Retours d'expériences
Marie vient de vivre un moment pour le moins exceptionnel, et voilà que, sans plus attendre, elle ne trouve rien de mieux à faire que d'aller voir sa parente doublement lointaine : de parenté éloignée, et demeurant loin là-bas, du côté de la capitale
Marie vient de vivre un moment pour le moins exceptionnel, une conversation avec un ange, lequel lui a annoncé quelque chose d'au moins aussi exceptionnel, que va grandir en elle un enfant conçu exprès, directement, par l'Esprit de YHWH ! rien que ça... et voilà que, sans plus attendre, elle ne trouve rien de mieux à faire que d'aller voir sa parente doublement lointaine : de parenté éloignée, et demeurant loin là-bas, du côté de la capitale. On peut être étonnée de ce choix, se dire que, à sa place, on serait restée là à se féliciter de ce qui nous arrive, en jubiler, et se repasser encore et encore le film... mais non ! C'est pourtant certainement ce qu'elle fait quand même, Marie, elle rumine en son cœur cet événement, comme le dit Luc à plusieurs reprises, et comment pourrait-elle faire autrement ?
Mais rester là, à ne faire que ça, ne la mènerait non plus à rien. Alors puisque l'ange lui a signalé cette autre grossesse hors du commun, celle d'Élisabeth, qui en arrive à six mois, un stade où, vu l'âge de la mère, les risques de naissance avant terme deviennent sensibles, elle saute sur l'occasion de sortir du miroir et du tête à tête avec elle-même. Elle ne fait certainement pas seule le trajet, mais c'est secondaire, et la voici sur place, là où elle va aussi pouvoir commencer de partager son secret avec quelqu'un d'autre. Et Joseph ? eh bien non, chez Luc Joseph est quasiment un fantôme. On ne sait pas si Marie lui a déjà confié ce qui lui arrive, on ne sait pas comment il a pu réagir. Joseph ne sert à peu près qu'à justifier le futur voyage à Bethléem pour que ce soit là que Jésus naisse...
Quant à Élisabeth, que son enfant ait fait du remue-ménage dans son ventre à six mois de grossesse, c'est évidemment tout-à-fait crédible, on peut imaginer de soudains grands coups de pieds ou de poings. Qu'elle interprète cette gesticulation comme étant une manifestation de joie, mmmmouais ! qu'elle en conclue que Marie est enceinte de quelques jours, waouh ! en fait on est encore dans le merveilleux, mais du moment qu'on a commencé avec des apparitions d'anges et des conceptions miraculeuses, on n'est plus à ça près. On peut cependant bien imaginer la joie que représente l'arrivée de Marie pour Élisabeth qui vient de passer près de six mois à cacher son état à toutes ses connaissances ! enfin quelqu'un auprès de qui elle va pouvoir épancher son cœur, et sortir elle aussi de ses ruminations sur ce qui lui arrive.
Sa dernière remarque, "heureuse es-tu d'avoir cru...", est peut-être à mettre en rapport avec ce qui est arrivé à Zacharie, qui lui n'a d'abord pas cru l'ange qui lui annonçait la conception de Jean, raison pour laquelle il était devenu muet depuis. Il est vrai qu'on pourrait interpréter la réponse de Marie à l'annonce de l'ange qu'elle va être enceinte ("comment cela se produira-t-il puisque je ne connais pas d'homme ?"), comme l'expression d'un doute, mais non, c'était seulement pour savoir si cela impliquait qu'ils allaient se marier plus tôt que prévu, avec Joseph, ou si ce serait avec un autre homme, ou ??? c'était juste une question très pratique, terre-à-terre, concrète : pour être enceinte, normalement il faut aller avec un homme, donc, quoi, qu'est-ce qui est prévu dans le plan ? tout au plus une curiosité bien féminine (?), et en tout cas légitime.
Élisabeth, la femme âgée, qui va enfanter le dernier prophète de l'Alliance première, et Marie, la jeune, qui va enfanter, elle, le messie, celui qui inaugure la seconde Alliance... deux femmes réunies pour un passage de témoin.
/image%2F0553225%2F20231221%2Fob_d9c1b3_20231221.jpg)
et Marie se leva en ces jours-là
et alla vers le haut-pays en hâte
dans la province de Juda
et elle entra dans la maison de Zacharie
et salua Élisabeth,
or il arriva, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie,
que l'enfant bondit dans son ventre
et Élisabeth fut remplie d'Esprit saint
et elle s'exclama d'une voix forte et dit :
« bénie es-tu parmi les femmes !
et béni le fruit de ton ventre !
et comment se fait-il que vienne à moi
la mère de mon seigneur ?
car voilà,
comme parvint la voix de ta salutation
dans mes oreilles
il a bondi d'allégresse
l'enfant dans mon ventre
et heureuse es-tu ! qui as cru
que serait accompli
ce qui t'a été dit de la part de YHWH »
(Luc 1, 39-45)

Commenter cet évangile