Partage d'évangile quotidien
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Don de seconde vue

Jeu. 1 Juin 2023

Pour parler de la guérison d'aveugles, les évangiles utilisent deux vocabulaires différents, selon les cas. Dans le premier cas, ils diront que leurs yeux (grec ophthalmos) s'ouvrent (grec anoigó). C'est un vocabulaire très concret, simple, mécanique presque. Le même verbe "s'ouvrir" sera utilisé aussi pour la bouche, lors de la guérison d'un muet, ou pour les oreilles lors de la guérison d'un sourd.

Dans le deuxième cas, que nous trouvons essentiellement ici, pour l'aveugle de Jéricho des synoptiques, ainsi que pour l'aveugle-né de Jean, le verbe est anablepó, qui peut avoir deux sens. En effet, dans anablepó, blepó signifie "voir, regarder", et ana peut signifier "de nouveau" — et alors anablepó signifie "voir de nouveau" —, mais ana peut aussi signifier "vers le haut" — et cette fois anablepó signifie "lever les yeux, lever le regard".

Dans les synoptiques, anablepó est le plus souvent utilisé dans ce dernier sens : chaque fois qu'il est dit que Jésus "lève les yeux" au ciel (pour rendre grâce), mais aussi quand il "lève les yeux" et découvre Zachée dans son arbre, ou encore quand il "lève les yeux" et remarque la pauvre veuve qui met son obole dans le trésor du Temple. Ces deux exemples sont particulièrement intéressants, "lever les yeux" y ayant le sens de remarquer quelque chose auquel personne ne faisait attention, peut-être même pas soi-même ; on pourrait dire : découvrir quelque chose de nouveau.

Particulièrement intéressant alors aussi est le cas de l'usage d'anablepó pour l'aveugle-né chez Jean : pourquoi l'évangéliste utilise-t-il ce verbe qui devrait signifier normalement pour un aveugle "voir de nouveau" dans le cas d'un aveugle de naissance, qui n'a donc en fait jamais vu auparavant ? Si Jean a choisi d'utiliser ce verbe, anablepó, au lieu de l'autre expression (ouvrir, anoigó, les yeux), c'est alors forcément à cause de son second sens, pour parler figurativement d'une autre ouverture, celle de son esprit, à la réalité spirituelle à laquelle Jésus veut nous introduire.

Concernant notre aveugle de Jéricho, il en va donc de même. On ne sait pas s'il était aveugle de naissance ou pas. Il est bien possible qu'il soit devenu aveugle suite à un accident ou une maladie, mais l'usage d'anablepó veut certainement attirer notre attention sur le fait que ce n'est pas seulement d'une cécité physique qu'il a été guéri, mais aussi d'une cécité sur qui était Jésus. Mais de quelle cécité spirituelle pouvait-il bien souffrir ?

Le seul élément qui apparaisse dans le récit est ce titre que l'aveugle donne à Jésus, "Fils de David" ; en quoi cela poserait-il problème ? "Fils de David" est un titre messianique, mais messianique versant temporel, politique, et militaire. David est la figure par excellence du roi d'Israël, "Fils de David" désigne le Messie en tant que futur roi, encore plus grand que David, et c'est là la dimension messianique que Jésus récuse et abhorre certainement le plus...

 

 

Ils viennent à Jéricho.

Comme il sortait de Jéricho,
    avec ses disciples et une assez grande foule,
le fils de Timée, Bartimée, aveugle, mendiant,
    était assis au bord du chemin.
Il entend que c'est Jésus, le Nazaréen !
    Il commence à crier et à dire :
« Fils de David, Jésus, aie pitié de moi ! »
Beaucoup le rabrouent
    pour qu'il se taise.
    Mais combien plus il crie :
« Fils de David, aie pitié de moi ! »

    Jésus s'arrête et dit :
« Appelez-le. »
    Ils appellent l'aveugle et lui disent :
« Confiance ! dresse-toi, il t'appelle ! »
Il se débarrasse de son manteau,
bondit, et vient à Jésus.

    Jésus lui répond en disant :
« Pour toi, que veux-tu que je fasse ? »
    L'aveugle lui dit :
« Rabbouni ! Que je voie de nouveau ! »
    Jésus lui dit :
« Va ! Ta foi t'a sauvé ! »

    Aussitôt il voit de nouveau,
et il le suit sur le chemin.

(Marc 10, 46-52)

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