L'aventure commence
Il y a dans les évangiles synoptiques une sorte d'omerta sur les Judéens (l'évangéliste Jean, la famille de Béthanie, ...) : on évite d'en parler, de leur donner de l'importance, une réalité.
Dans l'évangile selon Jean (1, 35s), ce sont André et Simon (ainsi que les autres) qui entendent parler de Jésus, viennent vers lui, et choisissent de le suivre. Ici chez Marc, ainsi que dans la version parallèle de Matthieu (4, 18-22), c'est Jésus qui leur demande de le suivre sans qu'ils ne le connaissent ni d'Ève ni d'Adam, et eux de lui obéir sans qu'on ne sache trop bien pour quelles raisons. Luc enfin (5, 4-11), plus sensé (?), reprend le même contexte que Marc et Matthieu, ils sont dans leurs bateaux, mais Jésus leur fait faire une pêche miraculeuse, et les appelle ensuite à le suivre, ce qui cette fois-ci se comprend mieux. Une seule chose semble certaine entre toutes ces versions, c'est qu'elles ne sont pas compatibles entre elles.
A priori et personnellement, je pencherais plutôt pour la version de Jean, pour la raison générale que celui-ci, dans l'ensemble de son évangile, rapporte très peu de faits, contrairement aux synoptiques. La raison en est connue : Jean était un Judéen, il n'a que très peu été présent en Galilée, et Jésus ne devait guère monter à Jérusalem que deux à trois fois par an au maximum. Le fait que Jean ait donc construit son évangile sur ce petit nombre de faits tend à impliquer que la plupart de ceux qu'il rapporte sont authentiques. Ce n'est pas non plus une garantie absolue, du fait des rédacteurs successifs de cet évangile. Mais concernant les tout débuts dans l'entourage de Jean le Baptiste, l'évangéliste était très vraisemblablement celui qui, le premier avec André, a voulu suivre Jésus, c'est donc de lui-même dont il parle dans ces tout débuts du ministère de Jésus...
Pourquoi alors les synoptiques parlent-ils de ces scènes avec des pêcheurs ? Il est difficile de le dire. Une des raisons possibles est l'antagonisme général entre ce qu'on pourrait appeler deux clans dans les aficionados de Jésus : d'un côté les Galiléens, les provinciaux, dans l'ensemble d'origines sociales plutôt modestes, et de l'autre côté des Judéens, des gens de la capitale ou de sa banlieue (Bethanie), et d'origines sociales élevées voire très très élevées (l'évangéliste lui-même, avec sa maison dont une pièce peut à elle seule contenir plus de cent personnes ; la famille de Lazare, avec Marie qui sacrifie un parfum valant une année de smic...). Il y a dans les évangiles synoptiques une sorte d'omerta sur ces Judéens : on n'en parle pas.
Pourtant, de la Cène à la Pentecôte, c'est dans le "cénacle", cette grande salle de la maison de Jean, qu'ils se cachent. Pourtant, ils rapportent aussi l'épisode du flacon de parfum, mais ils le situent chez un certain Simon le lépreux, dont on ne sait d'où il sort. Les Galiléens semblent bien vouloir, consciemment ou inconsciemment, tirer toute la couverture à eux...
Une autre piste possible serait de faire un rapport entre ces scènes sur la mer de Galilée avec celle rapportée dans l'évangile de Jean, cette autre pêche miraculeuse, mais se passant, elle, après la résurrection. Chez Jean, c'est cette scène qui relance les Galiléens rentrés chez eux et qui, de dépit, y avaient repris leur métier de pêcheurs, c'est là qu'ils sont véritablement appelés à devenir des pêcheurs d'hommes. En suivant cette piste, ces scènes de premier appel dans les synoptiques seraient en fait celles du nouvel appel après ce qu'ils avaient cru être la fin de tous leurs rêves de gloire politico-militaire.
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et après que Jean ait été livré
Jésus vint en Galilée
proclamant la bonne nouvelle de Dieu
et disant
« le temps a été accompli
et le règne de Dieu s'est approché,
repentez-vous !
et croyez en la bonne nouvelle ! »
et passant au bord de la mer de Galilée
il vit Simon et André, le frère de Simon,
jetant alentour (leurs filets) dans la mer
car ils étaient des pêcheurs
et Jésus leur dit « venez derrière moi !
et je vous ferai devenir des pêcheurs d'hommes »
et aussitôt ayant laissé les filets
ils le suivirent
et ayant continué un peu
il vit Jacques, celui de Zébédée, et Jean son frère,
et eux dans la barque réparant les filets
et aussitôt il les appela
et ayant laissé leur père Zébédée dans la barque
avec les salariés
ils s'en allèrent derrière lui
(Marc 1, 14-20)

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