Partage d'évangile quotidien
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Il se retire, seul

Ven. 21 Avril 2023

Jésus prend donc les pains, il rend grâce, et les distribue aux convives


Il y a très peu de probabilités que l'évangéliste Jean ait été présent à la multiplication des pains. Mais, s'il nous la raconte quand même, c'est parce qu'il sait que c'est là que le destin de Jésus s'est scellé : "ils doivent venir l'enlever de force pour le faire roi".

Une foule — nombreuse, même si les "cinq mille" peuvent être exagérés — a été à un doigt de marcher sur Jérusalem, avec armes et bagages, persuadée que Jésus était le messie, au sens politique du mot. Ils étaient prêts à faire un putsch s'il le fallait, pour imposer leur champion au sanhédrin. Jean l'évangéliste, membre de la famille du "grand prêtre" Hanne, est bien placé pour savoir que c'est cet événement qui a provoqué la décision d'éliminer Jésus : "Si nous le laissons aller, tous croiront en lui et les Romains viendront, ils nous détruiront (...) Il est de votre intérêt qu'un seul homme meure pour le peuple plutôt que la nation entière se perde !" (Jean 11, 48.50)

Cette précision que nous donne Jean, sur les intentions de la foule à la suite de la multiplication des pains, nous permet aussi de comprendre pourquoi, dans les version parallèles de Matthieu (14, 22) et Marc (6, 45) il est dit alors que Jésus "aussitôt oblige ses disciples à monter dans la barque". On comprend mieux ce "oblige" : parce qu'ils étaient sur la même longueur d'onde que la foule, et Jésus a donc dû les commander, contre leur gré : pour l'instant partez, on s'expliquera plus tard...

Quant à la réalité de ce qui s'est effectivement passé par rapport à ces "cinq" pains pour "cinq" mille hommes...? D'un côté, tout, absolument tout, est théoriquement possible. De l'autre côté, Jésus devait bien se douter qu'avec un tel "signe" (selon le terme par lequel Jean appelle les miracles), il allait s'en suivre ce qu'il s'en est suivi, ce qui nous orienterait vers un miracle qui se  serait produit malgré lui, malgré ses intentions, malgré sa volonté ; c'était le destin, c'était son destin, voulu par le Père ?

Enfin, il est difficile de ne pas se rappeler que l'évangéliste est le seul à ne pas raconter ce qu'on appelle chez les trois autres l'institution de l'eucharistie, ce repas pris juste avant de mourir et où Jésus, en prenant successivement du pain puis du vin, les aurait associés à son corps et à son sang, et demandé que ses disciples au cours des siècles refassent ces même gestes : partager, manger et boire.

Pourtant, ce repas-là, l'évangéliste y était bien présent, puisque c'est lui-même qu'il désigne dans son évangile sous le nom de code du "disciple que Jésus aimait", c'était chez lui qu'avait lieu le repas, c'est lui qui était allongé le plus près de Jésus, tout contre lui... S'il ne rapporte pas cette fameuse "institution de l'eucharistie", serait-ce parce qu'il n'y croit pas, qu'il pense que ceux qui ont compris ainsi ce qui s'est passé ont mal compris ?

 

 

Après cela, Jésus s'en va
    de l'autre côté de la mer de Galilée, – de Tibériade.
Une foule nombreuse le suivait,
    parce qu'ils voyaient les signes
    que lui faisait sur les infirmes.
Jésus monte sur la montagne.
    Là, il s'assoit avec ses disciples.
La Pâque, la fête des Juifs, était proche.

Jésus donc lève les yeux :
il voit une foule nombreuse venir à lui.
    Il dit à Philippe :
« Où achèterons-nous des pains pour qu'ils mangent ? »
Il disait cela pour l'éprouver,
    car il savait, lui, ce qu'il allait faire.
    Philippe lui répond :
« Deux cents deniers de pain ne leur suffiraient pas
    pour que chacun en reçoive un petit peu ! »
Un des disciples lui dit
    – c'est André, le frère de Simon-Pierre :
« Il y a ici un gamin
    qui a cinq pains d'orge et deux alevins.
Mais qu'est-ce que c'est pour tant de monde ? »

    Jésus dit :
« Faites s'allonger les gens. »
Il y avait beaucoup d'herbe en ce lieu :
les hommes s'allongent donc,
    au nombre d'environ cinq mille.
Jésus prend donc les pains ;
il rend grâce,
    et les distribue aux convives.
De même des alevins, autant qu'ils voulaient.
    Quand ils sont comblés, il dit à ses disciples :
« Rassemblez les parts en surplus,
    que rien ne se perde. »
Ils rassemblent donc
et remplissent douze couffins
    de parts des cinq pains d'orge en surplus,
quand ils sont repus.

    Les gens donc, voyant ce signe qu'il avait fait, disaient :
« C'est vraiment lui le prophète
    qui vient dans le monde ! »
Jésus donc, sachant qu'ils doivent venir l'enlever de force
    pour le faire roi,
se retire de nouveau sur la montagne,
    lui, seul.

(Jean 6, 1-15)

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