De la violence, rien de bon ne sort
Le problème avec les guérisons miraculeuses est qu'elles auraient tendance à agir comme des contraintes, comme des moyens de forcer à se positionner, du moins pour ceux qui en sont témoins sans en être les bénéficiaires.
Si on excepte la journée type à Capharnaüm, voici la troisième guérison rapportée par Marc. La première, celle du lépreux, était empreinte d'une grande émotion, de l'hésitation d'abord, puis comme un rejet, un refus, une colère, du fait que cette guérison s'était effectivement produite. La deuxième, celle du paralytique descendu à travers le toit, semble avoir été motivée par le besoin de donner du poids à une affirmation théologique : Jésus prétendait que les péchés peuvent être pardonnés par les hommes, la guérison miraculeuse était censée appuyer son affirmation.
Sur cette deuxième guérison, on touche en fait précisément la problématique de ces événements qui sortent de l'ordinaire : ils auraient tendance à agir comme des contraintes, comme des moyens de forcer à se positionner, ils font en fait violence, du moins pour ceux qui en sont témoins sans en être les bénéficiaires, et tout ce qui est violence ne génère jamais rien de bon. On le voit clairement, à chaque fois qu'ils sont témoins d'une guérison, les "pharisiens" ou les "scribes" ou les "grands-prêtres" ne sont absolument pas convaincus mais au contraire de plus en plus hostiles à Jésus, et c'est normal, on pourrait presque dire que c'est de sa faute s'il a ainsi fait de plus en plus monter la tension entre eux.
La troisième guérison, aujourd'hui, se situe de nouveau dans ce contexte d'antagonisme, sur le sujet cette fois de ce qu'il est licite de faire ou pas les jours de shabbat. Mais la particularité cette fois-ci est que ce sont ces adversaires qui le provoquent : ils l'épient, c'est gros comme le nez au milieu de la figure. Une nuance cependant, comme l'antagonisme n'a pas été manifesté explicitement, Jésus ne fait pas de lien explicite entre la guérison qui va se produire et le principe qu'il veut défendre que, le shabbat, faire une bonne action ne peut que se justifier par soi-même.
Pour le paralytique, en effet, il avait annoncé clairement "pour que vous sachiez que le fils de l'homme a pouvoir...", ici non. Il commande à l'homme d'étendre sa main, cette main toute recroquevillée et comme morte, tout comme il avait commandé au paralytique de se lever et s'en aller... Avec le paralytique, la guérison ne pouvait qu'être attribuée à l'ordre donné par Jésus, puisqu'il l'avait justifié à l'avance. Ici, ce n'est pas tout-à-fait aussi évident : il n'a pas annoncé clairement qu'il allait guérir l'homme, le résultat peut alors à la rigueur être pris pour une coïncidence, du moins si on y réfléchit dans une optique judiciaire, d'un procès à lui faire, avec charge de la preuve revenant à l'accusation.
Il n'en reste pas moins que ce n'est pas ça qui va calmer ses adversaires... Décidément, il ne peut s'empêcher de les provoquer ! Ou bien, c'est qu'il n'est pas vraiment maître de ce qu'il se passe. Il n'y est en réalité pour rien, volontairement, consciemment. Les guérisons se produisent, surtout parce que les gens ont entendu parler de lui comme guérisseur et ont cette envie d'être guéris, et ce sont les évangélistes qui, écrivant tout cela bien des années après les événements, sur la base de souvenirs de personnes qui les ont certes vécus, mais qui ont bien pu se les reconstruire sous un angle différent, en attribuant rétrospectivement à Jésus plus d'initiative dans ces guérisons qu'il n'en avait réellement eues... ?
/image%2F0553225%2F20240117%2Fob_d0e8a9_20240117.jpg)
et il entra de nouveau dans la synagogue
et il y avait là un homme ayant la main desséchée
et ils l'épiaient
si, le shabbat, il le guérirait
afin de pouvoir l'accuser
et il dit à l'homme à la main sèche
« tiens-toi debout
au milieu ! »
et il leur dit
« est-il permis le shabbat
de bien faire ou de mal faire ?
de sauver une vie ou de tuer ? »
mais eux se taisaient
alors les ayant regardés à la ronde avec colère,
étant désolé par la dureté de leur cœur,
il dit à l'homme
« étends ta main ! »
et il l'étendit et sa main fut rétablie
et étant sortis, les pharisiens
aussitôt s'accordèrent avec les hérodiens contre lui
pour le perdre
(Marc 3, 1-6)

Commenter cet évangile