Partage d'évangile quotidien
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Sans commune mesure

Mer. 23 Août 2023

Comme pour tout mashal (parabole), il n'y a pas une, seule, unique, compréhension possible de cette histoire d'ouvriers travaillant dans une vigne. Je ne prétendrai donc pas dire comment il faut l'interpréter, comment dépasser le paradoxe apparent de salaires non proportionnels au travail effectué par les uns et les autres. Je vais seulement proposer deux lectures qui me semblent possibles et porteuses de sens, lectures non exclusives l'une de l'autre, et donc surtout non exclusives d'autres lectures certainement possibles aussi.

En premier, peut-être, j'ai le sentiment de lire, avec deux mille ans d'avance, une proposition de ce qu'on appelle de nos jours le revenu de base, ou revenu d'existence, ou revenu universel. La somme d'un denier, c'est à peu près le smic journalier, c'est ce qui permettait à une famille de satisfaire à ses besoins (essentiellement de nourriture) pour un jour. C'était la condition d'un nombre non négligeable de personnes, particulièrement de ces journaliers dont parle cette histoire, de ces gens qui louaient leur force de travail à la journée, n'étant jamais sûrs de pouvoir en retrouver le lendemain.

En décidant de donner ce minimum vital à tous ceux qui ont travaillé dans sa vigne, quelle qu'ait été la durée de leur travail, ce propriétaire terrien anticipe donc, sur ses fonds propres, la mise en œuvre concrète de ce qu'il faut bien considérer comme un droit fondamental de tout être humain, le droit d'avoir le minimum nécessaire pour survivre : manger, boire, vêtements, logement. C'est juste de la solidarité humaine, qu'il faudra bien que nous arrivions à institutionnaliser tôt ou tard, espérons le plus tôt possible...

Une seconde lecture, à la fois différente mais peut-être pas tant que ça non plus, est que cette histoire est comme l'antithèse exacte du passage qui l'a précédée immédiatement, où il était question de recouvrir au centuple les biens auxquels on aurait renoncé, et pour quelques uns (les Douze) de devenir les grands manitous des autres... Ici, donc, plus question du moindre privilège, de la moindre hiérarchie, de différences dans les avoirs, de capitalisation, d'accaparement. Tout le monde à la même enseigne. Serait-ce donc le communisme ?

Non, mais il s'agit seulement de ce fait tout simple que, être, exister, vivre, dans la Présence (de Dieu, de la transcendance, de...), est une expérience en soi ultime, indépassable, et donc la même pour tous, même si concrètement, du fait que nous sommes tous différents les uns des autres, elle peut revêtir des apparences différentes, ou même atteindre des profondeurs et étendues variables. Fondamentalement, donc, au-delà de toutes ces variations liées à nos contingences, l'expérience ne peut qu'être strictement la même, elle ne peut qu'être de la même nature, sans compter que pour tous elle est don reçu au-delà de tout mérite...

 

 

Beaucoup seront
    premiers, derniers
    et derniers, premiers !

Car le royaume des cieux est semblable à :
    un homme, un maître de maison,
qui sortit au matin
    embaucher des ouvriers pour sa vigne,
il se mit d'accord avec les ouvriers sur un denier la journée,
    et il les envoya dans sa vigne ;
puis il sortit vers la troisième heure
et il en vit d'autres
qui se tenaient sur la place publique, désœuvrés,
    alors il leur dit :
"Allez, vous aussi, dans la vigne,
    et je vous donnerai ce qui est juste !"
et ils allèrent ;
puis de nouveau il sortit vers la sixième
    et la neuvième heure,
et il fit de même ;
enfin vers la onzième il sortit
et il en trouva d'autres qui se tenaient là,
    et il leur dit :
"Pourquoi vous êtes-vous tenus là
toute la journée, désœuvrés ?"
    ils lui dirent :
"Parce que personne ne nous a embauchés."
    il leur dit :
"Allez, vous aussi, dans la vigne !"

Alors le soir arrive
    et le seigneur de la vigne dit à son intendant :
"Appelle les ouvriers
    et paie le salaire de chacun,
en commençant par les derniers
    jusqu'aux premiers."
Vinrent ceux de vers la onzième heure
    et ils reçurent chacun un denier,
puis vinrent les premiers
et ils pensèrent qu'ils recevraient plus,
    mais ils reçurent chacun le denier, eux aussi.
Alors en recevant,
    ils protestèrent contre le maître de maison disant :
"Ceux-ci, les derniers, ont fait une seule heure,
    et tu les as fait égaux à nous,
qui avons porté le poids du jour et la chaleur !"
    mais il répondit à l'un d'entre eux et dit :
"Compagnon, je ne te fais pas de tort :
    n'est-ce pas sur un denier
que tu t'étais mis d'accord avec moi ?
    prends ce qui est tien, et va.
Je veux à ce dernier
    donner autant qu'à toi,
est-ce qu'il ne m'est pas permis
    de faire ce que je veux de mes biens ?
ou ton œil est-il mauvais
    parce que moi je suis bon ?"

Ainsi seront
    les derniers, premiers,
    et les premiers, derniers !

(Matthieu 19, 30 - 20, 16)

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