Petit de taille, grand de cœur
Non seulement Jésus ne manifeste aucune réticence vis-à-vis de Zakkaï en raison de son métier de collaborateur de l'occupant, mais en allant même jusqu'à lui demander le service de l'héberger chez lui pour la nuit, il lui montre sa totale confiance...
Qu'est-ce qui peut motiver Zakkaï à vouloir voir Jésus ? il voudrait voir "qui il est", autrement dit "à quoi il ressemble". Déjà, cela signifie qu'il a entendu parler de lui. Alors est-ce parce qu'il a entendu parler des guérisons qui se produisent par son intermédiaire ? mais Zakkaï ne semble pas malade, ni souffrir d'une infirmité : s'il est "petit de taille", cela ne l'empêche pas de subvenir à ses besoins...
Concernant cette réputation de guérisseur de Jésus, il y a une autre catégorie de personnes qui s'y intéressent, autres que les malades et infirmes, ce sont ceux qu'on pourrait appeler les curieux, qui prennent ça comme un spectacle. C'est le cas particulièrement de Hérode. C'est le cas aussi des pharisiens ou des scribes, qui réclament parfois à Jésus de produire un tel "signe" sous leurs yeux, s'il veut qu'ils croient en lui. Mais Jésus ne cherche à convaincre personne.
Mais il y a aussi une autre réputation qui est répandue au sujet de Jésus, celle qu'il fait bon accueil aux "pécheurs", et entre autres aux "percepteurs"... voilà donc la raison la plus vraisemblable pour laquelle Zakkaï était curieux de voir à quoi ressemblait cet homme : pour lui, il n'y a pas de doute que Jésus soit un envoyé de Dieu, les guérisons qui se produisent par son intermédiaire ne peuvent pas avoir d'autre explication. Mais qu'un homme de Dieu, un prophète, ne tonne pas contre les pécheurs — et Zakkaï sait très bien qu'il en fait partie —, ça, ça l'intéresse !
Et de fait, non seulement Jésus ne manifeste aucune réticence vis-à-vis de Zakkaï en raison de son métier de collaborateur de l'occupant romain, mais en allant même jusqu'à lui demander le service de l'héberger chez lui pour la nuit, il lui montre sa totale confiance en se faisant son débiteur. Il n'est pas étonnant alors que, de lui-même, Zakkaï, sans nécessairement renoncer à sa profession (il faut quand même qu'il vive), du moins décide de dédommager ceux qu'il a pu abuser (ces percepteurs étaient libres de fixer eux-même les commissions qu'ils exigeaient en plus de l'impôt proprement dit), pratique qui était courante pour compenser l'ostracisation dont ils étaient l'objet.
Et donc, non seulement ça, Zakkaï va cesser de se venger du mépris qu'on lui manifeste, mais encore il donne, il partage avec ceux qui en ont besoin, le surplus de ses biens. Et Jésus ne lui avait rien demandé : il l'a seulement aimé, et le lui a montré.
Tel Jésus, tel est Dieu : il ne dit rien, il ne demande rien, il n'a jamais rien demandé, il n'a pas de plan sur la comète pour sa création, il n'intervient pas pour y faire quoi que ce soit, autrement qu'en y étant juste présent, intérieurement, et cette présence est juste amour. C'est en ce sens, seulement, que Jésus peut être dit présence de Dieu. Tel est le "salut", le même que celui proposé dans toute tradition authentiquement spirituelle, d'ailleurs.
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Et il est entré et il traversait Jéricho,
et voici un homme appelé du nom de Zakkaï
— il était chef de percepteurs
et il était riche —
et il cherchait à voir Jésus,
qui il est,
mais il ne pouvait pas à cause de la foule,
parce qu'il était petit de taille,
alors, ayant couru en avant, il monta dans un figuier sycomore
pour le voir, là où il devait passer.
Or quand il arriva en cet endroit,
Jésus leva les yeux et lui dit :
« Zakkaï, dépêche-toi de descendre !
car aujourd'hui c'est dans ta maison que je vais demeurer »
et il se dépêcha de descendre
et le reçut dans la joie,
mais en voyant cela, tous murmuraient en disant :
« C'est chez un homme pécheur qu'il est allé demeurer ! »
Alors, debout, Zakkaï dit au Seigneur :
« Voilà, la moitié de mes biens, Seigneur,
je la donne aux pauvres,
et ce que j'ai extorqué à quelqu'un,
je le rends au quadruple »,
alors Jésus lui dit :
« Aujourd'hui le salut est arrivé pour cette maison,
puisque lui aussi est fils d'Abraham. »
En effet, le fils de l'homme est venu
chercher et sauver
ce qui avait été perdu.
(Luc 19, 1-10)

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