Partage d'évangile quotidien
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Déchets humains

Lun. 19 Juin 2023

Être capables de non-violence est littéralement hors de notre portée, si...


"Œil pour œil, dent pour dent", c'était déjà un sacré progrès, par rapport à "Pour un œil les deux yeux, pour une dent toute la mâchoire" ! Une telle spirale de la violence est en effet inacceptable, car, par le jeu des alliances de plus en plus larges — de l'individu, à sa famille, à son clan, aux tribus alliées, etc... — on finit par arriver à l'extinction de tout un peuple. Cyniquement, on peut considérer que cela procure de l'espace vital pour les autres, ce qui est une des raisons principales de toutes les guerres, mais en arriver là pour une malheureuse gifle ?

C'est un grand classique que de souligner que, lorsqu'il reçut une telle gifle de la part du garde de Hanne, Jésus ne tendit pas l'autre joue, contrairement à ce qui est dit ici. Mais il ne répliqua pas non plus à cette agression par une autre agression : même s'il avait peut-être les mains liées, il aurait pu donner un coup de pied ! Au lieu de cela, il expose, simplement de manière objective, ce qu'il pense être la situation : tu me donnes une gifle, mais peux-tu m'expliquer en quoi ce que j'ai dit le méritait, et sinon, alors interroge-toi toi-même, qu'est-ce qui motive ton agression ?

Tendre l'autre joue, donner le manteau en plus de la tunique extorquée, accomplir deux fois plus que la corvée imposée, ce sont des techniques tactiques, qui peuvent fonctionner aussi, selon les circonstances. Mais quel que soit le mode de réponse choisi, ils ont en commun de supposer qu'on soit capable de dépasser le ressentiment, la dimension affective et passionnelle que nous attachons à notre personne : il faut que nous soyons, d'une certaine façon, détachés de nous-même, au-delà de cette nature animale qui nous constitue en partie et qui nous fait donner à notre personne plus d'importance que quoi que ce soit d'autre au monde.

Car, au-delà de ce qui pourrait s'apparenter à une ruse subtile destinée uniquement à nous éviter des désagréments plus graves encore, voire à sauver notre peau, l'objectif est en fait d'essayer d'entrer dans une communication vraie de personne à personne, d'être humain à être humain, de frère à frère. Car chaque fois que nous avons un comportement agressif, c'est en réalité contre nous-même que nous avons du ressentiment. Si nous répondons à l'agression par l'agression, nous cautionnons alors en fait l'erreur de l'agresseur de croire que nous sommes la cause de son ressentiment.

Être capable d'un tel détachement peut donc nous sembler tout-à-fait hors de notre portée. Et c'est vrai, c'est littéralement vrai, si par "nous", "moi", on n'entend que cet animal de l'espèce humaine auquel nous nous identifions naturellement, et malheureusement de plus en plus en suivant le mode de pensée déshumanisé promu par notre société technicienne, déspiritualisée, décervelée, qui nous met même plus bas que les animaux ou les plantes, en nous ravalant au rang de simples machines à produire et consommer, et qu'on met au rebut quand elles ne fonctionnent plus correctement, mettant en péril le mécanisme global...

 

 

Vous avez entendu qu'il a été dit :
    “Œil pour œil”, et : “Dent pour dent”.
Eh bien, moi je vous dis
    de ne pas résister au mauvais.

Mais, qui te gifle sur la joue droite,
    tourne vers lui l'autre aussi !
et qui veut te faire condamner et prendre ta tunique,
    laisse-lui aussi le manteau !
et qui te réquisitionne pour un mille,
    va avec lui, deux !

A qui te demande,
    donne !
et qui veut t'emprunter,
    ne te détourne pas de lui !

(Matthieu 5, 38-42)

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