Limites des légendes
Douze, c'est le nombre supposé des tribus d'Israël, le nombre des fils de Jacob, chaque tribu portant le nom du fils dont elle est censée descendre. Plus tard, ces douze tribus se scinderont en deux royaumes, celui du nord comprenant dix tribus, et deux tribus dans celui du sud. Ces deux royaumes seront ensuite l'un après l'autre conquis par des puissances étrangères, une grande partie de leur population sera déportée, formant ainsi ce qu'on appelle la diaspora juive. Il est attendu du Messie, notamment, qu'il ramène les enfants d'Israël sur leur terre promise, qu'il rassemble donc les douze tribus dispersées.
En instituant un petit groupe de douze personnes choisies parmi ses disciples, Jésus s'inscrit clairement dans cette perspective messianique. Il le dira un peu plus tard : lors de l'instauration future du royaume, chacun de ces douze siégera sur un trône et sera juge sur sa tribu. Matthieu nous rapporte de plus ici que ces douze n'ont pas à s'intéresser ni aux païens, ni aux Samaritains, mais seulement aux Israélites : tous ces éléments sont embarrassants pour des chrétiens qui, très vite après la mort de Jésus, vont vouloir élargir le champ de leur mission à toutes les nations, mais il n'y a aucun doute, nous avons affaire ici à un Jésus qui reste dans le cadre strict du judaïsme, sa mission ne concerne que Israël, et il semble difficile de ne pas comprendre qu'il se considère comme le Messie.
Ce groupe des douze va cependant très vite disparaître, après la mort de Jésus. On en parle un tout petit peu au début des Actes des Apôtres, avant la Pentecôte ou juste après, puis plus rien...! On parle encore un peu de Pierre, mais rien sur les autres : même Jacques et Jean, considérés avec Pierre comme les colonnes de ce christianisme naissant, ne font pas partie des douze. Tout ce qu'on a sur les douze, à partir de là, ce sont des récits qui appartiennent plutôt au domaine des légendes, selon lesquels untel serait parti évangéliser en Inde et tel autre dans quelque autre contrée lointaine, ce qui n'est peut-être pas faux, mais en tout cas le groupe n'existe donc plus en tant que groupe. Quand des églises chrétiennes prétendent fonder l'autorité de leur hiérarchie comme descendant de ce groupe des douze...
Et Jésus dans tout ça ? Il est donc clair que, dans les commencements de son ministère, il se pensait lui-même dans cette perspective de l'attente messianique, et se voyait sans doute comme étant lui-même le Messie. Mais par la suite ? on peut difficilement penser qu'il soit resté dans cette même perspective. Il semble bien, à tout le moins, qu'il va assez vite vouloir se dégager de tout ce qu'il y a de trop pesant, de trop incarné (?), de trop trivialement politique, dans ces attentes messianiques. S'il ne s'était peut-être pas posé la question au départ, il se détache en tout cas très vite de tout rôle de restauration d'une souveraineté territoriale : le "royaume" pour lequel il se bat n'est pas de ce monde, le Dieu qui l'habite ne s'intéresse pas à ce genre de préoccupations. C'est là, peut-être, que se justifie et s'enracine la séparation du christianisme du judaïsme qui lui a pourtant donné naissance.
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Ayant appelé à lui ses douze disciples,
il leur donna autorité sur les esprits impurs
pour les expulser
et pour guérir toute maladie et toute infirmité.
De ces douze apôtres tels sont les noms :
en premier, Simon dit Pierre, et André son frère,
puis Jacques, de Zébédée, et Jean son frère,
Philippe et Bartholomée,
Thomas, et Matthieu le taxateur,
Jacques, de Halphée, et Thaddée,
Simon le zélote, et Judas l'homme de Qeriôt,
celui-là même qui l'a livré.
Ces douze-là, Jésus les envoya
en leur ayant recommandé :
« Sur un chemin vers chez les païens n'allez point,
dans la province des Samaritains n'entrez point,
mais allez plutôt vers les brebis perdues
de la maison d'Israël.
En allant, proclamez :
"Il s'est approché le royaume des cieux !" »
(Matthieu 10, 1-7)

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