Donné, c'est donné
Plusieurs indices, dans ce mashal, tendent à nous le faire lire comme une histoire de dons et non pas de prêts. Ce sont l'habitude et l'inattention qui nous empêchent de le comprendre, mais qu'on en juge : quand le "seigneur" distribue ses biens, le verbe grec utilisé a bien comme sens premier celui de "donner" et seulement en second le sens dérivé de "confier". Puis quand ce "seigneur" revient, à nouveau l'expression grecque utilisée et généralement traduite par "régler ses comptes" signifie en fait simplement et littéralement "partager la parole"... On remarquera ensuite que le premier serviteur qui s'avance ne présente que les talents qu'il a gagnés ("il présenta les cinq autres"), et qu'il en va vraisemblablement de même pour le deuxième ; et ces deux-là conservent le tout, ceux donnés et ceux gagnés ! Il n'y a que le troisième serviteur dont il soit clairement dit que, non seulement il ramène le talent qui lui avait été donné, mais qu'en plus il le rend...
De quoi s'agit-il donc ? simplement du don de la vie qui nous a été fait. Certes, il est ensuite question de faire, à un moment donné, un bilan de ce que nous avons fait de ce don, mais en aucun cas celui qui nous a fait ce don ne le reprend. C'est le troisième serviteur qui, en rendant au "seigneur" le talent qu'il a reçu, lui dit "voici, tu as ce qui est à toi", c'est lui qui a compris ainsi les choses, les deux autres, eux, ont seulement eu envie de partager leur joie de ce qu'ils avaient réussi à faire, et à aucun moment le "seigneur" ne leur demande de rendre les talents donnés au départ, encore moins les talents gagnés, ni même de prélever pour son propre compte une part de leurs bénéfices : quand il s'agit de savoir que faire avec le talent que le troisième serviteur lui a redonné, il dit de le donner à celui qui "en a dix", ces dix talents appartiennent bien au serviteur et non au "seigneur".
Le "seigneur" ne reprend pas ce qu'il a donné, jamais ; ce n'est pas pour lui, qu'il le fait, c'est pour eux, pour ces serviteurs, et la récompense du "seigneur", c'est simplement sa joie devant leur joie d'avoir réussi.
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Car c'est comme : un homme partait au loin
et il appela ses serviteurs
et il leur donna ses biens :
à l'un il donna cinq talents,
à un autre deux,
à un autre un,
à chacun selon ses propres capacités,
et il partit aussitôt au loin.
Une fois parti, celui qui avait reçu les cinq talents
alla œuvrer avec
et en gagna cinq autres,
de même celui des deux
en gagna deux autres,
mais celui qui avait reçu un seul s'en alla,
il creusa la terre, et cacha l'argent de son seigneur.
Puis, après beaucoup de temps, vint le seigneur de ces serviteurs
et il fit le point avec eux.
Alors s'approcha celui qui avait reçu les cinq talents
et il présenta les cinq autres talents en disant :
"Seigneur, tu m'avais donné cinq talents,
voici, j'ai gagné cinq autres talents."
Son seigneur lui dit :
"Bien ! bon et fidèle serviteur :
sur peu tu as été fidèle,
sur beaucoup je t'établirai ;
entre dans la joie de ton seigneur !"
S'approcha aussi celui des deux talents, et il dit :
"Seigneur, tu m'avais donné deux talents.
voici, j'ai gagné deux autres talents."
Son seigneur lui dit :
"Bien ! bon et fidèle serviteur :
sur peu tu as été fidèle,
sur beaucoup je t'établirai ;
entre dans la joie de ton seigneur !"
S'approcha alors encore celui qui avait reçu un talent, et il dit :
"Seigneur, je te connaissais, que tu es un homme dur,
moissonnant où tu n'as pas semé
et amassant d'où tu n'as pas dispersé,
et j'ai craint, je suis parti et j'ai caché ton talent dans la terre :
voici ! tu as ce qui est à toi."
Alors son seigneur lui répondit et lui dit :
"Mauvais serviteur, et fainéant ! Tu savais
que je moissonne où je n'ai pas semé
et que j'amasse d'où je n'ai pas dispersé ?
tu aurais donc dû placer mon argent
chez les banquiers,
et étant revenu,
moi, j'aurais recouvré mon bien avec un intérêt ;
prenez-lui donc le talent
et donnez-le à celui qui a les dix talents !
car à quiconque a
il sera donné
et il aura en surabondance,
mais à qui n'a pas,
même ce qu'il a
lui sera pris !
et le serviteur inutile,
jetez-le dans la ténèbre extérieure !
là sera le pleur
et le grincement des dents."
(Matthieu 25, 14-30)

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