Partage d'évangile quotidien
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Vous avez entendu qu'il a été dit...

Jeu. 15 Juin 2023

Et ici commence une série de six antithèses, marquées ainsi : "Vous avez entendu qu'il a été dit... Eh bien, moi je vous dis...". "Antithèses" n'est pas le mot exact, car le "moi je vous dis" ne s'oppose pas vraiment au "il a été dit", mais cherche plutôt au contraire à le renforcer, à aller plus loin dans le même sens, à en dépasser la lettre pour en exprimer toute l'essence.

"Vous avez entendu" : ceci est une allusion à la lecture hebdomadaire de la Torah dans les synagogues le jour du sabbat, usage que les chrétiens ont prolongé jusque aujourd'hui lorsque l'évangile est lu à haute voix dans les églises et les temples chaque dimanche. Conclusion : ce qui a été entendu, c'est la Torah, c'est donc la parole de Dieu. Et que ce soit là la parole de Dieu est encore renforcé par l'expression "il a été dit", qui est à la voix passive en grec, ce qui désigne par le fait même Dieu comme étant l'auteur de cette parole. Le "moi je vous dis" qui vient ensuite est donc très fort, d'une prétention à la limite du blasphème ; sa seule justification possible est que Jésus s'affirme implicitement par là être prophète, donc porteur de la parole renouvelée, actualisée, de ce même Dieu...

Concernant maintenant le sujet du ce "qui a été dit" d'aujourd'hui, il y a un point qui a besoin d'être éclairci, c'est ce que signifie ce "jugement" dont sera passible celui qui aura tué. En effet, si on cherche dans toute la Torah ce qui y est dit au sujet des meurtriers, tout ce qu'on trouve est ceci : "Qui frappe un homme à mort sera mis à mort" (Exode 21, 12) ; "Si un homme frappe à mort un être humain, quel qu’il soit, il sera mis à mort" (Lévitique 24, 17) ; "le meurtrier doit être mis à mort" (Nombre 35, 16.17.18). Dans ce dernier livre, il est d'abord précisé que si c'est "par inadvertance" qu'on a causé la mort, on n'est pas un meurtrier, mais sinon il n'y a aucune ambiguïté, qui tue doit être tué. Donc, ce qui est dit dans la Torah, c'est "qui tuera...sera tué", et non pas "...sera passible du jugement".

Il faut alors regarder de plus près ce que signifie ce mot de "jugement" ici utilisé, en grec : krisis. Or, si on en examine toutes les occurrences, notamment dans cet évangile de Matthieu (puisque Matthieu est le seul des synoptiques à nous rapporter ces "il a été dit... moi je vous dis..."), on s'aperçoit que krisis désigne toujours le jugement de Dieu. Il ne s'agit donc pas de passer devant une cour de justice humaine ; pour cette dernière, sa plus haute instance en est le sanhédrin, dont il va être question juste après. Pour le meurtre, il s'agit donc de passer en jugement devant Dieu. On remarquera encore que krisis, toujours chez Matthieu, est le plus souvent utilisé dans l'expression "le jour du jugement", ce qu'on appelle aussi le "jugement dernier". On peut donc raisonnablement en conclure que le jugement dont il est question ici est celui auquel va être soumis le meurtrier quand il va rencontrer Dieu ...une fois mort !

Est-ce alors à dire que Jésus est en train de prôner que, quiconque s'enflamme contre une autre personne, même sans lui causer le moindre tort physique, doit être mis à mort ? cela semble quand même peu vraisemblable, mais il veut sans doute attirer l'attention sur le fait que, ce qui va faire qu'on en arrivera éventuellement à tuer quelqu'un d'autre, commence d'abord par un état d'esprit intérieur, et qu'on a tout intérêt à apprendre à reconnaître en soi quand cet état d'esprit commence à nous envahir, sans attendre qu'il nous pousse à un geste fatal et irrattrapable. Car, dit-il, même de cela, même d'avoir ressenti une telle aversion contre notre frère, Dieu nous en demandera des comptes.

Il est évident qu'en abordant ce thème du meurtre, on ne peut pas ne pas penser au premier meurtre raconté dans la Bible, celui de Abel par Caïn, et par l'avertissement que YHWH avait donné à Caïn avant qu'il n'en vienne à tuer son frère. Caïn était en effet en colère parce que Dieu n'avait pas agréé son offrande, et Dieu l'avait prévenu de faire attention, parce que dans cet état "le péché était tapi à sa porte" mais que lui, Caïn, pouvait se montrer plus fort que le péché. À ce moment-là, le ressentiment de Caïn ne portait pas directement contre son frère, plutôt contre Dieu qui avait refusé son sacrifice. Mais à partir du moment où il en a fait une affaire de jalousie...

 

 

Car je vous dis :
Si votre justice n'a pas plus de profusion
    que celle des scribes et des pharisiens,
vous n'entrerez pas au royaume des cieux.
    
Vous avez entendu qu'il a été dit aux ancêtres :
“Tu ne tueras pas !
Qui tuera
    sera passible du jugement.”    
Eh bien, moi je vous dis :
Tout homme en furie contre son frère
    sera passible du jugement.
Qui dira à son frère : "racaille !"
    sera passible du sanhédrin.
Qui lui dira : "fou !"
    sera passible de la géhenne du feu.

Si donc tu vas pour offrir ton présent à l'autel,
et si, là, tu te souviens que ton frère
    a quelque chose contre toi,
laisse là ton présent, devant l'autel,
    et va ! d'abord réconcilie-toi avec ton frère !
et alors, viens, offre ton présent.

Mets-toi d'accord avec ton adversaire,
vite, tant que tu es avec lui sur le chemin :
    pour que l'adversaire ne te livre au juge,
    et le juge au garde,
    et tu serais jeté en prison.
Amen, je te dis : tu ne sortiras de là
    que tu n'aies rendu le dernier quart de sou.

(Matthieu 5, 20-26)

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