fois avec le culte de l'empereur romain (lequel prétendait être divin) et avec les cultes orientaux dits "à mystère" (dans lesquels les dieux pouvaient prendre temporairement possession de leurs adeptes). Face à de telles pratiques, il était dur de défendre un héros qui avait terminé sa vie par la mort la plus ignominieuse qui pouvait se concevoir, crucifié comme un terroriste ou un esclave révolté (qu'il soit apparu à ses fans après sa mort ne comptait alors pas pour grand chose, de tels faits étant en réalité relativement courants, à cette époque comme de nos jours et de tous temps, n'en déplaise aux "rationalistes" à tout crin de notre société soit-disant "moderne").
Mais quand Jésus parle de Dieu en l'appelant son Père et en détaillant leur relation mutuelle, c'est exactement la même chose que lorsqu'il L'appelle l'Esprit et enseigne que chacune et chacun a à naître une seconde fois de et par cet Esprit, entendant sa voix mais ne sachant pas d'où elle vient ni où cela l'emmène. Jésus a bien vécu exactement la même chose que ce à quoi il a ici appelé, suivant ce que son intuition ou son inspiration lui soufflaient de faire, jusque y compris à accepter de mourir de la façon dont il est mort, et précisant d'ailleurs de plus que, qui suivrait cette même voie que lui (naître de l'Esprit) "fera les mêmes œuvres (que Lui) et même en fera de plus grandes" (Jean 14, 12) : autrement dit que d'autres pourraient être encore plus Dieu que lui Jésus ?
On voit donc que Jésus ne s'imaginait certainement pas être Dieu lui-même...
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Qu'il ne l'ait pas pensé n'exclut cependant certes pas qu'il ait pu l'être quand même, en toute rigueur, en pure logique. Mais cela reste ennuyeux, ou fâcheux, comme on préférera. Parce que : qui, alors, pourrait nous en assurer ? Le christianisme, qui prétend que c'est justement cet Esprit dont il était question qui le leur a révélé, à eux ses disciples ? Quand on pense aux croisades, à l'inquisition, aux guerres fratricides entre chrétiens, que ce même Esprit leur a donc aussi inspirées, il y a malheureusement de quoi douter, pour ne pas dire plus.
C'est comme pour ce rite de l'eucharistie, le "sacrement" central, la source de tous les autres "sacrements", dont Paul, qui n'avait pas connu Jésus de son vivant, affirme qu'Il lui aurait révélé qu'il fallait le pratiquer "en mémoire de Lui", alors que ceux qui étaient présents au repas à la veille de sa mort auraient oublié, ou considéré sans importance, qu'Il leur aurait dit de le faire, puisque eux n'en parlent pas dans les évangiles ? (Il est vrai que Luc en parle, mais Luc, disciple de Paul, raconte alors seulement ce que Paul lui a dit ; et ajouté à cela il faut aussi prendre en compte que Jean, chez qui se déroulait le repas, ne parle même pas des gestes sur le pain et le vin, dans lesquels il n'a donc pas vu ce que les autres ont voulu y mettre...)
Au regard de tout ceci, on ne peut alors que penser du christianisme qu'il n'a fait, au cours des siècles, que se conformer à ce reproche que faisait Jésus à certains de ses coreligionnaires "ils filtrent le moucheron et avalent le chameau", autrement dit que lorsqu'on sacralise des éléments, qui ne sont pas forcément complètement sans intérêt mais en tout cas secondaires, c'est qu'on a manqué ce qui était l'essentiel, représenté ici par la naissance réelle de et par l'Esprit, l'expérience personnelle de cette réalité, comme opposé à tous les rites et pratiques institués par ailleurs, censés suffire à eux seuls.
L'erreur du christianisme et de toute religion est bien essentiellement d'absolutiser ce qui n'est que relatif.
