Partage d'évangile quotidien
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Et ils n'osent plus l'interroger

Sam. 25 Novembre 2023

À l'époque on se représentait la résurrection comme étant à peu près la même chose que la vie ordinaire, avec juste le fait qu'il n'y a plus la mort, un peu de la même manière qu'on identifiait le royaume de Dieu avec la souveraineté d'Israël sur "sa" terre "promise".

Qu'est-ce que la résurrection, selon Jésus ? c'est la controverse avec les sadducéens qui nous renseigne le mieux sur ce sujet. L'historicité de cette controverse ne fait guère de doute. En premier parce qu'elle nous est rapportée par les trois évangiles synoptiques (Matthieu, Marc et Luc). Mais aussi et surtout parce que les conceptions qui y sont exposées vont totalement à l'encontre des conceptions du judaïsme de l'époque (sans préjuger de celles du judaïsme actuel). À l'époque, en effet, on se représente la résurrection comme étant à peu près la même chose que la vie ordinaire, avec juste le fait qu'il n'y a plus la mort. Un peu de la même manière qu'on identifie le royaume de Dieu avec la souveraineté d'Israël sur "sa" terre "promise".

La première affirmation de Jésus, au cours de cette controverse, est que, dans la résurrection, "ni on n'épouse ni on n'est épousée" parce que "on ne peut plus mourir". Par "épouser" il faut bien sûr entendre, notamment, avoir des relations sexuelles, et c'est cela qui devient caduque dans la résurrection, parce que l'engendrement d'enfants n'a pas d'autre raison fondamentale que de palier à notre mortalité. On pourrait objecter que les relations sexuelles aient un intérêt autre que la progéniture, à savoir évidemment le plaisir qu'on y donne et reçoit, mais en tout cas Jésus, lui, ne semble pas en tenir compte, ce qui ne l'empêchait pas d'être remarquablement attentionné à l'égard des femmes, relativement encore à son époque...

Quoi qu'il en soit, on peut retenir que, dans la résurrection, nous n'aurons plus d'organes sexuels (ce qui n'empêche pas d'avoir des plaisirs !), et en poursuivant le même raisonnement, on peut affirmer sans grand risque de se tromper qu'on n'aura plus besoin non plus de tube digestif, de poumons, et de tout ce qui sert à nourrir et entretenir notre corps, non plus de bras ni de jambes pour se déplacer ; il ne nous resterait alors qu'une tête ? n'est-ce pas ridicule, nous aurions vraiment besoin d'un cerveau pour penser et aimer ? mais de toutes façons le texte dit explicitement qu'on sera, textuellement, "égaux aux anges" (is(o)-aggelos), un mot grec qui n'existait pas, qui a été inventé exprès pour traduire ce qui avait été dit par Jésus, sans doute en araméen. C'est donc encore plus précis que le "comme des anges" ou "semblables aux anges", et, que l'on sache, les anges n'ont pas de corps matériel, comme le nôtre actuellement.

En fait, toutes ces précisions s'éclairent assez bien avec les témoignages que donnent les évangiles sur les apparitions de Jésus après sa mort : certes il se rend présent avec toutes les caractéristiques d'un corps comme le nôtre, mais tout indique aussi que ce n'est qu'une concession à l'incrédulité des disciples : souvent, ils ne le reconnaissent que difficilement, comme s'il y avait quelque chose de changé dans cette apparence, et puis surtout, il apparaît soudainement dans une pièce fermée à clé, ce qui suppose que cette matérialisation ne se produit que pour lui permettre de communiquer avec eux. Exactement ce qui se dit aussi des anges, normalement invisibles, intangibles, immatériels, mais pouvant quand même exceptionnellement se manifester à nos sens.

Seconde précision que nous donne cette controverse : dans la résurrection, on est vivant "par" ou "pour" Dieu. Il est difficile de rendre en français le sens précis de ce qui est dit sur ce point en grec, peut-être le mieux serait-il d'utiliser les deux prépositions : on est vivant, on ne vit que, "par et pour" Dieu. Autrement dit, notre être n'a plus d'autre existence que en rapport avec Lui, contrairement à ce qu'il en est en cette vie-ci, où nous passons évidemment l'immense majeure partie de notre temps sans penser le moins du monde à lui, formule qui ne vise pas tant l'athée (lequel pense bien un peu à Dieu, pour savoir ce qu'il nie) que l'indifférent, le matérialiste. Dans la résurrection, donc, c'est l'inverse. Ceci est-il compatible avec le fait qu'il nous resterait encore une forme de personnalité, de "moi" ? mais même cette question n'est-elle pas encore une façon de vouloir se séparer de Lui ?

 

 

Alors s'approchèrent certains des sadducéens
    — ceux qui contestent :
    il n'y a pas de résurrection —,

    et ils l'interrogèrent, en disant :
« Maître, Moïse a écrit pour nous que,
si le frère de quelqu'un meurt, ayant femme,
    et qu'il est sans enfant,
alors, que son frère prenne la femme
    et qu'il suscite une semence à son frère ;
or il y avait sept frères
et le premier, ayant pris femme, mourut sans enfant,
    et le deuxième et le troisième la prirent, pareil,
et ainsi pour les sept,
    ils ne laissèrent pas d'enfant et moururent,
et finalement la femme mourut :
alors la femme, à la résurrection,
    duquel d'entre eux deviendra-t-elle la femme ?
puisque les sept l'ont eue pour femme »

    et Jésus leur dit :
« Les fils de cet âge-ci
    épousent et sont épousés,
mais ceux qui ont été trouvés dignes
    de prendre part à cet âge-là
    et à la résurrection d'entre les morts,
ni n'épousent ni ne sont épousés
car ils ne peuvent plus mourir
    car ils sont égaux aux anges,
ils sont fils de Dieu,
    étant fils de la résurrection ;

quant-à ce que les morts se réveillent,
c'est Moïse lui-même qui l'a rapporté,
    dans le passage du Buisson,
quand il appelle le Seigneur
    le Dieu d'Abraham,
    et Dieu d'Isaac
    et Dieu de Jacob,
car il n'est pas Dieu de morts
    mais de vivants,
car tous pour lui vivent »

    alors certains des scribes répondent et disent :
« Maître, tu as bien parlé »
et ils n'osent plus l'interroger sur rien

(Luc 20, 27-40)

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