Partage d'évangile quotidien
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Être avant que d'exister

Sam. 23 Décembre 2023

Voici un petit enfant qui vient de naître, chargé d'un projet qui vient de très très loin d'avant même sa conception, ce que symbolise très bien, notamment, ce nom qui avait été prévu pour lui

Quiconque a entendu parler de Françoise Dolto aura vraisemblablement retenu d'elle au moins ce slogan, qu'elle a martelé sur tous les tons à temps et contretemps : "le bébé est une personne". Ce principe, mal compris, aura malheureusement généré un courant éducatif et produit toute une génération d'enfants rois, ce qui n'était certainement pas l'intention de l'autrice de la formule. Mais par ailleurs il est, je crois, indubitable que Dolto obtenait de fait des résultats surprenants, en s'adressant ainsi à des bébés, y compris encore dans le ventre de leur mère, en les prenant tout-à-fait au sérieux, et en comptant sur leur coopération, ce qui, visiblement, avait bien un effet, souvent même immédiat.

Ce que beaucoup moins de personnes connaissent à ce sujet est cette autre formule que Françoise Dolto a dite à plusieurs reprises et qui exprime encore plus radicalement le fond de sa pensée sur cette notion de la "personne" humaine, à savoir que : notre conception est le fruit de la rencontre de trois désirs, le désir de chacun de nos deux parents, et le nôtre propre. Et curieusement, les principales réactions qu'il a pu y avoir à cette assertion ont été pour contester qu'en cas de viol le désir de la mère n'est pas évident, ce à quoi Dolto n'a d'ailleurs guère été convaincante dans ses réponses, alléguant un désir refoulé en droite ligne avec les théories freudiennes qu'elle était capable, par ailleurs, de défendre avec bec et ongles.

Pourtant, quel rapport entre cette idée d'un désir attribué à la personne avant même qu'elle ait été conçue physiquement, et le freudisme, dont on sait pertinemment qu'il dépend d'un postulat matérialiste athée ? Voilà bien peut-être le mystère de Françoise Dolto, et doit-on parler de schizophrénie à ce sujet ? incapable de se démarquer, pour le moins des fondements, des théories freudiennes, et par ailleurs affirmant — et c'est certainement par là qu'elle obtenait dans la pratique des résultats — que nous préexistons à notre conception par nos parents ! et oui, curieusement, personne à ma connaissance, ou alors très peu, n'a jamais émis sérieusement d'objection à cette prémisse clairement spirituelle !

On savait, évidemment, que Dolto était "croyante", elle ne se cachait pas de sa foi chrétienne, sinon de sa pratique religieuse. Mais ceci dit, cette préexistence de la personne à son incarnation dans un corps n'est absolument pas compatible avec les monothéismes issus du judaïsme, pour lesquels il n'y a pas de préexistence de quoi que ce soit de la personne humaine avant sa conception : c'est tout entier, à la fois corps et âme, que nous sommes créés. Tout ce qui peut préexister de chacun.e de nous avant que nous ne venions à l'existence en tant que zygote, c'est un éventuel projet de YHWH lui-même pour nous...

Quoi qu'il en soit, voici un petit enfant qui vient de naître, chargé de ce genre de projet qui vient de très très loin d'avant même sa conception, ce que symbolise très bien, notamment, ce nom qui avait été communiqué à ses parents par l'ange qui leur avait annoncé cette grossesse à venir. Et on peut noter qu'il existe encore de nos jours des personnes qui se revendiquent héritières de Jean le Baptiste depuis deux mille ans, les mandéens, ce qui a priori témoigne de ce que ce projet avait vraisemblablement sa raison d'être, pas seulement celle de servir de marche-pied au christianisme...

Et pour en revenir à Dolto, étant donné les résultats qu'elle obtenait à partir de sa conviction profonde de la préexistence d'une forme de désir, de projet, de la personne elle-même avant même sa conception, ne doit-on pas penser qu'elle n'avait sans doute pas complètement tort, que sa métaphysique personnelle soit ou non en contradiction avec celle des monothéismes issus du judaïsme ?

 

 

puis pour Élisabeth
    fut accompli le temps d'enfanter
et elle engendra un fils
et ses voisins et ses parents entendirent
    que YHWH avait exalté sa grâce sur elle
et ils se réjouirent avec elle

et il arriva au huitième jour
    qu'ils vinrent pour circoncire l'enfant
et ils l'appelaient d'après le nom de son père, Zacharie
    alors sa mère intervint en disant
« non ! mais il sera appelé Jean »
    et ils lui dirent
« il n'y a personne de tes parents
qui soit appelé de ce nom »
    et ils faisaient des signes à son père
« comment il voudrait qu'il soit appelé ? »
    et ayant demandé une tablette, il écrivit disant
« Jean est son nom »
    et ils s'étonnèrent tous

alors fut ouverte sa bouche soudainement et sa langue
    et il parlait, bénissant le Dieu,
et il advint une crainte
    sur tous leurs voisins
et dans tout le haut-pays de la Judée
    on se racontait toutes ces choses
et tous ceux qui avaient entendu les mettaient dans leur cœur
    disant
« qui donc sera cet enfant ? »
    et en effet la main de YHWH était avec lui

(Luc 1, 57-66)

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