Partage d'évangile quotidien
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Fils de David

Lun. 20 Novembre 2023

Certains "chrétiens" croient qu'il faut que Israël soit rétabli sur sa terre pour que Jésus puisse revenir du ciel...!!!

Jéricho, pour les pèlerins qui viennent du nord (de la Galilée), est la dernière étape avant d'arriver à Jérusalem : une trentaine de kilomètres séparent les deux villes, mais avec plus de mille mètres de dénivelées... ainsi, cette fois, ça y est, on est tout proche du lieu du drame, ce long trajet fictif décrit par Luc depuis la Galilée jusqu'à Jérusalem touche enfin à sa fin. Il est alors particulièrement significatif que ce soient ici, à Jéricho, et juste après, pour son entrée à Jérusalem, de tout l'évangile de Luc (idem chez Marc, et presque pareil chez Matthieu), les deux seules occasions où Jésus soit interpellé du titre de "fils de David". Ici, c'est cet aveugle qui le fait, et si les gens essaient de le faire taire, ce n'est pas tant parce que ses cris leur casseraient les oreilles, mais plutôt parce qu'il n'est pas prudent de le proclamer ainsi à haute voix...

De même, à l'approche de Jérusalem, quand, selon Matthieu (21, 9.15) la foule acclame Jésus d'un "Hosanna au fils de David", Marc (11, 10) pour sa part lui fait dire "Béni le royaume qui vient de notre père David", et Luc (19, 38) "Béni celui qui vient, le roi". Ce titre de "fils de David" est sans doute celui qui parle le plus clairement de cette dimension politico-militaire attribuée au messie attendu. Les romains le savent très bien, Jésus n'est pas le seul "messie, fils de David" autoproclamé qui se soit fait connaître en ces temps-là. C'est donc là, vraisemblablement, la raison pour laquelle on veut faire taire cet aveugle à Jéricho. Et quand, pour ce qui est des foules de l'entrée à Jérusalem, ce sont "certains" pharisiens (Luc 19, 39) qui attirent l'attention de Jésus sur le danger que cela représente, ce dernier doit leur répondre que, malheureusement, même lui ne peut rien y faire : "si ceux-là se taisaient, ce seraient les pierres qui crieraient" (Luc 19, 40).

On est, avec ce titre de "fils de David", en plein cœur de l'ambiguïté et du malentendu. Jésus est pris par ses partisans pour ce chef de guerre attendu et espéré, et c'est ce qui va finir par causer sa perte. Sur ce point, c'est l'évangile de Jean qui est le mieux informé, pour la bonne raison que son auteur faisait partie de la famille de Hanne, la famille des grands prêtres de l'époque. Il est donc bien placé pour savoir que c'est cette agitation populaire qui a inquiété ces hauts responsables, parce qu'ils savaient que cela se finirait par une répression terrible de la part des romains, et que c'est la raison pour laquelle ils ont arrêté Jésus et l'ont livré aux romains : "si nous laissons faire, les romains viendront, ils nous détruiront, et le lieu, et la nation ... il vaut mieux qu'un seul homme meure pour le peuple plutôt que la nation entière se perde" (Jean 11, 48.50).

Il est certain que, lorsqu'il avait choisi douze parmi ses disciples, en référence aux douze tribus d'Israël, Jésus avait encore à ce moment-là une idée au moins partiellement politique de son rôle. Par contre, quand il comparaît devant Pilate (à nouveau Jean, en 18, 36) qui lui demande, justement, s'il se considère comme roi, et qu'il lui affirme que son "royaume n'est pas de ce monde", à ce moment-là il n'y a certainement plus aucun doute pour lui, il ne prêche plus pour le compte ni de la terre ("le lieu") d'Israël, ni même de la nation, et il précise d'ailleurs que, si cela avait été le cas, il aurait eu des hommes armés qui l'auraient défendu contre les menées de ces chefs religieux qui l'ont livré.

On peut même se demander si Jésus n'était pas devenu suicidaire, en prenant ce risque insensé de monter à Jérusalem, de faire de l'esclandre dans le Temple, de s'y rendre plusieurs jours de suite pour controverser : c'était vraiment venir se jeter dans la gueule du loup, provoquer ses adversaires ! on évitera peut-être d'aller jusque là, mais il n'en reste pas moins qu'il fallait ça, qu'il meure, et même sans doute meure précisément en tant que "roi" ou prétendant à la royauté, pour que ses disciples comprennent enfin que, lui en tout cas, n'en était plus là.

Cela ne les empêchera pas de lui poser encore la question, même après sa résurrection "alors c'est enfin maintenant que tu vas restaurer le royaume d'Israël ?", et cela n'empêche pas non plus certains "chrétiens" (des "évangéliques" surtout) de croire aujourd'hui encore qu'il faut que Israël soit rétabli sur sa terre pour que Jésus puisse revenir du ciel !!! Dieu fait à l'image de l'homme...

 

 

Et il arriva, à son approche de Jéricho,
qu'un aveugle était assis au bord du chemin,
    quémandant,
et, ayant entendu une foule qui passait,
    il demandait : « Qu'est-ce que c'est ? »,
    alors ils lui annoncèrent :
« Jésus le Nazôréen passe ici ! »
    et il cria en disant :
« Jésus, fils de David, aie pitié de moi ! »,
et ceux qui marchaient devant l'engueulaient
    pour qu'il se taise,
    mais lui combien plus criait-il :
« Fils de David, aie pitié de moi ! »

    Alors s'étant arrêté Jésus
ordonna qu'il lui soit amené
    et quand il a été approché il lui demanda :
« Que veux-tu que je fasse pour toi ? »
    et il dit :
« Seigneur, que je recouvre la vue ! »
    et Jésus lui dit :
« Recouvre la vue ! ta foi t'a sauvé. »
et aussitôt il a recouvré la vue
    et il le suivait en glorifiant le Dieu
et tout le peuple, ayant vu,
    donna louange au Dieu.

(Luc 18, 35-43)

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