Je voyais Satan tomber comme l'éclair
En-dehors de cet envoi en mission (ici chez Luc et dans les versions parallèles chez Matthieu, 10, 5-15, et Marc, 6, 7-13), il n'est guère question dans le reste des évangiles que quiconque, d'autre que Jésus, soit capable d'opérer des guérisons.
Une première exception se trouve chez Luc aussi, lors de l'envoi en mission de soixante-dix disciples (Luc 10, 1s). Cet épisode-là, cependant, pose doublement question : d'une part le fait que Luc soit le seul à le rapporter. D'autre part, la symbolique des nombres : les Douze du premier envoi en mission symbolisent les douze tribus d'Israël ; cette première mission s'adresse donc symboliquement à elles. Soixante-dix, de son côté, est, pour le judaïsme, le nombre total de nations qui existent dans le monde en-dehors d'Israël. En créant l'envoi en mission de soixante-dix disciples, Luc, le disciple de Paul (Paul dit l'apôtre des "nations"), voulait, dès son évangile, affirmer l'universalité du message de Jésus.
La seconde exception, où il est question des dons de guérisons des disciples, confirme plutôt les doutes sur leurs capacités réelles du vivant de Jésus ; c'est juste après la transfiguration, quand Jésus, avec Pierre, Jacques et Jean, redescendent de la montagne (Matthieu 17, 14-20 ; Marc 9, 14-29 ; Luc 9, 37-43) : ils trouvent alors un pauvre homme qui, ayant amené son fils épileptique, avait demandé aux disciples restés en bas de le guérir, mais "ils n'ont pas pu" !
Certains exégètes considèrent alors que ces missions seraient plutôt des rétroprojections, du vivant de Jésus, de ce que ses disciples vivront, mais plus tard, après sa mort et sa résurrection, et surtout après ce qui a été décrit comme la venue de l'Esprit. À ce moment-là, oui, on ne peut guère douter qu'aient pu se produire des guérisons par l'intermédiaire d'au moins un certain nombre d'entre eux, comme cela s'était produit par l'intermédiaire de Jésus au cours de son ministère.
La probabilité de ces envois en mission du vivant de Jésus n'est cependant pas à écarter totalement, mais on doit certainement relativiser les capacités qu'ont pu avoir les Douze (sans même parler des soixante-dix !) à ce que se produisent des guérisons par leur intermédiaire. Les guérisons "miraculeuses" peuvent, de fait, être considérées comme des effets psychosomatiques ; elles résultent donc de la combinaison, d'une part d'une certaine auto-persuasion des malades (de leur foi que cela est possible), et d'autre part d'un certain état d'esprit du "guérisseur", et c'est cette seconde composante qui pose question concernant les disciples de Jésus de son vivant : quand on les voit, après cela, se disputer entre eux pour savoir lequel est le plus grand, lequel deviendra le premier ministre dans le futur gouvernement d'union nationale contre l'occupant romain...
En effet, l'état d'esprit d'un "guérisseur" comprend nécessairement qu'il sache faire abstraction de sa petite personne, de son ego : ce n'est pas lui qui guérit, lui ne sert que d'intermédiaire entre la personne malade et, disons des forces, qui viennent, au choix : de Dieu, des esprits, de la nature, du vide quantique, ...peu importe en fait d'où elles viennent !
Jésus étant certainement, lui, capable d'une telle attitude d'esprit, rien que le fait que les Douze et autres disciples vivaient quotidiennement avec lui, les aidait certainement eux aussi à évoluer vers une telle même attitude d'esprit. C'est ce qui rend possible que, ponctuellement et avec des capacités quand même restreintes, quelques guérisons aient bien pu se produire par l'intermédiaire de ces derniers. De là à ce que Jésus puisse s'exclamer, au retour de la mission des soixante dix : "Je voyais Satan tomber comme l'éclair", le moins qu'on doive en penser c'est que, en ce cas, c'était par anticipation, ou par bienveillance à leur égard pour les encourager à persévérer ?
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Alors il a appelé ensemble les douze
et il leur a donné puissance et autorité
sur tous les démons
et pour guérir les maladies,
et il les a envoyés proclamer le royaume de Dieu
et rétablir les infirmes
et il leur a dit :
« Ne prenez rien pour le chemin,
ni bâton, ni besace, ni pain, ni argent,
ni avoir chacun deux tuniques,
et en quelque maison que vous soyez entrés,
là restez, et de là repartez,
et ceux qui ne vous accueilleraient pas,
en repartant de cette ville-là,
la poussière de vos pieds secouez-la
en témoignage contre eux ! »
Alors étant partis, ils passaient par les villages,
annonçant la bonne nouvelle
et guérissant en tout lieu.
(Luc 9, 1-6)

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