Ferme-là !
Ferme-la ! ferme ta gueule, tais-toi, ne dis plus rien : cette injonction se retrouve tout du long de l'évangile de Marc, du moins se remarque-t-elle tout particulièrement dans cet évangile-là, car elle figure aussi dans les autres. Les exégètes ont même inventé une expression spécifique à ce sujet : le secret messianique. Autrement dit, Jésus aurait très bien su qu'il était le Messie, et ce bien évidemment dans le sens que le christianisme a donné à ce mot (Jésus fils unique de Dieu et Dieu lui-même), mais il ne voulait pas que ce soit dit, à cause du risque que les foules juives le prennent dans leur sens à elles, de ce messie politico-militaire, de l'homme providentiel, qui allait chasser les romains de leur pays et restaurer ainsi définitivement leur souveraineté sur leur terre.
Et, il est certain, que les disciples, effectivement, considéraient Jésus sous cet angle-là, c'était là l'essentiel de leurs attentes, de leurs espoirs, de leur espérance. D'ailleurs, s'il faut en croire Matthieu (19, 28), Jésus lui-même les aurait encouragés dans ce sens en leur promettant que, dans son futur royaume, lorsque lui-même serait assis sur son trône de gloire, les Douze seraient assis eux aussi sur des trônes "pour juger les douze tribus d'Israël". Sachant que, dans l'histoire d'Israël, ceux qu'on appelait des "juges" étaient en fait les chefs de tout le peuple, avant que ne soit instaurée la royauté, cette promesse rapportée par Matthieu, si elle est historique, serait très claire !
Cependant, ce passage de Matthieu est bien un peu seul dans tous les évangiles pour plaider en ce sens, tandis qu'au contraire abondent les "qui veut être premier qu'il se fasse le dernier" ou "qui veut être le chef qu'il se fasse l'esclave" etc. Le concept de "secret messianique" à propos de ces interdictions faites pas Jésus de parler de lui comme le Messie ne manquerait donc peut-être pas de certains fondements, à ceci près que, en voulant lui conserver le titre de messie (christ), le christianisme, en partie malgré lui peut-être, a conservé aussi quelque chose de la dimension hiérarchique qui y est associée ; une hiérarchie de type franchement politique a été remplacée par une de type plutôt religieux, mais qui ne se justifie pas plus.
Et si, en réalité, ces consignes de secret, allaient bien au-delà de cette question de savoir si Jésus était le Messie ou pas, même si un Messie différent de celui attendu ? parce que, de fait, cette demande de se taire ne vient pas seulement quand l'interlocuteur fait une proclamation comme celle d'aujourd'hui "tu es le saint de Dieu" ou "tu es le fils de Dieu" ou "tu es le Messie". Il semble bien qu'elle soit d'ordre beaucoup plus général, qu'elle veuille simplement inciter tout bénéficiaire d'un événement hors du commun, "miraculeux", guérison ou autre, à ne pas se précipiter pour en tirer quelque conclusion que ce soit. Ce n'est peut-être pas en premier pour sa propre tranquillité que Jésus invite à cette retenue, mais avant tout pour le bénéfice du... bénéficiaire.
Dans le fond, il s'agit d'adopter l'attitude attribuée à Marie : garder tout cela dans son cœur, pour que le "profit" ne soit pas seulement physique mais aussi et surtout spirituel.
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et ils entrent dans Capharnaüm
et aussitôt, le sabbat,
étant entré dans la synagogue, il enseignait
et ils étaient frappés de son enseignement
car il les enseignait comme ayant autorité
et non comme les scribes
et aussitôt il y avait dans leur synagogue
un homme avec un esprit impur
et il cria, disant
« qu'y a-t-il entre nous et toi, Jésus le Nazarène ?
es-tu venu nous perdre ?
je sais qui tu es : le saint de Dieu ! »
mais Jésus l'engueula, disant
« ferme-la et sors de lui ! »
et l'esprit impur, l'ayant déchiré
et crié d'un grand cri, sortit de lui
alors ils furent tous terrorisés
si bien qu'ils s'interrogeaient entre eux, disant
« Qu'est-ce que
ce nouvel enseignement plein d'autorité ?
il commande même aux esprits impurs,
et ils lui obéissent ! »
et aussitôt sa renommée sortit partout,
dans toute la région autour en Galilée
(Marc 1, 21-28)

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