Jérusalem ! Jérusalem !
De nombreux éléments dans ce passage, comme d'ailleurs dans l'ensemble des évangiles, interrogent : dans quelle mesure Jésus restait-il comme lié par la tradition religieuse dans laquelle il était né, dans quelle mesure la transcendait-il et comprenait-il que Dieu ne peut évidemment pas être enfermé dans aucune tradition particulière, quelles que puissent être ses éventuelles supposées préférences ?
Ici, le contraste est particulièrement saisissant entre, d'une part, cette soit-disant nécessité à laquelle Jésus est prêt à sacrifier, et à laquelle il va effectivement sacrifier : qu'en tant que prophète il ne puisse pas mourir autre part qu'à Jérusalem ; et d'autre part cette affirmation "votre demeure vous est laissée", où la "demeure" désigne le Temple, et "est laissée" signifie que désormais Dieu ne réside plus dans le saint des saints de ce Temple. Or, la présence de Dieu au milieu du peuple d'Israël est tout ce qui le constitue depuis sa libération d'Égypte : présence dans l'Arche d'Alliance transportée pendant quarante ans dans le désert, puis une fois la terre de Canaan conquise, Arche d'Alliance se déplaçant de tribu en tribu, puis, une fois le Temple construit à Jérusalem par Salomon, Arche d'Alliance reposant dans le saint des saints.
Et voilà ce qu'affirme Jésus : ce Dieu, celui qui a fait alliance avec vous, celui qui vous a choisis, celui qui vous a élus parmi tous les peuples, vous a quittés, il est parti ; il vous a reniés, mais c'est parce que c'est vous qui l'avez trop souvent renié, en réalité. Lui aurait voulu vous ramener à lui, encore une fois après tant d'autres reniements de votre part, vous rassembler sous ses ailes, mais une fois encore après tant d'autres fois vous ne l'avez pas voulu, et cette fois-ci aura été la fois de trop. De fait, quelques trente à quarante ans après la mort de Jésus, le Temple et même toute la ville de Jérusalem vont être rasés, et les Juifs commencer un long exil, ils n'ont plus de Temple, plus de capitale, plus de pays, plus de terre, à eux.
La question, bien sûr, est de savoir dans quelle mesure ce sens qu'a ce passage d'aujourd'hui, ainsi que les évangiles dans leur ensemble, provient bien de Jésus lui-même, ou n'est pas plutôt celui que les premiers chrétiens ont élaboré progressivement, à la fois en raison des persécutions dont ils ont été les victimes, comme Jésus, de la part des autorités du judaïsme de l'époque, et à la fois suite à ces événements tragiques de la révolte politico-militaire contre Rome et de ses conséquences.
En somme : quelles raisons auraient pu pousser Jésus à accepter de mourir en tant que prophète à Jérusalem, s'il était persuadé que Israël avait été renié par son Dieu ? Mais en même temps, déjà Jean le Baptiste plaidait pour sortir de cette appropriation de Dieu, autant mortifère pour le judaïsme que pour n'importe quelle religion. Alors n'est-ce pas là quand même le sens de cette mort assumée : comme simple témoignage, à la fois contre le particularisme fermé d'Israël et de l'image qu'il se fait de Son Dieu, et pour son ouverture au-delà ?
Ce qui ne veut évidemment pas dire que le judaïsme devrait adopter le Dieu du christianisme...!
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À ce même moment, certains pharisiens s'approchèrent
lui disant :
« Sors et va-t-en d'ici ! car Hérode veut te tuer. »
et il leur dit :
« Allez et dites à ce renard :
voici, je jette dehors les démons
et j'accomplis des guérisons aujourd'hui et demain
et le troisième jour je suis accompli,
mais aujourd'hui et demain et le suivant
je dois aller,
parce qu'il est impensable qu'un prophète périsse
hors de Iérousalem ;
Iérousalem ! Iérousalem !
qui tues les prophètes
et lapides ceux qui te sont envoyés,
combien de fois j'ai voulu rassembler tes enfants
à la manière d'une poule sa couvée sous les ailes ?
et vous n'avez pas voulu ;
voici,
votre demeure vous est laissée...
et je vous dis,
vous ne me verrez plus
jusqu'à ce que vienne le temps où vous direz
"Béni celui qui vient au nom du Seigneur !" »
(Luc 13, 31-35)

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