Partage d'évangile quotidien
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Sous prétexte de shabbat

Ven. 3 Novembre 2023

Quand on veut se débarrasser de son chien, on prétend qu'il a la rage...

À nouveau une guérison un jour de shabbat. On ne doit pas s'imaginer que cela choquait grand monde ! et surtout pas les pharisiens... Ceux qui auraient peut-être le plus trouvé à y redire auraient sans douté été les esséniens : selon un de leurs écrits, pour un homme tombé dans un puits le jour du shabbat, on ne doit lui tendre aucun objet (échelle, corde...) pour l'aider à en sortir ; selon un autre de leur écrits, on peut quand même à la rigueur lui tendre un vêtement... mais de toutes façons il n'y avait aucune chance que des esséniens se trouvent présents à une telle controverse. Les pharisiens, quant à eux, pouvaient avoir des opinions plus ou moins sévères sur ce qu'on pouvait faire pour un homme tombé dans un puits le jour du shabbat, mais pour tous la priorité restait certainement de le sauver, et de même pour un animal.

On trouve ce même argument en Matthieu 12, 11 (une brebis tombée dans un trou), ou encore en Luc 13, 15 (des animaux qu'on détache de leur mangeoire pour les emmener boire, un jour de shabbat) : tout ceci est évident, le repos du shabbat est au service de la vie et non de la mort. Ce qui peut éventuellement poser question, c'est plutôt la remarque du chef de synagogue (vu ce lundi dernier) : ces gens guéris ne sont pas en danger de mort, pourquoi les guérir justement le jour du shabbat alors qu'il y a six autres jours dans la semaine ? Effectivement. La femme courbée en deux depuis dix-huit ans aurait bien pu attendre un jour de plus, de même sans doute cet hydropique, sans parler de l'aveugle-né chez Jean (chapitre 9), et tant d'autres. Mais la question ne serait-elle pas plutôt : pourquoi les faire attendre un jour de plus ?

Derrière ces questions se pose alors celle du fondement de ce repos du shabbat. Selon le début du chapitre deux de la Genèse (Bereshit), après avoir créé le monde en six jours, YHWH se serait reposé le septième. Après la guérison d'un paralytique un jour de shabbat, Jésus cependant semble remettre en cause cette idée, en affirmant qu'en réalité "mon Père jusqu'à présent œuvre, et moi aussi j'œuvre" (Jean 5, 17), autrement dit que, même si Dieu a pu éventuellement prendre un jour de repos après les six jours de la création, depuis, par contre, il s'est remis au travail, et sans interruption, ce qui justifie que Jésus non plus, dans la mesure où il ne fait qu'œuvrer les œuvres de son Père. Il y aurait peut-être là un critère original du genre d'activités autorisées le shabbat...

Une autre manière (mais qui rejoint la précédente)  d'aborder ces guérisons le jour du shabbat serait donc de se poser la question : est-ce réellement un travail ? une activité ? Croire cela, c'est croire que c'est parce que Jésus fait quelque chose de particulier, un effort, que ces guérisons se produisent. Or, ce n'est pas lui qui guérit ! c'est son Père, justement. Le fait est particulièrement patent dans la guérison de l'homme à la main "desséchée" (Matthieu 12, 9-13 ; Marc 3, 1-6 ; Luc 6, 6-11), où Jésus ne fait strictement rien : il dit (ce n'est pas une action) à l'homme de lever sa main (ce n'est pas non plus interdit un jour de shabbat), et c'est tout, il se trouve que la main est guérie.

En conclusion : ces reproches de guérisons les jours de shabbat ne tiennent pas, et n'ont d'ailleurs vraisemblablement pas posé de problèmes en eux-mêmes du temps de Jésus, en tout cas pas dans les débuts de son ministère, et pas de la part de l'immense majorité des pharisiens. Ce qui a posé problème, c'est plutôt l'agitation populaire que la réputation de guérisseur de Jésus suscitait, agitation dont on sait qu'elle avait failli se transformer en insurrection : "ils allaient venir le ravir pour le faire roi" (Jean 6, 15). À partir de là, devant ce danger qui aurait forcément entraîné une répression féroce de la part des romains telle qu'elle s'est produite quarante ans plus tard, il est possible que les autorités religieuses de Jérusalem ait tenté de faire feu de tout bois, entre autre essayé de délégitimer Jésus à cause de ces guérisons se produisant même les jours de shabbat.

Mais franchement, il fallait qu'ils en soient vraiment à toute extrémité pour en arriver là ! l'argument de savoir si ce n'était pas en tant qu'inféodé à satan (Matthieu 12, 24-28 ; Marc 3, 22-26 ; Luc Luc 11, 15-20) que Jésus obtenait ces guérisons était déjà un peu plus porteur... et à nouveau, surtout, ce ne sont pas les pharisiens qui en étaient les auteurs, contrairement à ce qu'en prétendent les évangiles, rédigés bien plus tard, à une époque où ne restaient plus que les héritiers des pharisiens pour s'opposer à ce qu'ils considéraient comme l'hérésie chrétienne, la divinisation de Jésus.

 

 

Or, au cours de son cheminement, il entra dans le logis
 d'un des chefs des pharisiens,
 un shabbat, pour manger le pain,
et eux étaient à l'épier,
et voici un homme, un hydropique, devant lui ;

et intervenant, Jésus parla
    aux hommes de loi et pharisiens, disant :
« Est-il permis, le shabbat, de guérir, ou non ? »
    mais eux restèrent muets,
alors il le saisit et le rétablit et le renvoya
    et à eux il dit :
« De qui de vous
    le fils ou le bœuf tombera dans un puits
et ne l'en retirera-t-il aussitôt
    un jour de shabbat ? »

et ils ne furent pas assez forts pour répondre à cela.

(Luc 14, 1-6)

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