Sait-on la dure peine du bourgeon pour que perce au jour sa douce gemme ?
Toute l'histoire de l'évolution depuis le big-bang consiste en la manifestation d'entités de plus en plus complexes : des ondes qui deviennent aussi des corpuscules, ces corpuscules qui s'associent pour former des atomes qui s'associent pour former des molécules qui s'associent pour former des cellules qui s'associent pour former des végétaux et des animaux ; chez ces derniers, des cellules d'un type particulier, qui leur sont propres et qui leur permettent d'être mobiles — les cellules nerveuses —, s'associent pour former un cerveau qui devient de plus en plus complexe lui aussi jusqu'à l'apparition de la conscience humaine.
Chacune de ces évolutions n'a certes pu se produire que parce que le substrat physique les contenait potentiellement. Cependant, on peut remarquer que la tendance naturelle des associations d'atomes et de molécules n'est pas de devenir une cellule vivante : l'immense majorité, pour ne pas dire la quasi totalité, de la matière de l'univers est minérale. Les atomes et les molécules ont tendance à s'associer dans des formes simples, régulières et stables. La cellule est un miracle d'équilibre atteint par des molécules extrêmement complexes ; miracle d'équilibre interne à ces molécules, et miracle d'équilibre entre ces molécules, dans leur association. Être une cellule est loin d'être de tout repos !
De même, pour un ensemble de cellules qui s'associent, et encore quand il s'agit de devenir animal plutôt que végétal : c'est une aventure qui n'est pas gagnée d'avance. Demeurer végétal, c'est un peu comme les associations d'atomes ou de molécules qui en restent au stade minéral, c'est une sorte de solution de facilité : moi, je reste là où je suis né, et je vais faire avec ce qui me sera accessible en ce lieu-là. Devenir animal suppose un esprit aventureux : moi je ne vais pas attendre que tout me soit donné comme l'oisillon attend la becquée de ses parents, mais je vais partir dans le monde, bouger à la recherche de meilleures conditions ; peut-être que j'y gagnerai, mais peut-être aussi que j'y perdrai...
Chacun de ces sauts dans l'évolution a donc supposé un dépassement de ce qui était donné auparavant ; la vie par rapport à la minéralité, l'animalité par rapport à la vie. Et l'humanité — c'est-à-dire la conscience — par rapport à l'animalité ?
C'est toute l'histoire de l'humanité : les hommes veulent pouvoir se contenter de vivre comme s'ils n'étaient que des animaux, suivre leurs instincts, avoir une vie prospère — manger, boire, baiser, dormir. Comme leur conscience leur permet d'anticiper, alors ils prennent peur du lendemain, et dès qu'ils le peuvent ils se mettent à accumuler, à amasser, au-delà même de toute nécessité raisonnable, et peu importe que ce faisant ils écrasent les autres, qu'ils les exploitent, qu'ils accaparent, qu'ils trichent, et jusqu'à mettre en fait en péril toute vie sur notre planète : peu leur importe tout cela, après eux le déluge !
C'est aussi toute l'histoire de l'humanité : surgissent des hommes, qu'on peut appeler des prophètes ou des sages ou d'autres noms encore, qui viennent interroger ces comportements. Êtes-vous sûrs que vous n'êtes que des animaux ?
Mais cela demande certainement un effort que de dépasser notre animalité, tout comme cela en a demandé à la vie de dépasser la minéralité, ou à l'animal de dépasser l'enracinement du végétal. Pour être tranquille, il y a une solution qui consiste à tuer ce genre de personnes, comme ça on peut continuer à se persuader que tout va bien. Une autre possibilité, aussi, c'est l'indifférence. On se bouche les oreilles, comme ça on n'entend pas, on pourra même dire : mais nous n'en savions rien ! mais pourquoi personne ne nous a-t-il jamais expliqué tout ça ? Au contraire, tous nos savants, tous nos philosophes, modernes, nous assurent que... nous ne sommes que des animaux, nous ne sommes que des machines, de la boue, de la poussière...
P.S. : le titre de ce billet est de Lanza del Vasto, prophète de la non-violence gandhienne.
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Et il commença à leur parler en paraboles :
« Un homme plante une vigne, il l'entoure d'une clôture,
il fore une cuve à pressoir et bâtit une tour,
il la loue à des vignerons
et part au loin.
Il envoie aux vignerons, le temps venu, un serviteur
pour prendre des vignerons des fruits de la vigne :
ils le prennent, le battent
et le renvoient, vide ;
de nouveau il leur envoie un autre serviteur :
lui aussi, ils l'assomment et le déshonorent ;
il envoie un autre : lui aussi, ils le tuent ;
et beaucoup d'autres :
les uns, ils les battent,
les autres, ils les tuent.
Il n'a plus qu'un fils unique bien-aimé,
il l'envoie en dernier vers eux, en disant :
"Ils respecteront mon fils !",
mais ces vignerons se disent entre eux :
"Celui-ci, c'est l'héritier !
allons-y, tuons-le ! à nous sera l'héritage !",
et l'ayant pris ils le tuent,
et ils le jettent hors de la vigne.
Que fera le seigneur de la vigne ?
il viendra et détruira les vignerons
et donnera la vigne à d'autres.
Cet Écrit, vous ne l'avez pas lu ?
"La pierre rejetée par les bâtisseurs,
celle-là est devenue tête d'angle ;
du Seigneur cela vient
et c'est merveille à nos yeux" ? »
Ils cherchaient à le saisir
— mais ils craignirent la foule —
car ils savaient que c'est pour eux
qu'il avait dit la parabole,
et l'ayant laissé, ils s'en allèrent.
(Marc 12, 1-12)

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