Partage d'évangile quotidien
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Le spirituel, c'est le spirituel, et le temporel, c'est le temporel

Mar. 6 Juin 2023

En se dressant contre l’autorité, on est contre l’ordre des choses établi par Dieu...


Traditionnellement, cet épisode a longtemps été compris comme signifiant que les chrétiens ne devraient pas se mêler de la politique au nom de leur foi ! Le spirituel, c'est le spirituel, et le temporel, c'est le temporel ; le spirituel se passe hors de l'espace et du temps, on a le droit de s'y intéresser, mais cela n'aurait aucun rapport avec ce qui se passe dans l'espace et le temps, dans notre monde. "Messieurs de la prêtrise, mêlez-vous de vos oignons" comme le disait un amiral français à certains qui osaient contester le bien-fondé du principe de dissuasion nucléaire.

Il faut dire que Paul n'a pas arrangé les choses en intimant (Romains 13, 1-2) "que chacun soit soumis aux autorités supérieures, car il n’y a d’autorité qu’en dépendance de Dieu, et celles qui existent sont établies sous la dépendance de Dieu ; si bien qu’en se dressant contre l’autorité, on est contre l’ordre des choses établi par Dieu...", où les autorités en question sont bien les autorités civiles, et non religieuses. Mais ceci est la pensée de Paul, à une époque où le christianisme a tout intérêt à ne pas faire de vagues dans l'empire romain.

Ici, cependant, "rendre à César ce qui vient de César et à Dieu ce qui vient de Dieu" : si cela suppose effectivement de savoir faire une distinction entre deux domaines, cela n'implique pas pour autant qu'ils doivent être étanches ! On n'imagine pas Jésus approuvant la prétention des empereurs romains à se faire vénérer comme s'ils étaient des dieux. Ce n'est pas lui, qui vient de chasser les marchands du Temple, qui accepterait qu'y soit érigée une statue de l'empereur !

Par contre, il semble difficile d'échapper à la conclusion qu'ici Jésus renonce à un élément du judaïsme qui était essentiel en son temps : la terre promise par Dieu à son peuple choisi, déjà depuis Abraham, Eretz Israël. D'un côté, cela semble cohérent avec, par exemple, ce qu'il dit à la Samaritaine (Jean 4, 21.23) "l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père (...) Mais l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité". D'un autre côté, Jésus semble être resté attaché à la notion d'élection de son peuple, considérant que son ministère ne s'adressait qu'à lui, et allant même jusqu'à choisir douze "apôtres", ce qui supposait le projet de ramener sur la terre d'Israël les tribus dispersées dans le monde gréco-romain...

En fait, le plus simple pour comprendre ces images contradictoire que les évangiles nous donnent de Jésus, est de considérer qu'il n'a pas toujours pensé la même chose du début à la fin de sa vie, que sa pensée a évolué, et que si, dans un premier temps, il est resté assez traditionnel, avec l'idée de restaurer la souveraineté d'Israël sur sa terre, il a pu dans un second temps, au fil des rencontres et des évènements, s'ouvrir à une compréhension plus large de sa vocation.

On notera peut-être enfin que, si Jésus demande à ses interlocuteur de lui apporter un denier, cela signifie d'une part que lui-même n'en a pas sur lui, et d'autre part que ses interlocuteurs, eux, en ont... Ce fait, en lui-même, suffit déjà à couper l'herbe sous leurs pieds : ce sont eux qui viennent lui poser ce soit-disant cas de conscience entre fidélité à Dieu et fidélité à l'empereur, mais ce sont eux qui, puisqu'ils ont "dans leurs poches" de l'argent de l'empereur, ont déjà accepté sa souveraineté, contrairement à Jésus :)

 

 

Ils envoient vers lui
    certains des pharisiens et des hérodiens
pour le traquer par une parole.
Étant venus, ils lui disent : « Maître,
    nous savons que tu es vrai :
tu ne te soucies de personne,
    car tu ne regardes pas à la face des hommes,
mais tu enseignes selon la vérité le chemin de Dieu.
Est-il permis de donner un impôt à César,
    ou non ?
...Donnons-nous ? ...Donnons-nous pas ? »

Sachant leur ruse,
    il leur dit :
« Pourquoi m'éprouvez-vous ?
    Apportez-moi un denier, que je voie. »
Ils apportent.
    Il leur dit :
« De qui, cette image ? Et l'inscription ? »
    Ils lui disent :
« De César. »
    Jésus leur dit :
« Ce qui est de César,
    rendez-le à César.
Et ce qui est de Dieu,
    à Dieu ! »

Et ils étaient très étonnés de lui.

(Marc 12, 13-17)

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