Un conteur très habile
Des mères apparentées, mais de ce genre dont on doit à chaque fois se remémorer par quels intermédiaires, y compris "par alliance" comme on dit, et donc à quel degré précisément...
Luc est un conteur très habile, les personnes qui ont commencé à lire (ou entendre) son évangile jusqu'ici devaient être assez désorientées : elles s'attendaient à entendre l'histoire de Jésus, mais elles ont dû se farcir l'histoire de personnes s'appelant Zacharie et Élisabeth, et d'un fils qui est en train de grandir dans le ventre de sa mère et qui s'appellera Jean. Quel est le rapport de tout ceci avec celui qui est censé être le héros principal ? Un seul petit indice, jusque là, peut leur mettre la puce à l'oreille, c'est que ce Jean marchera "dans l'esprit et la puissance d'Élie". Il n'y a que ce détail qui, s'ils ont quand même déjà quelques notions assez avancées sur l'histoire de Jésus, peut leur faire comprendre que ce Jean est Jean le Baptiste, mais sinon...
Et maintenant on entre donc enfin dans le vif du sujet, voilà, il est donc question aussi de la conception, six mois après celle dudit Jean, de celui qu'on attendait, Jésus. Conception encore plus extraordinaire que celle d'un fils de vieux, d'une Élisabeth ménopausée et d'un Zacharie andropausé, voici la conception d'un enfant sans rapport sexuel... quant au lien avec l'autre, le Jean, on apprend seulement que les mères sont apparentées ; non pas "cousines" comme on croit parfois, le lien peut être beaucoup plus vague, y compris du genre de ces personnes dont on sait qu'on est parents mais dont on doit à chaque fois se remémorer par quels intermédiaires, y compris "par alliance" comme on dit, et donc à quel degré précisément.
Cette parenté, cependant, supposée entre Jésus et Jean, reste suffisamment vague pour qu'on ne soit pas surpris, un peu plus tard, lors du baptême de Jésus, que les deux "cousins" se comportent comme s'ils ne se connaissaient pas, parce que c'est bien le cas. Il semble à peu près certain que tout ceci est le fruit de l'imagination très astucieuse de Luc, pour, à la fois mettre en relief ce qui rapproche les deux prophètes, et à la fois établir la supériorité spirituelle du plus jeune des deux sur l'autre. Il s'agit là toujours de la problématique des disciples restés fidèles à Jean le Baptiste et qu'on veut essayer de rallier à Jésus.
Noter que les titres de "fils du Très-Haut" et "fils de Dieu" attribués ici à Jésus ne signifient pas nécessairement ce que le christianisme entendra par là de manière définitive à partir du troisième ou quatrième siècle : il ne s'agit pour l'instant que du même titre qui avait été attribué aussi à David notamment, celui donné à des personnes exceptionnellement importante dans l'histoire du peuple "choisi", titre qui marque une proximité et une attention particulière de Dieu à ladite personne, mais certainement pas la divinité de Jésus telle qu'exprimée dans le dogme des deux natures, humaine et divine. Même en admettant que Jésus ait été effectivement conçu par le seul saint Esprit, un zygote sorti comme ça directement du néant...? en quoi ceci établirait-il qu'il soit à la fois humain et divin ?
Autre possibilité encore, Dieu n'a créé du néant qu'un spermatozoïde qui a fécondé un ovule tout-à-fait humain de Marie. Voilà donc l'union parfaite du dieu et de l'homme (la femme en l'occurrence), et toute la dévotion mariale qui va s'en suivre puisque l'ovule de Marie, lui, avait donc échappé au péché originel ! Oui, sauf qu'on ne voit vraiment pas pourquoi ce qui aurait été possible pour un ovule ne l'aurait pas été pour un spermatozoïde. Pourquoi n'aurait-il pas pu y avoir un homme aussi, ayant bénéficié lui aussi d'une immaculée conception comme Marie, pour que ce soit simplement par l'union maritale parfaitement humaine de ces deux-là que naisse le "Fils" de Dieu ?
Avec de nouveau mes excuses pour aborder ces question de manière aussi triviale (?), n'est-ce pas surtout, derrière toute cette histoire de conception virginale, douter des capacités de Dieu à agir dans le monde tel qu'il l'a créé ?
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puis au sixième mois
l'ange Gabriel fut envoyé par le Dieu
dans une ville de Galilée du nom de Nazareth
vers une vierge
promise à un homme du nom de Joseph
de la maison de David
et le nom de la vierge était Marie
et étant entré chez elle il dit :
« grâce sur toi comblée de grâce !
YHWH est avec toi »
elle, à cette parole, se troubla fort
et se demandait
ce que pouvait être cette salutation
alors l'ange lui dit :
« ne crains pas, Marie !
car tu as trouvé grâce aux yeux de Dieu
et voilà, tu concevras dans ton ventre
et tu enfanteras un fils
et tu l'appelleras de son nom, Jésus ;
lui il sera grand
et il sera appelé fils du Très-Haut
et YHWH le Dieu lui donnera
le trône de David son père
et il régnera sur la maison de Jacob pour l'éternité
et à son royaume il n'y aura pas de fin »
Marie dit alors à l'ange :
« comment cela se produira-t-il
puisque je ne connais pas d'homme ? »
et l'ange répondit et lui dit :
« Esprit saint viendra sur toi
et puissance du Très-Haut t'obombrera
aussi ce qui s'engendre, saint,
sera appelé fils de Dieu ;
et voilà, Élisabeth ta parente, elle aussi
a conçu un fils dans sa vieillesse
et ce mois est le sixième
pour elle qui était appelée stérile,
parce que rien d'impossible de la part de Dieu,
n'importe quelle parole »
alors Marie dit :
« voilà, je suis la servante de YHWH,
qu'il m'advienne selon ta parole ! »
et l'ange s'en alla d'auprès d'elle
(Luc 1, 26-38)

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