Sur le roc
"Ce n'est pas sur un acacia qu'on ramasse des figues ni dans un buisson de ronces qu'on vendange du raisin" ! Effectivement, l'acacia produit comme fruit une gousse et non des figues, la ronce a comme fruit la mûre et non le raisin, chaque espèce produit son propre fruit. La mûre est un fruit excellent, et le raisin aussi ; les gousses de certains acacias sont utilisées comme cicatrisant et remède contre la dysenterie, la figue est un fruit délicieux à consommer en été quand il fait chaud. Chaque espèce a sa propre utilité, et, logiquement, il ne faut pas attendre d'une espèce qu'elle ait les vertus d'une autre...
L'espèce humaine aussi est destinée à produire ses propres fruits, qui ne sont pas les mêmes que ceux des autres espèces, mais il faut même dire qu'en fait ils sont d'un autre ordre que les fruits de toute autre espèce. Quoi que puissent en penser certains, nous sommes bien autre chose que des animaux, bien plus que de simples êtres vivants, bien plus que juste de la matière assemblée mécaniquement, et c'est là, dans ce bien plus que tout ce qui existe d'autre dans le monde, que réside ce fruit qui est attendu de nous.
Saurons-nous le produire ?
Pour l'instant, il semble que nous soyons bien mal partis. Chacun tire la couverture à soi, chacun ne pense qu'à sa pomme, et ceci autant entre nous avec l'exploitation sans limites de l'autre, que vis à vis de notre environnement avec là aussi l'exploitation effrénée des ressources de notre milieu de vie. Tout cela parce que nous ne sommes pas capables de nous tourner vers l'intérieur de nous-mêmes, en premier et avant toute chose, alors que tout est là, de ce dont nous avons besoin, vraiment le plus besoin.
Un certain Augustin, mais en fait c'est toute tradition spirituelle qui le dit, définissait l'homme comme cet être qui est "capax dei", autrement dit capable de devenir dieu : telle est notre destinée, telle est la raison pour laquelle nous avons été créés, tel est le fruit qui est attendu de nous. Et si c'est bien pour donner ce fruit-là que nous sommes faits, alors il ne sert à rien de le chercher partout et nulle part en-dehors de nous, ce n'est qu'en nous, de nous, qu'il pourra fructifier.
C'est en tout cas par là qu'il faut commencer. Là est le rocher.
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Car il n'y a pas d'arbre bon
qui fasse du fruit mauvais
ni non plus d'arbre mauvais
qui fasse du fruit bon,
car chaque arbre, c'est par son propre fruit qu'il est connu,
car ce n'est pas sur un acacia qu'on ramasse des figues
ni dans un buisson de ronces qu'on vendange du raisin :
l'homme bon,
du bon trésor du cœur
produit le bon,
et le mauvais,
du mauvais
produit le mauvais,
or c'est d'un trop-plein du cœur
que parle sa bouche ;
pourquoi alors m'appelez-vous :
"Seigneur, Seigneur !" ?
et vous ne faites pas ce que je dis...
quiconque vient vers moi et entend mes paroles
et les fait,
je vais vous montrer à qui il est semblable :
il est semblable à un homme
qui, bâtissant une maison,
a creusé profondément
et posé ses fondations sur le rocher ;
une crue est alors survenue,
le torrent s'est rué sur cette maison,
mais n'a pas été assez fort pour l'ébranler,
parce qu'elle avait été bien bâtie ;
mais qui a entendu
et n'a pas fait
est semblable à un homme
qui a bâti une maison
sur la terre sans fondations ;
sur elle s'est rué le torrent
et aussitôt elle s'est effondrée,
et la ruine de cette maison a été grande.
(Luc 6, 43-49)

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