Du péché originel
C'est ma faute, c'est ma faute, c'est ma très grande faute
Le judaïsme, et encore plus le christianisme à sa suite, expliquent l'existence du mal dans le monde par le péché. C'est par le péché d'Adam et Ève dans le jardin d'Éden que le mal est entré dans le monde, auparavant c'était le paradis sur terre. Pourtant, tout du long de la création du monde en six jours, si Dieu dit que son œuvre est bonne, et même très bonne, en aucun cas il ne dit qu'elle est parfaite... Et plusieurs passages des évangiles témoignent que Jésus refusait ce lien qui voudrait que tout mal qui nous échoit soit dû à nos péchés. Il le dit à propos de certains pèlerins qui avaient été massacrés par Pilate, ou d'une tour qui s'était écroulée sur des passants (Luc 13, 1-5), ou encore de l'aveugle-né chez Jean (9, 1s), où il refuse de suivre ses disciples pour lesquels cette infirmité ne pouvait résulter que du péché, soit de ses parents, soit de lui-même (dans le ventre de sa mère...!)
Certes, le fait que nombre de maux ont pour auteurs les hommes, volontairement ou involontairement, est un appel à essayer de tout faire pour éviter qu'ils ne se produisent ou reproduisent, mais il n'en reste pas moins qu'il y a des maux qui ne sont pas imputables à notre espèce, et, dans tous les cas, le point de vue des victimes est qu'il est injuste que cela soit tombé sur eux...
Dans la métaphysique extrême-orientale, l'explication courante, relativement proche de celle des disciples de Jésus pour l'aveugle-né, est ce qu'on appelle la loi du karma : nous n'aurions pas qu'une seule vie, mais, depuis les commencements de l'univers, ou du moins depuis le surgissement de la vie, ou peut-être même seulement depuis l'apparition de notre espèce, nous passerions de vies en vies, et ce seraient les fruits de nos mauvaises actions des vies précédentes que nous récolterions sous forme de ces maux divers qui nous tombent dessus apparemment sans raison ; bref, c'est exactement pareil, c'est notre faute, c'est notre faute, c'est notre très grande faute... Faut-il préciser que ceci n'est pas plus sérieux que le péché originel à la sauce de Paul et Augustin ? après ça, comment s'étonner encore de la désaffection du religieux sous toutes ses formes.
Non pas qu'il n'y ait absolument aucune réalité derrière ce concept de vies successives : nous sommes réellement faits de toutes ces vies qui nous ont précédés, et nous pouvons en retrouver la mémoire vivante, mais cela ne constitue pas pour autant, en aucun cas, une explication du pourquoi fondamental du mal. Pourquoi vivre est-il forcément difficile, pourquoi nos vies ne sont-elles pas remplies que de bonheurs ?
À cela, il y a pourtant une explication simple, c'est que le bonheur n'a pas de sens en soi, il n'existe de bonheur que par rapport à du malheur, il n'existe de bien-être que par rapport à du mal-être. C'est une explication certainement terriblement abstraite, quand on est submergé par la souffrance de quelque ordre qu'elle soit. Bien sûr, par rapport à tel de nos proches ou telle de nos connaissances, qui souffrent d'un grand malheur, ponctuel ou au long cours, on aimerait tellement avoir le pouvoir de lui dire "Lève-toi et re-marche dans ta vie !", mais toute la question semble être de savoir comment le lui dire et qu'il ou elle puisse l'entendre ? est-ce que cela supposerait qu'on ait soi-même traversé une épreuve au moins aussi profonde, pour qu'on soit capable de trouver les mots qui sauront le dire avec toute la délicatesse nécessaire ?
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Il monta en barque, fit la traversée
et vint dans sa propre ville,
et voici, ils lui présentaient un paralytique
gisant sur un lit ;
Jésus vit leur foi et dit au paralytique :
« N'aie pas peur, fils, tes péchés sont pardonnés ! »
Et voici, certains des scribes se dirent en eux-mêmes :
« Celui-ci blasphème ! » ;
alors Jésus connaissant leurs pensées,
dit :
« Pourquoi ces mauvaises pensées dans vos cœurs ?
au fait, quel est le plus facile,
dire : "Tes péchés sont pardonnés",
ou dire : "Lève-toi et marche" ?
eh bien, pour que vous sachiez que le fils de l'homme
a pouvoir sur la terre de pardonner les péchés... »
Alors, il dit au paralytique :
« Lève-toi,
prends ton lit et va dans ta maison ! »,
et s'étant levé,
il s'en alla dans sa maison.
Alors, ayant vu, les foules craignirent
et elles glorifièrent le Dieu
qui a donné un tel pouvoir aux hommes.
(Matthieu 9, 1-8)

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