Qui d'entre vous ayant un esclave
On s'interroge : en quelles circonstances Jésus a-t-il pu avoir un auditoire propriétaire d'esclaves ? Certes, il faut faire attention, l'esclavage dont il est question ici n'est pas ce que représente pour nous cette notion, nous qui pensons à l'esclavage des afro-américains, avec droit de vie et de mort. Dans le contexte culturel de Jésus, l'esclave a des droits, ou si on préfère son propriétaire a des devoirs : interdiction des châtiments corporels et de toute atteinte à l'intégrité physique, obligation de nourrir correctement et de soigner ; l'esclave pouvait même être payé, il avait le droit de posséder de l'argent et des biens. L'esclave était plutôt une force de travail à très bon marché, et finalement peut-être pas si loin que ça du prolétariat des débuts de la "révolution" industrielle...
Il n'en reste pas moins : en quelles circonstances Jésus a-t-il pu avoir un auditoire propriétaire d'esclaves, pour qu'il propose un mashal commençant ainsi ? A priori, par tout ce qu'on en sait, c'est plutôt dans l'autre sens qu'il aurait dû raconter cette histoire : lequel d'entre vous, s'il est esclave, et qu'il rentre du champ, son maître lui dira-t-il : "Viens vite te mettre à table..." etc. Peut-être d'ailleurs était-ce sous cette forme que ce mashal a été réellement prononcé ? On n'en saura sans doute jamais rien.
Mais on peut aussi se demander si la comparaison à laquelle ce mashal veut inviter est bien judicieuse. Quelle est l'image de Dieu qui nous est ici transmise ? celle d'un personnage qui réclame la prééminence, qui réclame d'être servi premier, et qui n'en saurait même pas gré à ses serviteurs ? un personnage qui "commande". On est quand même aux antipodes de Jésus qui se met à laver les pieds de ses disciples, c'est-à-dire qui, précisément, remplit une fonction réservée normalement aux ...esclaves. Et même si on ne veut pas diviniser Jésus, il reste indubitable qu'il prétendait agir très précisément à l'image de celui qu'il appelait le Père.
N'exagérons pas, ceci ne veut pas dire que Dieu serait là pour satisfaire tous nos caprices, mais plutôt que, ce que Lui recherche, c'est une relation réciproque gagnant-gagnant, un partenariat. Non que l'idée "Dieu d'amour", Dieu qui aime et qui n'est que cela, amour, soit erronée, mais suffit-elle à écarter la notion de surplomb, d'un amour surplombant, d'un amour qui peut nous écraser, comme peut l'être celui de parents parfois, ou d'une certaine bienveillance paternaliste, qui prétend mieux savoir que nous ce qui est bon pour nous ?
Cette intuition d'un Dieu partenaire, dans une relation plutôt de type d'égal à égal entre deux parties qui se respectent réciproquement l'une et l'autre, se trouve pourtant déjà au moins esquissée dans la première Alliance. On peut penser ici au "Fils d'homme, tiens-toi debout, et je te parlerai" adressé par YHWH au prophète Ézéchiel : Dieu ne recherche pas comme partenaire quelqu'un qui s’aplatit devant lui. Ou, peut-être encore plus parlant, on pensera bien sûr à Jacob qui lutte toute la nuit avec "l'ange" de Dieu, ce qui n'est qu'une façon de dire que c'est avec Dieu lui-même qu'il a lutté, raison pour laquelle Jacob reçoit alors son nouveau nom, Israël, qui signifie qu'il a "lutté avec Dieu", et le texte ajoute qu'il l'a même "emporté"...
N'allons quand même pas d'un extrême à l'autre, n'inversons quand même pas les rôles, en faisant de Dieu notre esclave... il n'est pas plus ni pas moins à notre service que nous au sien !
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Maintenant, qui d'entre vous
ayant un esclave, laboureur ou berger,
qui est rentré du champ, lui dira-t-il :
"Tout de suite, viens, et mets-toi à table !" ?
mais ne lui dira-t-il pas plutôt :
"Prépare-moi un souper
et t'étant ceint, sers-moi, jusqu'à ce que j'ai mangé et bu,
et après cela, tu mangeras et boiras, toi !"
Est-ce qu'il a de la reconnaissance envers l'esclave
parce qu'il a fait ce qui avait été commandé ?
alors vous aussi,
lorsque vous avez fait tout ce qui vous avait été commandé,
dites :
"Des serviteurs inutiles, nous sommes,
ce que nous avions à faire, nous l'avons fait."
(Luc 17, 7-10)

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