Partage d'évangile quotidien
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Enfantillages et mômeries

Mer. 20 Septembre 2023

Jésus a vraisemblablement été disciple de Jean le baptiseur, avant de se lancer à son tour dans sa propre prédication, laquelle d'ailleurs ne devait pas, dans ses débuts, être bien différente de celle de Jean : Matthieu (3, 2 et 4, 17) décrit les deux avec exactement les mêmes mots ("Convertissez-vous car le Royaume est proche" ; cf. aussi Marc 1, 15), et l'évangile de Jean (3, 22s) nous parle de Jésus qui baptise en même temps que Jean mais pas au même endroit du Jourdain, ce qui provoque des dissensions entre leurs disciples respectifs...

C'est que la raison d'être d'un authentique maître spirituel n'est pas de conserver ses disciples sous le boisseau, mais seulement de les accompagner jusqu'à ce qu'ils entrent eux aussi en relation personnelle avec Dieu. Jean était prophète, donc habité par l'Esprit de Dieu, ou dit encore autrement : fils ou enfant de la Sagesse, c'est-à-dire du Verbe, de la Parole, de Dieu. À partir du moment où Jésus est devenu lui aussi habité par l'Esprit, lui aussi fils de la Sagesse (ce qui a été symboliquement rapporté dans la scène de son baptême avec l'Esprit descendant sur lui sous l'apparence d'une colombe et la Parole venant du ciel proclamant qu'il était son fils), il devait se séparer de son maître et partir découvrir sa vocation, sa voie, propre.

Au début, Jésus est donc resté, dans sa démarche prophétique, très proche de ce que faisait son ancien maître, et puis progressivement il a trouvé son propre style, différent, très différent même, mais il tient à le dire ici : cela ne constitue en aucun cas un désaveu de Jean, encore moins un doute sur l'authenticité de son ministère à lui ; ils ont chacun leur raison d'être. Par contre, plus tard il semble que ce soit Jean qui se soit mis à douter de l'authenticité du ministère de son ancien disciple, et Jésus en sera peiné, mais sans qu'il puisse y faire vraiment grand chose, si ce n'est tenter de se justifier par les fruits de sa prédication : les guérisons. Et on ne sait pas si Jean a été sensible à l'argument ou pas, on sait seulement que Jean avait encore des disciples qui se réclamaient de lui et de son message au moins jusque la fin du deuxième siècle.

Et de fait, le ministère de Jean reste, aujourd'hui encore, d'actualité, tout comme, dans les termes de la prédication ultérieure de Paul, la Grâce n'annule pas la Loi. La Loi n'est pas suffisante, mais elle n'en reste pas moins nécessaire. La Loi n'est pas le but, mais elle reste le passage obligé. La liberté des enfants de la Sagesse ne tombera pas toute cuite comme ça dans nos becs rien qu'en les ouvrant vers le ciel en nous écriant "Seigneur ! Seigneur !" :-)

 

 

À qui donc vais-je comparer les hommes de cette génération,
    à qui sont-ils semblables ?

ils sont semblables à des gamins
    qui sont assis sur la place
    et qui s'interpellent les uns les autres en disant :
"Nous avons joué de la flûte pour vous
    et vous n'avez pas dansé,
nous avons chanté des chants funèbres
    et vous n'avez pas pleuré !",

car Jean le baptiseur est venu,
    ne mangeant pas de pain ni ne buvant de vin,
    et vous dites :
"Il a un démon !" ;
est venu le fils de l'homme,
    mangeant et buvant,
    et vous dites :
"Voici un homme glouton et buveur de vin,
    ami des taxateurs et des pécheurs !",

mais la Sagesse a été justifiée par tous ses enfants.

(Luc 7, 31-35)

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