Top secret
Quel peut être le point commun entre l'aumône, la prière, et le jeûne ? Ce sont toutes trois des pratiques religieuses, et qui ont la particularité, par rapport aux rites cultuels qui sont des pratiques communautaires ou collectives, de pouvoir être exercées individuellement. Et ce sont aussi trois pratiques qui ont pour objet de se vider de soi-même : se vider de ses avoirs pour l'aumône ; se vider le tube digestif et de ses forces pour le jeûne ; et se vider la tête et le cœur et de son ego pour la prière.
S'agissant de se vider, il semble évident que d'aller le claironner sur tous les toits est contradictoire, puisqu'une telle attitude a au contraire pour objet de se faire enfler les chevilles, de se remplir soi-même d'une importance qu'on se donne ainsi à bon compte, ceci étant particulièrement incompatible avec la prière.
YHWH a comme première caractéristique d'être en quelque sorte un dieu tribal, le dieu qui a choisi un peuple, et c'est alors avant tout en tant que peuple, en tant que collectivité et communauté, que les hébreux envisagent leurs rapports à lui. Parmi eux, il y a certes quelques hommes privilégiés auxquels ce dieu s'adresse individuellement, ou qu'il distingue spécialement : leurs prophètes, leurs rois, leurs grand-prêtres ; mais ça, c'est du ressort du dieu, c'est lui qui peut en avoir l'initiative. À part ceux-là, que YHWH appelle parfois ses fils, à titre individuels, l'ensemble du peuple se considère certes aussi comme les fils du dieu, mais uniquement à titre collectif.
Quand Jésus se met à parler de YHWH comme "le père dans les cieux", celui qui nous voit dans le secret, celui auquel on peut s'adresser aussi personnellement dans ce secret, c'est à une toute autre dimension de ce dieu qu'il veut introduire ses coreligionnaires. C'est chacun personnellement qui est invité à se découvrir enfant de ce père, car c'est absolument tous qui le sont, absolument tous qui ont une vocation de prophète, de roi, de grand-prêtre.
N'est-il pas alors d'autant plus surprenant qu'on se soit empressé de faire de Jésus, à nouveau, un être à part ? il n'y a plus de prophètes ni de rois ni de prêtres, en ce sens que tous le sont désormais, chacun est en relation personnelle et directe avec ce Dieu père : est-ce que cela ferait peur ? ne serait-il pas plus prudent de conserver un intermédiaire, un pare-feu de sécurité entre Lui et nous, un intercesseur, un paratonnerre ? et puis une fois qu'on l'aura ainsi placé plus qu'au pinacle, qu'on l'aura égalé au dieu, alors on mettra un second intermédiaire, sa mère par exemple, qui deviendra ainsi la mère du dieu, qui intercédera auprès de son fils pour qu'il intercède auprès du père... et puis on ajoutera encore tous les saints qui intercéderont auprès de la mère qui, etc., etc...
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Défiez-vous de faire votre justice
devant les hommes, pour être remarqués par eux.
Sinon, vous n'avez pas de salaire
près de votre père dans les cieux.
Aussi, quand tu fais une aumône,
ne trompette pas devant toi,
comme font les mécréants
dans les synagogues et dans les rues,
afin d'être glorifiés par les hommes.
Amen, je vous dis :
ils ont touché leur salaire !
Mais toi, en faisant une aumône,
que ta gauche ne connaisse pas
ce que ta droite fait,
afin que ton aumône
soit dans le secret.
Et ton père, qui voit dans le secret,
te rendra.
Quand vous priez,
ne soyez pas comme les mécréants :
ils aiment dans les synagogues et aux angles des places
se tenir en prière
pour paraître devant les hommes.
Amen, je vous dis :
ils ont touché leur salaire !
Mais toi, quand tu pries,
entre dans ta cellule,
ferme ta porte,
et prie ton père
qui est dans le secret.
Et ton père, qui voit dans le secret,
te rendra.
Quand vous jeûnez,
ne soyez pas comme les mécréants
à l'air sombre :
ils ravagent leur face
pour faire paraître aux hommes qu'ils jeûnent.
Amen, je vous dis :
ils ont touché leur salaire !
Mais toi, quand tu jeûnes,
parfume ta tête
et lave ta face
pour ne pas faire paraître aux hommes que tu jeûnes,
mais à ton père
qui est dans le secret.
Et ton père, qui voit dans le secret,
te rendra.
(Matthieu 6, 1-6.16-18)

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