Partage d'évangile quotidien
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Spirituel vs temporel

Ven. 29 Décembre 2023

Le spirituel authentique est ce qui ne peut, intrinsèquement, que remettre en cause le temporel, inlassablement et sans cesse l'interroger, le questionner, l'inviter à se dépasser, à voir et à aller plus loin, plus haut, plus vrai, plus beau.

Chez Matthieu, la naissance de Jésus est un événement immédiatement politique, et même de politique internationale : ce sont des "mages" (pour ne pas dire des "sages", des savants, des astronomes) étrangers qui ont découvert, en observant les étoiles, sa venue en tant que roi des juifs, sans guillemets : il ne s'agit pas pour eux d'une royauté purement spirituelle, pas plus que pour Hérode qui prend l'affaire très au sérieux, au point que la sainte famille doit émigrer sans délai sitôt l'enfant né, et que quelques centaines d'enfants se font massacrer à sa place. Il ne faut pas s'y tromper, si Matthieu nous décrit ces commencements de Jésus d'un tel point de vue, c'est que c'est encore le sien au moment où il écrit, il pense encore que la fin des apparitions du ressuscité n'est que provisoire, qu'il va revenir et s'installer sur le trône de David, telles sont son attente et son espérance, celles de l'évangéliste, celles aussi de toute une part importante des premiers chrétiens.

Chez Luc, il y a certes comme chez Matthieu du merveilleux (anges et autres phénomènes surnaturels), mais concrètement il n'y a que des petites gens qui sont présents à ces premiers pas dans le monde de celui sur lequel se fondera une des religions qui aura le plus d'impact dans l'histoire des hommes. Les bergers sont les parias de l'époque, vivant jour et nuit et toute l'année en-dehors de la société ; ce sont des marginaux, des gens sans instruction, à comparer aux savants astronomes... Quant à Syméon et Anne, leurs seules caractéristiques sont d'être des spirituels, des personnes à l'écoute, mais clairement sans aucun rôle institutionnel. Mais il est vrai que Luc représente un tout autre courant du christianisme naissant, là où Matthieu reste attaché à un judaïsme centré sur l'élection d'un seul peuple, chouchou arbitraire de son Dieu.

Qui a raison ? On voit dans les évangiles que le principal intéressé lui-même, Jésus, semble bien être resté imprégné au cours de sa vie de cette centralité d'Israël dans sa mission, d'une part. D'autre part, on ne peut nier non plus que l'Israël en question l'ait rejeté, comme il le rejette d'ailleurs toujours aujourd'hui encore deux mille ans plus tard. Il semble alors difficile d'infirmer qu'en voulant se dégager de ce qu'il y avait de trop égo-centré et terre-à-terre dans le judaïsme, le christianisme n'ait finalement fait que vouloir rester fidèle à l'universalisme qui imprégnait l'esprit de l'enseignement de Jésus, même s'il est clair que concrètement, dans le développement ultérieur de son histoire, ce christianisme s'est à son tour compromis lui aussi en devenant la religion, non plus d'un seul peuple, mais de tout un empire !

Ce qui semble alors poser problème, tant dans le judaïsme que le christianisme, mais aussi dans toute religion ou tradition de type religieux, c'est cette dépendance aux institutions politiques qui est toujours si tentante, mais qui constitue en soi une trahison, car le spirituel authentique est ce qui ne peut, intrinsèquement, que remettre en cause le temporel, inlassablement et sans cesse l'interroger, le questionner, l'inviter à se dépasser, à voir et à aller plus loin, plus haut, plus vrai, plus beau.

 

 

Et quand furent accomplis les jours de leur purification
    selon la Torah de Moïse
ils l'amenèrent à Iérousalem
pour le présenter à YHWH
comme il a été écrit dans la Torah de YHWH
"tout mâle ouvrant la matrice
    sera appelé saint pour YHWH"
et pour offrir en sacrifice,
    selon ce qui a été dit dans la Torah de YHWH
une paire de tourterelles ou deux jeunes colombes,
et voici, il y avait un homme à Iérousalem
    du nom de Syméon
et cet homme était juste et fervent,
    attendant la consolation d'Israël,
et l'Esprit saint était sur lui
et il lui avait été révélé par l'Esprit saint
    qu'il ne verrait pas la mort
avant d'avoir vu le Messie de YHWH

et il vint dans l'Esprit dans l'enceinte du temple
juste comme les parents y apportaient l'enfant Jésus
    pour faire selon la pratique de la Torah sur lui
et lui le reçut dans ses bras
    et il bénit le Dieu et dit
« Maintenant tu libère ton serviteur,
    Maître, selon ta Parole, en paix,
parce que mes yeux ont vu ton salut
que tu as instauré à la face de tous les peuples,
lumière pour une révélation aux nations
    et gloire de ton peuple Israël »
    
et son père et sa mère
    étaient étonnés de ce qui avait été dit de lui
et Syméon les bénit
    et dit à Marie sa mère
« Voici, celui-ci est posé
    pour la chute et pour le relèvement
de beaucoup en Israël
    et pour un signe de contestation
— mais pour toi aussi : ton âme sera transpercée d'un glaive —
    afin que soient révélées
les pensées des cœurs de beaucoup »

(Luc 2, 22-35)

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R
Vous semblez ne voir ici qu'une fabulation, sans fondement. N'avez-vous jamais consulté les livres de « Vittorio Messori » ?
Répondre
A
Bonjour René, je n'ai effectivement rien lu de Vittorio Messori, et j'essaierai de le faire, mais d'après ce que j'ai vu sur internet, il n'est pas historien, je ne suis donc pas sûr qu'il soit le mieux placé pour parler de l'historicité de tel ou tel événement rapporté dans les évangiles.<br /> Concernant plus précisément la visite des mages et le massacre subséquent des innocents, en-dehors du fait qu'on ne trouve, à ma connaissance, aucune trace de ces événements-là aiklleurs que ici chez Matthieu (Flavius Josèphe qui donne beaucoup de détails sur toute la dynastie des Hérode n'en parle pas), ne voyez-vous pas quelle serait la responsabilité de Dieu d'avoir guidé de manière surnaturelle ces mages jusqu'à Jérusalem, puis de les avoir perdus en éteignant l'étoile, pour qu'ils soient obligés de demander conseil à Hérode ?