Partage d'évangile quotidien
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Mourir : même pas peur

Jeu. 27 Avril 2023

"ma chair pour la vie du monde". Nous suivrons ici Claude Tresmontant, comme toujours notre meilleur guide pour retrouver le substrat hébraïque des évangiles : chair est à prendre dans le même sens que corps ou sang dans le récit du dernier repas, c'est lui-même tout entier, corps et âme qui ne font qu'un tout, que Jésus désigne ainsi. Tel est le pain, la sagesse, qu'il nous transmet, pour qu'elle nous serve de nourriture spirituelle : il n'a aucune peur de mourir, et nous n'avons nous non plus aucune raison de craindre la mort ; et nous n'aurons aucune crainte, si nous entrons dans la même relation à Dieu que lui, si son Dieu devient notre Dieu, si son Père devient notre Père, bref, si nous naissons nous aussi à l'Esprit.

Évidemment, qu'il n'ait pas peur de la mort ne signifie pas qu'il n'ait pas peur de la souffrance par laquelle il va avoir à passer, mais ceci est une autre question, celle de la méprise qui s'est développée à son sujet à cause des attentes messianiques de ses coreligionnaires. Ces attentes étaient erronées, liées à une conception politique de l'élection d'Israël. Le Père dont Jésus veut témoigner, de ce point de vue là, n'est pas conforme à l'image que s'en faisait l'ensemble du judaïsme de l'époque (et encore une partie — mais une partie seulement — du judaïsme actuel). Pour casser cette image de lui que se font jusqu'à ses plus proches disciples, le mieux que pourra faire Jésus sera donc de mourir en tant que leur roi.

La suite — la volatilisation de son corps mort, ses apparitions — seront tellement inouïes que, peu à peu, s'insinuera dans l'esprit de ses partisans (mais plutôt chez ceux qui ne l'avaient pas connu de son vivant) qu'il était plus qu'un homme, que sa proximité avec Dieu et la proximité de Dieu avec lui étaient plus qu'une proximité : une identité. On finira donc par dire qu'il était Dieu lui-même qui se serait, pour une unique et exceptionnellement unique fois, fait homme. Ceci cependant reste strictement du domaine des hypothèses, développées après coup. Deux faits militent particulièrement pour que Jésus lui-même ne l'ait jamais affirmé ; et s'il était réellement Dieu, pourquoi ne l'aurait-il pas dit clairement ?

En premier, s'il avait jamais dit qu'il était Dieu, il se serait fait lapider. L'évangile de Jean nous relate qu'à plusieurs reprises des "juifs" commencent à ramasser des pierres pour ce faire, mais à chaque fois ils le faisaient pour de mauvaises raisons, et Jésus le leur prouvait ; si donc, Jésus avait une seule fois affirmé sans ambigüité "je suis Dieu", nous pouvons être certain que ce n'est pas sur une croix qu'il aurait fini par agoniser. Et ensuite, s'il avait fait une telle affirmation en privé, à ses seuls disciples, nous pouvons être certains cette fois que cela nous serait rapporté quelque part dans l'un ou l'autre des évangiles sinon dans les quatre... et ce n'est pas le cas.

Est-ce qu'un Jésus qui ne serait pas Dieu, contrairement à ce que croient la quasi totalité des chrétiens, perdrait pour autant de son importance ? On peut en avoir l'impression, mais cela peut être aussi l'inverse. L'identifier à Dieu peut être une façon de se décharger d'une part de notre responsabilité humaine : c'est lui qui nous a sauvés, et nous pouvons nous contenter d'en profiter à moindres frais. Ou cela peut aussi nous aiguiller sur une voie de garage : nous avons à l'imiter, à porter nous aussi notre croix, nous rendre responsables de tout le malheur du monde, tout ce dolorisme malsain de nos parents ou grand-parents... Ne serait-il pas préférable d'éviter de trancher, en laissant la question ouverte ? qu'y perdrions-nous réellement ?

 

 

Les Juifs donc se récriaient à son sujet
    parce qu'il avait dit :
« Je suis le pain descendu du ciel. »
    Ils disaient :
« Celui-là, n'est-ce pas Jésus, le fils de Joseph ?
Nous connaissons, nous, son père et sa mère !
    Comment donc dit-il maintenant :
Du ciel, je suis descendu ? »

    Jésus répond et leur dit :
« Ne vous récriez pas entre vous !
Nul ne peut venir à moi
    si le Père qui m'a donné mission ne le tire.
Et moi, je le ressusciterai au dernier jour.

Il est écrit dans les prophètes :
"Ils seront tous enseignés par Dieu."
Tout homme qui a entendu ce qui vient du Père, et apprend,
    vient à moi.
(Non que personne ait vu le Père,
sinon celui qui est auprès de Dieu :
    lui, il a vu le Père.)

Amen, amen, je vous dis :
    celui qui croit a vie éternelle.
Moi, je suis le pain de la vie.
Vos pères ont mangé dans le désert la manne,
    et ils sont morts.
Tel est le pain descendant du ciel :
    qui en mange ne meurt pas !
Moi, je suis le pain vivant descendu du ciel.
    Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra pour l'éternité.
Le pain que moi je donnerai, c'est ma chair
    pour la vie du monde. »

(Jean 6, 41-51)

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