Car ce n'était pas la saison des figues
Jésus serait-il cet être capricieux que décrivent des évangiles apocryphes de l'enfance, où il transforme en animaux ses petits camarades de jeu qui se sont moqués de lui, et tue un autre parce qu'il l'avait bousculé, même sans l'avoir fait exprès ? Certes un figuier n'est pas un être humain, mais quand même, cette histoire de figuier mort du jour au lendemain, tout ça parce que Jésus n'a pas pu prendre son petit déj ?
Lorsque Adam et Ève eurent mangé du fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, "alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils se rendirent compte qu’ils étaient nus, ils attachèrent les unes aux autres des feuilles de figuier, et ils s’en firent des pagnes" (Genèse 3, 7). Traditionnellement, on en tire comme conclusion que, si Adam et Ève ont fait leurs pagnes avec des feuilles de figuier, c'est parce qu'ils étaient à ce moment là sous un figuier, qui était donc ce fameux arbre de la connaissance du bien et du mal...
Cette malédiction du figuier est ainsi à prendre, non comme un évènement réel, mais comme une allégorie, une parabole, qui vient encadrer le récit de l'expulsion des marchands qui avaient installé leurs "boutiques" dans l'enceinte du Temple. C'est là la raison, l'explication, de cette action de Jésus, la seule de toute sa vie qui manifeste, ou se rapproche, d'un comportement violent.
Encore faut-il aussi savoir que cette présence des marchands dans cette enceinte du Temple était une invention récente, peut-être même était-ce la première fois que Jésus les trouvait là. Auparavant, tous ces marchands des animaux conformes aux normes pour servir aux sacrifices, et ces changeurs de monnaies en devise utilisable dans le Temple, étaient installés au-dehors ; les faire entrer dans la première cour (la plus extérieure, celle accessible même aux non-juifs) n'avait qu'une seule motivation pour les autorités du Temple : celle de pouvoir les taxer sur leurs activités commerciales !
La connaissance du bien et du mal : décider par soi-même de ce qui est licite et de ce qui ne l'est pas, fabriquer les règles du religieusement correct en fonction de ce qui nous arrange, utiliser la piété naïve du peuple pour accroître ses richesses et son pouvoir personnels, voilà en somme le programme de ce contre quoi Jésus entend se battre. On peut comprendre que Jean ait placé cet épisode au début de sa vie publique, alors que les synoptiques ne l'ont situé qu'au début de son séjour final dans la capitale ; les deux situations conviennent pour un tel manifeste officiel.
On remarquera cependant, d'autre part, que Jésus n'a en fait aucunement maudit ce figuier, mais seulement émis le vœu que "plus jamais, pour l'éternité, nul ne mange fruit de toi". C'est Pierre qui parle à Jésus du "figuier que tu as maudit". Faut-il alors penser que, si ce figuier s'est complètement desséché, jusqu'à ses racines, c'est à cause des disciples, qui ont mal compris ce qu'avait dit Jésus ? en somme, ce serait la force de leur pensée — pour ne pas dire : leur prière, bien qu'inconsciente —, qui aurait provoqué la mort du figuier ? ceci se rapprocherait alors de l'enseignement qui suit...
Ou est-ce le figuier qui, du moment que ses fruits ne pourraient plus jamais nourrir aucun être humain, a considéré que sa vie n'avait plus de sens, et s'est donc laissé mourir ? ce serait un point de vue très anthropocentrique, et contraire à l'esprit même du récit de la Genèse, puisque le fait de devoir ne pas être consommé faisait partie de son rôle, de son essence-même...
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Il entre à Jérusalem, dans le temple.
Il regarde tout à la ronde.
Tardive déjà est l'heure.
Il sort vers Béthanie, avec les douze.
Le lendemain, comme ils sortent de Béthanie,
il a faim.
Il voit à distance un figuier qui a des feuilles.
Il vient : à tout hasard, s'il s'y trouvait quelque chose ?
En venant sur lui, il ne trouve rien, que des feuilles,
car ce n'est pas le temps des figues.
Il intervient en lui disant :
« Que plus jamais, pour l'éternité,
nul ne mange fruit de toi ! »
Ses disciples entendent.
Ils viennent à Jérusalem.
Il entre au temple.
Il commence à jeter dehors
ceux qui vendent et achètent dans le temple.
Les tables des changeurs,
et les sièges des vendeurs de colombes,
il les retourne.
Il ne laisse personne transporter d'objet
à travers le temple.
Il les enseigne et leur dit :
« N'est-il pas écrit :
"Ma maison sera appelée maison de prière
pour toutes les nations" ?
Et vous, vous en avez fait une caverne de bandits ! »
Les grands prêtres et les scribes entendent.
Ils cherchent comment le perdre,
mais ils le craignent,
car toute la foule est frappée par son enseignement.
Et quand vint le soir,
ils sortirent hors de la ville.
En passant par là, le matin,
ils voient le figuier desséché depuis les racines.
Pierre se remémore et lui dit :
« Rabbi, vois !
Le figuier que tu as maudit a été desséché ! »
Jésus répond en leur disant :
« Ayez foi en Dieu.
Amen, je vous dis,
qui dirait à cette montagne :
"Enlève-toi et jette-toi dans la mer"
sans balancer dans son cœur,
mais en croyant que ce qu'il dit arrive,
cela sera, pour lui.
Aussi je vous dis :
tout ce que, priant, vous demandez,
croyez que vous l'avez reçu,
et cela sera, pour vous.
Quand vous êtes debout pour prier,
remettez, si vous avez quelque chose contre quelqu'un,
pour qu'aussi votre père dans les cieux
vous remette, à vous, vos fautes.
Mais si vous-mêmes ne remettez pas,
votre père dans les cieux
lui non plus ne remettra pas vos fautes. »
(Marc 11, 11-26)

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