Partage d'évangile quotidien
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Les noces de la discorde

Sam. 8 Juillet 2023

Qu'Iznogoud veuille être calife à la place du calife, il n'y peut rien, c'est inné chez lui


Le thème des noces de l'époux et de l'épouse est un thème classique du judaïsme, un mashal, dans lequel l'époux représente Dieu et l'épouse représente Israël, le peuple choisi par ce Dieu parmi tous les peuples. Ce thème a été particulièrement développé par le prophète Osée, et aussi dans le Cantique des cantiques. Ce thème n'est repris dans les évangiles qu'en deux occasions : dans l'évangile de Jean (3, 29), où ce serait Jean le Baptiste qui l'aurait appliqué à Jésus dans le rôle de l'époux, et ici (ainsi que dans les passages parallèles de Marc 2, 19-20 et Luc 5, 34-35), où ce serait Jésus lui-même qui se serait affirmé être l'époux.

Mais c'est ici, chez Matthieu, qu'une telle prétention est peut-être la plus choquante. Il est certain que la figure du Messie peut être assez fluctuante : messie royal, messie sacerdotal, serviteur souffrant, est-il un homme ou plus qu'un homme, en tout état de cause, Dieu seul est Dieu, et il n'est pas question que le Messie prenne sa place ! Or Matthieu vient de développer dans son "sermon sur la montagne" le programme de Jésus, qui consiste à "non pas abolir mais accomplir la Torah". Qu'on pense notamment à tous ses "on vous a dit... et moi je vous dis...", qui veulent faire sortir de la lettre des exigences formelles extérieures pour atteindre l'esprit des mêmes exigences intérieurement.

D'un côté, bien sûr, les chrétiens diront que c'est logique : si Jésus a pu proposer cette lecture "spirituelle" de la Torah, c'est justement parce qu'il est Dieu lui-même incarné. Mais une telle logique est en réalité incompatible avec le fait que Jésus était juif, et qu'en tant que tel il ne pouvait pas ne serait-ce qu'avoir le moindre soupçon d'une telle idée à son propre sujet ! Nous pouvons d'ailleurs être certains que jamais il n'a proféré clairement un tel blasphème, car sinon il est évident qu'aucun des quatre évangiles n'aurait manqué de le rapporter. Mais l'ensemble de ces quatre mêmes évangiles nous montre à l'inverse un Jésus qui renvoie toujours à celui qu'il appelle le Père : Dieu.

Autre contradiction avec les deux petits meshalim qui suivent : après avoir donc affirmé qu'il ne venait pas abolir la Torah, voici que Jésus présente maintenant son enseignement comme neuf au point d'être incompatible avec l'ancien, qu'il faudrait en quelque sorte faire table rase du passé ! Ceci rejoint en partie le ton polémique qu'on retrouve ailleurs, le plus souvent vis-à-vis des pharisiens, mais encore une fois, cet aspect polémique, qui peut s'expliquer par une sorte de concurrence qui a prévalu entre juifs qui pensaient que Jésus était bien le Messie et juifs qui ne le pensaient pas, ne pouvait pas aller jusqu'à revendiquer une telle rupture.

Les chrétiens d'aujourd'hui deux millénaires plus tard, qui ne connaissent pas bien leurs racines juives, s'imaginent volontiers que la divinité de Jésus est surtout établie dans les évangiles par le qualificatif de "fils de Dieu" qui lui est assez souvent donné, alors que ce titre ne signifiait pas du tout à l'époque le sens qu'il a pris pour eux par la suite. Ces mêmes chrétiens, souvent, s'imaginent aussi que le qualificatif de "christ" ("messie") implique en lui-même la divinité de Jésus, ce qui n'est donc pas du tout le cas non plus... Si on veut trouver dans les évangiles quelque chose qui appuierait cette divinité de Jésus, ce serait sans doute cette identification à l'époux qui s'en approcherait le plus (outre, évidemment, dans le prologue de l'évangile de Jean, l'incarnation du Verbe).

Mais peut-on appuyer toute une théologie juste sur un ou deux passages ?

 

 

Alors s'approchent de lui les disciples de Jean,
    ils disent :
« Pourquoi, nous et les pharisiens jeûnons beaucoup,
mais tes disciples ne jeûnent pas ? »
    Et Jésus leur dit :

« Les invités de la noce
    ne peuvent pas s'affliger
tant qu'ils ont avec eux l'époux,
mais viendront des jours
    où leur aura été enlevé l'époux,
et alors ils jeûneront.
    
Personne n'ajoute un ajout d'étoffe non foulée
    à un vêtement vieux,
car la pièce tirerait sur le vêtement,
    et la déchirure deviendrait pire !
    
On ne met pas non plus du vin nouveau
    dans des outres vieilles,
sinon, bien sûr, éclatent les outres,
et le vin se répand
    et les outres sont perdues,
mais on met le vin nouveau
    dans des outres neuves,
et les deux se conservent. »

(Matthieu 9, 14-17)

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