Partage d'évangile quotidien
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Sauve qui peut !

Jeu. 23 Février 2023

À quoi sert de gagner le monde entier ? À quoi cela peut-il servir d'être l'homme le plus riche du monde, ou d'être celui qui exploite le plus de personnes au monde ? Le pouvoir, la richesse : il ne s'agit pas non plus de faire l'éloge de la misère ni de la servitude ; mais comment justifier l'écart entre de tels extrêmes ?

N'est-ce pas qu'une autre question se pose aussi : pour nous, les êtres humains, est-ce que vivre peut être un but en soi, suffisant pour nous satisfaire ? Pour les animaux, il semble que ce soit le cas ; préserver autant que possible sa vie personnelle, contribuer autant que possible aussi à la survie de son espèce, voilà à peu près les règles qui semblent régir leur existence. Pour parvenir à ces buts, certainement ont-ils développé progressivement, et continuent-ils de développer, leur intelligence, des savoir-faire aussi, et des modes de communication intra- et inter- espèces. Mais nous, êtres humains, est-ce que cela pourrait nous suffire ? Il semble bien que non. Et il semble bien que c'est ce qui pousse certains — et qui nous pousse tous à des degrés divers — à en vouloir toujours plus, toujours plus d'avoir, toujours plus de pouvoir.

L'expérience montre, cependant, que cette tentation est un leurre. Plus on a, plus on veut avoir encore plus, et plus on a de pouvoir, plus on veut en avoir encore plus. C'est réellement une drogue, une toxicomanie, et rien que ce fait indique forcément que ce n'est pas la bonne réponse. Reste la question : la réponse à, quoi ? Quelle est la question qui se pose à nous et à laquelle nous ne savons répondre que par de tels comportements de fuite ?

Sans doute est-ce trop simple : si nous voulons toujours plus de possessions, c'est parce que nous ne nous possédons pas nous-même ; et si nous voulons toujours plus de pouvoir, c'est parce que nous n'en avons pas sur nous-même ; et nos comportements de fuite proviennent uniquement de ce que nous ne voulons pas l'accepter.

Oui, il suffit simplement que nous reconnaissions, que nous prenions conscience, de ce que nous ne sommes en réalité rien par nous-mêmes, que nous l'acceptions, c'est tout.

Et tout devient alors simple.

 

 

 

    Il dit :
« Le fils de l'homme doit beaucoup souffrir,
et être rejeté
    par les anciens, grands prêtres et scribes,
et être tué,
    et, le troisième jour, se réveiller. »
    
    Il disait à tous :
« Si quelqu'un veut venir derrière moi,
    qu'il se nie lui-même,
    porte sa croix chaque jour
    et me suive !

Eh oui ! Qui voudra sauver sa vie
    la perdra !
Mais qui perdra sa vie
    à cause de moi,
celui-là la sauvera !

Eh oui ! En quoi est-ce utile à un homme
s'il a gagné le monde entier,
s'il se perd ou se damne lui-même ?

(Luc 9, 22-25)

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F
Le talmud traité Tamid rapporte ce récit : Le fils de Philippe ne dédaigna pas de poser quelques questions aux docteurs du Midi (très probablement les Esséniens); entre autres celles-ci:<br /> Que doit faire 1 'homme pour vivre? <br /> Qu'il meure! <br /> Que doit-il faire pour mourir? <br /> Qu'il vive! répondirent-ils. <br /> Où trouverez-vous la Loi? <br /> Dans celui qui ne craint pas de s'exposer pour l'amour d'elle au plus complet dénuement, qui n'hésite pas à passer pour ignorant (Sota III), qui lui sacrifie sa vie elle-même (Berakot 63). <br /> Aussi quand Jésus dit : « Quiconque ne prend pas sa croix et ne me suit pas, n'est pas digne de moi.» C'est un langage pharisaïque, évidemment, sauf qu’il remplace ici la Loi, la vérité, la justice, Dieu, - (seuls dignes selon les Docteurs qu'on leur immole toute chose,) - par sa personnalité, par le moi de Jésus. Il n'est pas jusqu'à l'idée de la croix, de porter sa croix, que ses maîtres les Pharisiens n'aient aussi exprimée. Qu'est-ce pour eux qu'Isaac, portant lui-même le bois de son bûcher? C'est l'homme qui porte sa croix: Keadam schétoen tzeloubo al ketéfo (Yalkhout, section Vayera). y a-t-il au monde rien de plus beau, de plus cher, de plus sacré que la patrie (Eretz Israël), que la Thora, que le ciel (Olam habba)? Eh bien, enseigne Rabbi Siméon ben Yohaï, on ne peut mériter ni patrie, ni Loi, ni félicité du ciel, sans douleur, sans mal, sans abnégation (talmud traité Berakot f.
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A
La patrie, la Loi, la félicité du ciel, je ne suis pas sûr qu'on puisse jamais les mériter par nous-mêmes, par notre douleur, par le mal que nous nous donnons, par notre abnégation. Je crois que tout cela qui est le plus beau au monde, le plus cher, le plus sacré, est en nous depuis toujours. Mais nous ne le savons pas. Le trouver peut exiger douleur, mal, abnégation, mais se fixer un tel programme peut aussi au contraire nous éloigner du but que nous pensions ainsi atteindre. D.ieu nous a donné, et continue continuellement de nous donner, l'existence gratuitement, sans aucun mérite de notre part. Pourquoi Dieu serait-il double, d'un côté donnant sans contrepartie, d'un autre côté exigeant un paiement ? Je crois pour ma part que ce qui peut être douloureux pour nous, c'est de nous dépouiller de cette idée que nous avons de notre importance par rapport à Lui. Cela, oui, peut être très douloureux, un déchirement, une mort à nous-même.