Beaucoup sont appelés
Les éléments de ce mashal ne prêtent guère à équivoque, pour peu qu'on ait un peu de culture biblique : les noces symbolisent toujours les rapports de Dieu à son peuple élu, Israël, ce dernier étant l'épouse et Dieu l'époux. Ici, cependant, ces noces concernent non pas le roi mais son fils, mettant ainsi Jésus au même rang que Dieu ; ici, c'est Jésus qui prend le rôle de l'époux, ce qui est inadmissible pour n'importe quel juif. Il ne faut alors guère s'étonner que ceux qui étaient destinés à prendre part à cette noce, comme invités mais aussi, en fait, comme épouse, ne se sentent pas concernés ! Nous sommes en pleine controverse judéo-chrétienne, et la suite ne va pas aller en s'arrangeant...
Les serviteurs du roi, envoyés pour faire venir les invités, symbolisent, toujours dans la culture biblique traditionnelle, les prophètes, que Dieu envoie régulièrement pour faire sortir son peuple des ornières dans lesquelles il retombe tout aussi régulièrement, pour ne pas dire systématiquement, et quand le roi les envoie détruire la ville des invités, il faut comprendre, non pas seulement une allusion à la destruction de Jérusalem en 70 (que cette destruction ait été vue par anticipation, ou que l'histoire ait été écrite après coup), mais bien le rejet par Dieu de tout Israël, le reniement de toutes ses promesses et de son alliance, pour remplacer ces invités par le tout-venant des païens.
Le moins qu'on puisse en penser est que, si c'est bien Jésus qui a créé ce mashal, c'était dans l'intention de provoquer une réaction dans son auditoire, qui n'était composé que de juifs, s'il faut le rappeler. Son idée n'était certainement pas que Dieu puisse revenir sur sa parole, mais en même temps que nous n'en aurons jamais fini à nous décentrer, à sortir du peu que nous croyons savoir sur lui, des images que nous nous en faisons et qui deviennent ainsi des idoles, et on peut penser que le principe de l'élection d'Israël, de la préférence de Dieu pour ce peuple, font partie de ces statues érigées en guise et place d'une relation vivante avec celui qui n'est que pure transcendance.
On voit donc ici, très fortement, le discours du christianisme qui revendique de dépasser ce judaïsme qu'il considère comme figé, mort. Dieu ne s'adresse plus, maintenant, aux seuls juifs, mais désormais à toutes les nations, et directement à elles ; Israël n'est plus central dans l'Alliance de Dieu avec les hommes. On peut éventuellement considérer que c'est là une fort louable idée, au moins dans les intentions. À une condition, cependant : que ce nouveau mouvement naissant, cette nouvelle religion, sache échapper aux mêmes ornières que celles de la religion qu'elle est censée remplacer et dépasser. Autrement dit, à condition qu'elle ne se mette pas, elle aussi, à figer la relation vivante avec celui qui n'est que pure transcendance dans un nouvel édifice tout autant mort et illusoire que le précédent.
On entend notamment de plus en plus dire dans le catholicisme de nos jours que personne n'a de ligne directe avec Dieu, qu'on ne peut, pour cette relation avec lui, passer que par la médiation : des dogmes, de la hiérarchie, de la tradition, etc. Or, s'il y a un sens à ce mashal, c'est précisément l'inverse. L'homme qui n'a pas revêtu de vêtement de noces, c'est celui qui n'est là que parce qu'on l'y a fait venir, il est là en touriste, mais il n'est pas personnellement, intimement, concerné par tout ça, épouser Dieu ne l'intéresse pas plus que ça, il suit simplement le mouvement et ce qu'on lui dit, mais cela lui reste extérieur, et c'est pour cela qu'il finit ...à l'extérieur, dehors.
Cette ligne directe avec Dieu, c'est l'inverse, c'est même l'essentiel et ce qui devrait être la seule raison d'être de n'importe qu'elle religion, viser à ce que tout un chacun y accède. Et c'est à partir de là seulement, que, pour chacun, le chemin peut commencer.
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Jésus répondit
et de nouveau il leur parla en paraboles, disant :
« Le royaume des cieux est semblable à :
un homme, un roi,
qui donna un repas de noces pour son fils.
Il envoya ses serviteurs
appeler ceux qui avaient été appelés au repas de noces,
mais ils ne voulaient pas venir.
De nouveau, il envoya d'autres serviteurs en disant :
"Dites à ceux qui avaient été appelés :
voici, j'ai préparé mon déjeuner,
mes taureaux et les animaux gras ont été sacrifiés,
et tout est prêt : venez au repas de noces !"
mais ils ne s'en soucièrent pas
et s'en allèrent, qui à son champ,
qui à son commerce,
et les autres se saisirent de ses serviteurs,
les maltraitèrent et les tuèrent.
Alors le roi fut en colère, il expédia ses troupes,
il fit périr ces meurtriers et incendia leur ville,
puis il dit à ses serviteurs :
"La repas de noce est prêt
mais ceux qui avaient été appelés n'étaient pas dignes,
allez donc à la croisée des chemins,
et tous ceux que vous trouverez,
invitez-les au repas de noces !"
et ces serviteurs sortirent sur les chemins,
ils rassemblèrent tous ceux qu'ils trouvèrent,
mauvais comme bons,
et le repas de noces fut plein de convives.
Alors le roi entra observer les convives
et il vit là un homme
qui ne s'était pas revêtu d'un vêtement de noces ;
il lui dit :
"Compagnon, comment es-tu entré ici
sans avoir un vêtement de noces ?"
et lui fut muselé.
Alors le roi dit aux serviteurs :
"Liez-le, pieds et mains,
et jetez-le dehors
dans la ténèbre extérieure !
Là sera le pleur
et le grincement des dents."
En effet, beaucoup sont appelés,
mais peu, élus. »
(Matthieu 22, 1-14)

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