Je ne vous connais pas
Tous les croyants, de quelque tradition qu'ils se réclament (jusque y compris les athées, car l'athéisme est aussi une croyance, celle qu'il n'existe rien du genre "dieu", ce qui est pour le moins difficile à prouver...), croient forcément que leur tradition est la meilleure
Dans ce passage, Luc nous montre un Jésus qui, prenant prétexte d'une question qui lui aurait été posée "n'y a-t-il que peu d'élus ?", en profite pour lancer un avertissement à ses coreligionnaires. C'est le même avertissement que lançait déjà Jean le Baptiste (Matthieu 3, 9 ; Luc 3, 8) "ne vous dites pas 'nous avons Abraham pour père' car Dieu peut, de ces pierres, faire des fils d'Abraham", autrement dit, être descendant d'Abraham, Isaac et Jacob-Israël, être membre du peuple "élu" n'offre absolument aucune garantie, ne signifie rien en soi. De même ici, vous avez mangé et bu avec moi, nous sommes du même peuple, et alors ? éloignez-vous, je ne vous ai jamais connus, je ne sais pas qui vous êtes, nous n'avons rien de commun.
Et la suite : dans le royaume où sont Abraham, Isaac, Jacob, et tous les prophètes, entreront des foules venant des quatre coins de l'horizon, ce qui signifie des foules de païens, mais vous, non, vous en serez refoulés, quand vous vous y présenterez la bouche enfarinée, avec votre certitude "nous sommes fils d'Abraham, nous sommes israélites, nous sommes le peuple élu". Seule la fin peut être prise comme un peu moins sévère : "il y a des derniers", ce qui signifie les derniers à avoir reçu la révélation de Dieu, autrement dit les païens, "qui seront premiers" dans le royaume, "et des premiers", ce qui signifie les premiers à avoir reçu la révélation de Dieu, autrement dit Israël, "qui seront derniers" dans le royaume : ils y seront donc derniers, mais ils y seront quand même...
Et voici les chrétiens qui se sentent largement rassurés : nous, chrétiens, sommes les descendants de ces païens qui se sont convertis au message transmis par les apôtres, nous sommes donc du bon côté, du côté des premiers dans le royaume...
On en revient toujours à cette même question. Tous les croyants, de quelque tradition qu'ils se réclament (jusque y compris les athées, car l'athéisme est aussi une croyance, celle qu'il n'existe rien du genre "dieu", ce qui est pour le moins difficile à prouver...), croient forcément que leur tradition est la meilleure, que c'est elle qui détient la meilleure clé sinon l'unique, et même s'ils acceptent, du bout des lèvres, que les autres traditions puissent détenir elles aussi quelques éléments authentiques, ils ne les leur accorderont que si, en fait, ces éléments peuvent s'harmoniser avec leurs propres croyances, donc si, concrètement, cela ne change rien sur le fond pour eux-mêmes. YHWH ou Allah ou la Trinité ou Gautama ou le Brahma ou la matière doivent rester la référence ultime. Peu acceptent de risquer réellement de perdre leurs bases, ce qui est pourtant la condition intrinsèque à tout progrès spirituel authentique.
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Et il passait par villes et villages, enseignant,
et faisant route vers Iérousalem,
alors quelqu'un lui a dit :
« Seigneur, s'il sont peu les sauvés ? »
alors lui il lui a dit :
« Luttez pour entrer par la porte étroite,
car beaucoup, je vous dis, chercheront à entrer,
et n'en auront pas la force !
Du moment que le maître de maison se sera relevé
et aura bouclé la porte,
alors vous commencerez à rester dehors
et à toquer à la porte en disant :
"Seigneur, ouvre-nous !"
et lui répondant vous dira :
"Je ne vous ai pas connus, ni d'où vous êtes."
alors vous commencerez à dire :
"Nous avons mangé en face de toi et bu
et sur nos places tu as enseigné !"
mais il dira : "Je vous dis,
je ne vous ai pas connus, ni d'où vous êtes,
éloignez-vous de moi ! tous, ouvriers d'injustice."
Là seront le pleur
et le grincement des dents,
quand vous verrez Abraham, et Isaac, et Jacob,
et tous les prophètes, dans le royaume de Dieu,
mais vous, jetés dehors,
et il en viendra du levant et du couchant
et du nord et du midi
et ils s'attableront dans le royaume de Dieu,
et voilà : il y a des derniers
qui seront premiers
et il y a des premiers
qui seront derniers. »
(Luc 13, 22-30)

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