Partage d'évangile quotidien
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Puisqu'il faudra bien mourir, un jour

Lun. 23 Octobre 2023

Le fait d'être dans l'abondance de biens n'est pas critiquable en soi, c'est juste que ces derniers n'empêcheront pas leur possesseur de mourir, un jour...

On ne sait pas quel est le contexte dans lequel cet homme se plaint à Jésus. Selon la Torah, lors du partage d'un héritage, seuls les fils (s'il y en a) héritent, et l'aîné reçoit une part double de celle de ses frères. Cette prime à l'aîné semble cependant avoir pu se trouver contournée, si le père le souhaitait, dans le cas où il donnerait ses biens à ses enfants de son vivant. On pourrait alors imaginer que le père de cet homme (qui serait le cadet) et de son frère (qui serait l'aîné) avait exprimé son intention de procéder ainsi, mais qu'il serait décédé avant d'avoir pu la mettre en œuvre. Quoi qu'il en soit, on voit que Jésus refuse absolument de départager les deux frères.

Peut-être Jésus s'est-il ici rappelé cet épisode où Moïse, cet hébreu élevé à la cour de pharaon, avait voulu s'interposer entre deux de ses coreligionnaires "esclaves" qui se disputaient, et l'agresseur s'était alors retourné contre lui en lui disant "qui t'a établi comme chef et juge entre nous ?". Or Moïse, lors de cet épisode, n'avait pas la conscience tranquille, car il venait de tuer un Égyptien, et était donc mal placé pour se positionner en donneur de leçons... Jésus, lui, n'a certainement rien sur la conscience qui le disqualifierait pour jouer les médiateurs, son refus de le faire n'en prend alors que plus de relief. Au lieu de cela, il préfère donner une leçon qui puisse s'adresser autant à l'un qu'à l'autre des deux frères. Au plus intelligent des deux alors, sinon même aux deux, de changer de point de vue.

Le thème des abus de toutes sortes qu'entraîne la course aux richesses est un thème particulièrement développé par Luc, même s'il apparaît aussi chez Matthieu comme chez Marc. Pourtant, ici, le positionnement adopté n'est pas aussi radical qu'en d'autres passages. Dans l'introduction au mashal, le fait d'être dans l'abondance de biens n'est pas critiqué en soi, il est juste rappelé que ces derniers n'empêcheront pas leur possesseur de mourir, un jour ; et c'est ce que souligne aussi la morale qui vient en conclusion : contrairement à ce que donnent de nombreuses traductions (au moins en français...), il n'y est pas question d'une opposition entre le fait de s'enrichir matériellement et celui de s'enrichir en Dieu.

Beaucoup de traductions parlent en effet d'amasser des richesse pour soi "au lieu de" s'enrichir en Dieu, mais le texte grec n'a pas ce "au lieu de", il a un "et" : s'enrichir pour soi "et" ne pas s'enrichir en Dieu. Le texte ne dit pas que les deux soient incompatibles. On sait que d'autres passages sont beaucoup moins souples : avec l'homme riche qui observe scrupuleusement toutes les exigences de la Torah depuis sa plus tendre enfance (Matthieu 19, 16-22 ; Marc 10, 17-22 ; Luc 18, 18-23), Jésus lui dit qu'il ne lui manque qu'une chose : de donner tous ses biens aux pauvres... et il conclut ensuite en disant à ses disciples qu'il est plus facile à un câble de passer par le chas d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le Royaume !

Ce qu'on peut donc reprocher à cet homme n'est pas tant d'avoir voulu mettre en sûreté le surplus de biens que lui a valu cette année exceptionnelle, mais plutôt ce qu'il a l'intention de faire avec ce surplus : se donner encore plus, et encore et encore et toujours plus, du "bon temps". C'est sans fin, en ce cas. Le voici encore plus assuré que jamais de ne manquer de rien, pourquoi ne s'est-il pas dit : voici que je vais avoir plus de sécurité et de loisir, et si je m'en servais pour faire un bon examen de conscience, prendre un peu de temps pour Dieu, ou pour les autres (ça revient au même) ?

En somme : on a besoin d'un minimum de biens, mais ils ne sont pas un but en eux-mêmes, juste un moyen, pour...?

 

 

    Quelqu'un de la foule lui dit alors :
« Maître, dis à mon frère
de partager avec moi l'héritage ! »,
    mais il lui dit :
« Homme, qui m'a établi
juge ou partageur sur vous ? »
    et il leur dit :
« Voyez et gardez-vous de toute cupidité !
car même si quelqu'un est dans l'abondance,
    sa vie ne dépend pas de ses possessions. »,
    et il leur proposa une parabole, disant :

« Le domaine d'un certain homme riche a bien rapporté,
    et il faisait réflexion en lui-même en disant :
"Que faire ?
car je n'ai pas où rassembler mes récoltes.",
    et il dit :
"Je vais faire ceci :
je vais supprimer mes greniers et j'en bâtirai de plus grands,
    et je rassemblerai là tout mon blé et mes biens,
et je dirai à mon âme :
Âme, tu as beaucoup de biens
    entassés pour beaucoup d'années,
    repose-toi, mange, bois, profite !",
    mais Dieu lui dit :
"Insensé ! Cette nuit-même il t'est redemandé ton âme,
    alors ce que tu as prévu, pour qui ce sera ?"

Ainsi de celui qui amasse des richesses pour lui-même
    et qui ne s'enrichit pas en Dieu. »

(Luc 12, 13-21)

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