Pleur et grincement de dents
Dans la série "pour les nuls" voici donc la comparaison (parabole, mashal), dite de l'ivraie et du bon grain, expliquée aux disciples. C'est simple, pour ne pas dire simplissime ; on a droit à une série de sept équations, à sept reprises on a : tel élément de la comparaison "égale" telle réalité du monde. C'est tellement basique qu'on se demande surtout si les disciples n'étaient pas tous des demeurés pour ne pas avoir compris tout seuls ! Évidemment, c'étaient des gens simples, des pêcheurs, des petites gens comme on dit, mais à ce point ?
Le pleur et le grincement de dents est une expression typique de Matthieu. On ne la trouve qu'une fois chez Luc, détonnant avec l'ensemble de son évangile, tourné vers la miséricorde de Dieu, et non sur sa colère, fut-elle justifiée par l'iniquité de ceux sur qui elle tomberait. Matthieu, lui, l'utilise à cinq reprises, toujours dans le même contexte, celui de la fin des temps, pour décrire la situation dans laquelle se trouveront ceux qui n'entreront pas dans le royaume : on dit alors qu'ils se retrouveront dans les ténèbres, ou comme ici dans le feu, et donc qu'ils pleureront et grinceront des dents.
Il ne semble pas qu'on trouve cette association des pleurs et du grincement de dents ailleurs dans la Bible. Le grincement des dents est une expression classique pour qualifier ceux qui en veulent et s'en prennent aux justes, qui sont furieux contre eux, en colère, et cherchent à leur nuire ; elle marque la jalousie, le ressentiment inique. Dans le contexte de la fin des temps, elle indique donc que ceux qui n'ont pas été jugés dignes du royaume sont encore dans l’agressivité, dans l'extériorisation, voulant s'en prendre à ceux qui ont été justifiés, ne comprenant toujours pas que le problème vient d'eux-mêmes et non des autres.
Par contre, l'association des pleurs au grincement des dents, donne un espoir. S'il y a pleurs, il y a reconnaissance de leurs limites, il y a admission implicite qu'ils ne peuvent pas s'en sortir par eux-mêmes, qu'ils sont dépendants. Ceci peut les mener à une certaine ouverture, à une certaine confiance. À l'amour en somme ?
/image%2F0553225%2F20230801%2Fob_18ab00_20230801.jpg)
Alors il renvoya les foules
et il vint à la maison,
et ses disciples s'approchèrent de lui en disant :
« Explique-nous
la comparaison de l'ivraie du champ. »
Alors il répondit et dit :
« Le semeur de la belle semence c'est le fils de l'homme,
le champ c'est le monde,
la belle semence ce sont les fils du royaume,
l'ivraie ce sont les fils du Mauvais,
l'ennemi qui l'a semée c'est l'adversaire,
la moisson c'est l'achèvement de cette ère,
les moissonneurs ce sont des anges.
Donc, comme l'ivraie est ramassée
et brûlée au feu,
de même en sera-t-il à l'achèvement de cette ère :
le fils de l'homme enverra ses anges
et ils ramasseront hors de son royaume
toutes les occasions de chute
et ceux qui commettent l'iniquité,
et ils les jetteront dans la fournaise du feu ;
là seront le pleur
et le grincement des dents.
Alors les justes resplendiront comme le soleil
dans le royaume de leur père !
Qui a des oreilles entende ! »
(Matthieu 13, 36-43)

Commenter cet évangile