Partage d'évangile quotidien
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Haïr, toujours haïr...

Mar. 20 Juin 2023

...on finit par s'en lasser, quand même, un jour.


Il n'est pas vrai qu'il soit dit, nulle part dans les textes de l'Alliance Première, de haïr ses ennemis. Il est vrai que de nombreux textes expriment une telle haine. Pour n'en prendre qu'un seul exemple : "O Babylone misérable, heureux qui te revaudra les maux que tu nous valus, heureux qui saisira tes enfants, pour les briser contre le roc !" (Psaume 137(136), 8-9). Mais nulle part, non plus, de tels vœux de vengeance ne sont condamnés par YHWH, qui semble ainsi, au moins implicitement, accepter de veiller à ce qu'ils soient accomplis quand le moment en sera venu...

Humainement parlant, il est impossible d'aimer ses ennemis, si par "humain" nous entendons seulement un animal juste un peu plus évolué que les autres. La nature — le devoir ? — de tout être vivant est de tout faire pour préserver et prolonger sa vie autant que possible. Si nous ne sommes donc que des animaux, alors nous n'aurons pas d'autre but que de tout faire pour nous soustraire à l'emprise de nos ennemis, que ce soit par la riposte ou la fuite. Mais leur consacrer, ne serait-ce que quelques secondes, pour essayer de comprendre ce qui peut expliquer leur comportement, et, s'il est manifestement injustifié, formuler au moins un vœu intérieur pour qu'ils en prennent conscience, cela ne semble pas pouvoir être du ressort d'un animal.

Ah bon ? c'est juste ça "aimer nos ennemis" ? Eh bien, sur le principe, oui ! Dit ainsi, sur le papier, ça ne semble effectivement pas extraordinaire. Dans la réalité vécue, évidemment, cela peut être beaucoup plus compliqué. Si on ne peut pas se soustraire à son action, et qu'elle la réitère sans cesse et sans cesse, retrouver inlassablement la force de dire "non", je refuse de diaboliser entièrement cette personne, je refuse de la réduire entièrement à ce seul comportement, je sais de toute certitude qu'elle aussi, comme nous tous, est arrivée dans la vie comme un tout petit être sans aucune défense, et que si, par la suite, elle s'est développée et construite de cette façon-là, cela n'était pourtant pas en elle au commencement, et qu'il lui est toujours possible de renouer avec son innocence originelle...

Je n'ai pas de leçon à donner de ce point de vue-là. Comme tout le monde, il m'arrive de faire du mal à d'autres, et le pire c'est que le plus souvent je ne m'en aperçois même pas sur le moment, et quand j'en prends conscience, parfois cela peut être trop tard, les conséquences en sont irréversibles. Mais de le savoir m'est au moins un encouragement pour essayer "d'aimer mes ennemis et prier pour mes persécuteurs". Faut-il nécessairement en passer par là, prendre conscience que "l'ennemi, le persécuteur", ce n'est pas toujours l'autre ou les autres, mais que c'est aussi nous, au moins parfois, pour être capable de manifester que nous sommes "des fils de notre père dans les cieux", et tendre alors à devenir "parfaits" comme lui ?

Le passage parallèle de Luc (6, 36) à cette conclusion, est exprimé pour sa part ainsi : "Soyez pleins de compassion comme votre père est plein de compassion".

 

 

Vous avez entendu qu'il a été dit :
    “Tu aimeras ton prochain
    et tu haïras ton ennemi.”
Eh bien, moi je vous dis :
    Aimez vos ennemis,
    priez pour vos persécuteurs,
ainsi vous serez des fils de votre père dans les cieux.

Car il fait lever son soleil
    sur mauvais et bons,
pleuvoir
    sur justes et injustes.

En effet, si vous aimez ceux qui vous aiment,
    quel salaire avez-vous ?
même les taxateurs n'en font-ils pas autant ?
et si vous ne saluez que vos frères,
    que faites-vous d'extraordinaire ?
même les païens n'en font-ils pas autant ?

Vous, donc, soyez parfaits
    comme votre père du ciel est parfait.

(Matthieu 5, 43-48)

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