L'homme n'est pas fait pour la religion
Il est bien possible qu'on veuille passer sa vie, satisfait de pouvoir remplir sa panse chaque jour et dormir bien au chaud, et pourquoi pas ? en ce cas, il est certain qu'on n'a nul besoin de religion, ni même de simple philosophie.
"Le sabbat a été fait pour l'homme et non l'homme pour le sabbat" ne signifie pas que le sabbat serait forcément néfaste...! Marc est le seul des trois synoptiques à avoir cette phrase ; les trois concluent que "le fils de l'homme est maître du sabbat", formule qui peut laisser croire que c'est Jésus seul qui a cette maîtrise, lui seul qui peut décider de ce qui est licite ou pas ce jour-là, si on s'en tient à une signification restreinte de l'expression "fils de l'homme". Mais cette sentence que Marc est le seul à rapporter rétablit cependant la véritable portée de cet épisode dans son ensemble : ce sont les disciples qui ont supposément enfreint une règle du sabbat, et la défense que fait Jésus de leur acte n'est pas essentiellement de dire que lui, arbitrairement, décide de les dispenser de leurs obligations.
Il faut aller plus loin : la religion a été faite pour l'homme et non l'homme pour la religion. Rien, aucune "obligation" rituelle, ne peut tenir si elle ne fait le bonheur de ceux qui s'y conforment. Il n'y a pas de justification dont puisse se revendiquer quelque tradition religieuse que ce soit si elle ne procure pas à ceux qui y adhèrent ce bonheur, et ce, non pas dans une hypothétique vie après la mort, mais bien évidemment d'ores et déjà, aujourd'hui, dans cette vie-ci, en cet instant même.
Ceci étant posé, il reste qu'il peut y avoir bonheur et bonheur... Il est bien possible qu'on veuille passer sa vie, satisfait de pouvoir remplir sa panse chaque jour et dormir bien au chaud, et pourquoi pas ? en ce cas, il est certain qu'on n'a nul besoin de religion, ni même de simple philosophie. C'est uniquement pour ceux qui éprouvent le besoin d'autre chose au-delà de ce bien-être de base, sans pour autant évidemment le mépriser, mais quand même au-delà. Des satisfactions plus profondes. Comme parfois ce sentiment de gratitude ineffable devant simplement un beau paysage, ou un oiseau venant picorer devant la fenêtre, ou encore une certaine béatitude en écoutant une belle musique. En bref, tous ces moments, dont nous nous rendons compte après coup que c'était comme si nous étions passés ailleurs, comme si nous nous étions oubliés, et qui pourtant nous ont comblés bien plus profondément que la seule satisfaction de nos besoins physiologiques de base.
Car là est peut-être le paradoxe fondamental, que c'est la transcendance qui s'avère être la source de notre immanence. Voilà ce que signifie au plus profond la spiritualité, et la seule justification possible de quelque tradition religieuse que ce soit : permettre de, amener à, faire une telle expérience. La transcendance, ce qui me dépasse le plus au-delà de moi-même, est pourtant la source la plus intime de mon être-même, ce qui est moi-même au plus profond de moi-même.
Une fois cette expérience initiée, réalisée, alors il est évident qu'il n'y a pas trente six mille dieux, ni même peut-être un seul, tant ce mot peut être chargé de tant de contresens et d'abus. Seule reste cette réalité vécue, dont témoignent chacune et toute tradition religieuse ou spirituelle ou même simplement philosophique. Certes, cette réalité, c'est subjectivement que je l'éprouve, que je la vis, mais c'est le cas d'absolument tout ce dont nous pouvons parler, nous les êtres humains. Et cette expérience, que j'éprouve et vis subjectivement, je ne suis pas le seul à pouvoir en témoigner, d'autres l'éprouvent et la vivent aussi, et il n'y a aucun doute : c'est bien exactement la même. Elle est donc aussi bien fondée que n'importe quel autre fait établi "scientifiquement"...
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et il est arrivé que, le sabbat,
il passe à travers les emblavures
et ses disciples ont commencé, en chemin,
à cueillir les épis
et les pharisiens lui disaient
« vois ! pourquoi font-ils, le sabbat,
ce qui n'est pas permis ? »
et il leur dit
« n'avez-vous jamais lu ce qu'a fait David
quand il était dans le besoin et affamé
lui et ceux avec lui ?
comment il est entré dans la maison de Dieu
aux jours d'Abiathar le prêtre
et a mangé les pains de la Face
qu'il n'est permis de manger sinon aux prêtres ?
et il en a même donné à ceux qui étaient avec lui »
et il leur disait
« le sabbat a été fait pour l'homme
et non l'homme pour le sabbat ;
aussi il est Seigneur
le fils de l'homme
même du sabbat »
(Marc 2, 23-28)

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