Sacrée Madeleine...
Madeleine a une place éminente dans l'histoire de Jésus telle que nous la rapporte les évangiles. On n'en parle pourtant presque pas : à part ici, où Luc seul la mentionne, elle n'apparaît qu'à la fin, comme double témoin : témoin de l'ensevelissement de Jésus dans le tombeau — donc témoin de sa mort — et témoin de sa résurrection, première à en recevoir l'annonce par un ange, dans les trois évangiles synoptiques, première même à le voir, dans l'évangile de Jean. À part pour ce rôle chez Jean où elle est seule quand Jésus se montre pour la première fois ressuscité, d'autres femmes sont avec elle, mais elle est la seule qui soit nommée par les quatre évangiles, ce qui donne une très forte probabilité, pour ne pas dire une quasi certitude, sur l'authenticité historique de son rôle à ce moment-là.
Pour cette raison, Madeleine mérite tout-à-fait son qualificatif d'apôtre des apôtres : c'est elle qui va leur annoncer que Jésus n'est pas resté prisonnier de la mort, qu'il a été "ressuscité", quelle que soit la signification de cette expression. Et ce n'est que justice. En-dehors de Joseph d'Arimathie et peut-être de Nicodème, il n'y a eu que les femmes pour se soucier du corps de Jésus une fois qu'il a eu été mort. Les Douze ? pfuit... plus personne, tous catastrophés, profonde dépression, ils s'étaient vus premiers ministres dans le futur gouvernement révolutionnaire, mais le messie n'était pas à la hauteur, ils se sont trompés, il les a trompés, abusés, avec ses belles paroles, ils ne pensent qu'à se tirer vite fait du piège de cette ville, Jérusalem, pour rentrer la queue basse chez eux en Galilée...
Les femmes seules, ces femmes dont nous parle ici Luc, ces femmes qui l'ont suivi depuis la Galilée (Matthieu 27, 55 ; Marc 15, 41 ; Luc 23, 55), ne pourront pas l'abandonner ainsi, pour elles il fallait au moins prendre soin de ce corps qui avait été martyrisé, il fallait au moins lui rendre ce dernier hommage. Ce n'est pas qu'elles espéraient quelque chose, sa résurrection telle qu'elle s'est produite, non, mais même mort un corps mérite encore du respect, comme si ça n'avait été rien de faire venir au monde ce corps, comme si un corps ça tombait comme ça tout fait directement du ciel !
Et ces femmes, donc, c'étaient déjà elles, nous apprend Luc, qui fournissaient l'intendance à tous ces hommes qui projetaient de faire la révolution, c'étaient elles qui les nourrissaient, c'étaient elles qui payaient, parce que s'il avait fallu compter uniquement sur les multiplications des pains... Incidemment, nous apprenons ainsi que les femmes n'étaient pas forcément complètement inféodées aux hommes, contrairement à ce qu'on aurait pu croire, puisque celles-ci semblent bien disposer de "biens" dont elles peuvent user à leur guise ; rappelons-nous, en France, ce n'est qu'en 1965 que les femmes ont eu le droit d'avoir un compte bancaire à leur nom et de travailler sans le consentement de leur mari...
Pour en revenir à Madeleine, malgré son rôle donc éminent au moment de la mort et de la résurrection de Jésus, nous en savons fort peu sur elle auparavant, et d'ailleurs pas beaucoup plus après. Il n'y a pas vraiment de raison de l'assimiler à la pécheresse dont il était question hier, la proximité dans l'évangile de Luc entre sa mention ici et le récit de la pécheresse qui précède immédiatement ne suffit pas en soi à les identifier : ici il est seulement dit de Madeleine qu'elle avait été possédée par sept démons, ce n'est pas la même chose que d'avoir été pécheresse ! Quant à ce qui lui est advenu après la résurrection, il est certes très délicat de se prononcer sur ce qu'il peut y avoir d'historique dans l'évangile "apocryphe" de tendance gnostique dit "de Marie", mais on doit pouvoir au moins en retenir que, sans doute, dans le christianisme naissant, les hommes ont très vite voulu reprendre la direction des opérations, en reléguant dans l'ombre autant que possible le rôle qu'avaient tenu les femmes, non seulement au moment de la résurrection, mais donc déjà bien auparavant, vraisemblablement depuis les tout débuts, au moins autant qu'eux.
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Et par la suite
il se mit à pérégriner à travers villes et villages,
prêchant et proclamant la bonne nouvelle du royaume de Dieu
et les douze étaient avec lui,
et certaines femmes
qui avaient été guéries d'esprits mauvais et d'infirmités :
Marie,
celle qui est appelée la Magdaléenne,
de laquelle sept démons étaient sortis,
et Jeanne,
femme de Chouza, intendant d'Hérode,
Suzanne,
et de nombreuses autres,
qui les servaient de leurs biens.
(Luc 8, 1-3)

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