Partage d'évangile quotidien
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Ce qui fut caché dès l'origine

Lun. 25 Septembre 2023

Les quatre éléments qui ont été rassemblés ici par Luc se retrouvent chacun en de nombreux autres endroits des évangiles, mais, à chaque fois, dans des contextes différents, en sorte que leur sens peut varier en fonction de ces contextes. Ainsi du premier élément, la lampe qu'on n'allume pas pour la cacher mais pour qu'elle éclaire tout un chacun : tel quel, il signifie que, si nous avons reçu quelque lumière de par notre foi en la Bonne Nouvelle annoncée par Jésus, alors nous sommes devenus comme des porteurs de lumière, et nous ne devons pas cacher cette lumière mais nous efforcer d'en faire profiter d'autres ; c'est alors une invitation au prosélytisme.

Mais Matthieu (5, 14s) corrige légèrement ce sens, en y adjoignant l'image d'une "ville située en haut d'une montagne", laquelle "ne peut être cachée". Cette ville sur sa montagne est bien sûr similaire à la lampe placée sur un chandelier, ni l'une ni l'autre ne peuvent manquer d'être remarquées. Mais la lampe peut, éventuellement, être cachée, ce qui n'est pas le cas de la ville. Par conséquent, l'image de la ville ne parle plus de prosélytisme, contrairement à celle de la lampe, prise isolément.

Ici, on pourrait certes interpréter la lampe dans ce sens, du prosélytisme, et en ce cas, le "rien de caché... rien de secret..." est à comprendre comme une promesse que, grâce à nos efforts, tout ce qui peut être obscur dans le monde finira par être démasqué grâce à notre lumière. On pourrait effectivement s'en arrêter là. Mais rien ne nous dit, ici, contrairement au passage précédent de Matthieu, que la lumière dont il est question soit la nôtre. On peut très bien la comprendre (plutôt ?) comme étant celle que nous recevons, éventuellement, de Jésus, la lumière de la Bonne Nouvelle elle-même, indépendamment de l'ouverture que nous y manifestons ou non.

Dans ce dernier cas, le "rien de caché... rien de secret..." devient bien plutôt une promesse qui nous est faite à nous, que tout finira par s'éclaircir pour nous-mêmes, que nous ne devons pas nous laisser rebuter par ce qui peut nous sembler des obstacles, par les doutes. Non qu'il nous faille devenir complètement idiots jusqu'au "je crois parce que c'est absurde". Bien sûr que non, nous avons une intelligence qui est une bonne chose, et il ne s'agit pas d'aller contre elle, mais pas non plus d'en faire le seul critère de nos conduites. Nous ne sommes pas que notre intelligence, mais aussi nos sentiments, nos émotions, nos sensations, notre corps.

Et c'est ce à quoi nous invite la suite : "faites attention à comment vous écoutez !" Autrement dit, assurez-vous avant tout : est-ce que vous avez vraiment bien compris de quoi il s'agit, êtes-vous sûrs que, ce que vous considérez comme votre foi, ce que vous considérez comme étant la Bonne Nouvelle dont témoigne Jésus, est bien ce dont il parle réellement lui-même ; êtes-vous sûrs que vous ne vous êtes pas fabriqué un faux dieu qui n'a, en réalité, rien à voir avec celui dont, lui, vivait ?

La question est importante, car, si on s'est trompé dès le départ, alors "même ce qu'on croit avoir nous sera enlevé". Le mieux, à l'opposé exact de l'idée de prosélytisme, sur lequel le début de ce passage pouvait nous aiguiller à tort, est donc de rester extrêmement prudent sur le contenu de notre foi — de quelque tradition religieuse, ou autre, qu'elle soit, d'ailleurs —, de nous efforcer d'en rester à l'attitude dite apophatique : de Dieu, nous ne pouvons essentiellement dire que ce qu'il n'est pas. C'est un peu comme pour une sculpture : c'est en éliminant avec ses ciseaux ce que n'est pas son sujet que celui-ci apparaît peu à peu aux yeux du sculpteur...

 

 

Et personne qui a allumé une lampe
    ne la couvre d'un récipient
    ou ne la met sous un lit,
mais il la met sur un chandelier
    afin que ceux qui entrent voient la lumière ;

en effet, il n'y a rien de caché qui ne deviendra visible,
ni rien de secret qui ne sera connu
    et viendra au grand jour.
    
Aussi, faites attention à comment vous écoutez !

car celui qui a
    il lui sera donné,
et celui qui n'a pas
même ce qu'il semble avoir
    lui sera enlevé.

(Luc 8, 16-18)

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