Ils le firent appeler
Ils viennent de parcourir cinquante kilomètres à pieds pour le voir, en arrivant ils sont coincés par la foule ; il est là à peut-être une dizaine de mètres, dans la maison, mais impossible de se faufiler, ou ils trouvent qu'ils en ont déjà assez fait comme ça, alors ils font passer le message : s'il vous plaît, dites-lui que sa mère et ses frères sont là dehors, venus exprès pour lui. Et ils attendent, ils attendent, mais rien. Alors ils font passer un nouveau message : s'il vous plaît, qu'est-ce qu'il se passe, il n'est pas venu, pourquoi ? et la réponse finit par venir : il a dit que sa vraie mère et ses vrais frères...
C'est raide ! beaucoup sont choqués par cette scène, mais pour quelle raison exactement ? Une des tentatives les plus courantes pour l'adoucir est de se raccrocher aux branches : Jésus ne dit pas explicitement que sa mère et ses frères ne feraient pas la volonté de Dieu... donc on peut penser que sa réponse n'est qu'une déclaration générale, qui ne les exclut pas, et qui n'empêche absolument pas que tout de suite après il soit sorti, même si les évangiles ne le disent pas ! Sauf qu'on oublie alors, ou fait semblant d'oublier, ce que Marc disait juste un peu plus tôt, que la raison pour laquelle le clan familial s'est lancé dans cette expédition, c'est pour s'emparer de lui et le ramener chez eux...
Alors oui, cette scène, cette sorte d'indifférence de Jésus, peut-être surtout vis-à-vis de sa mère, est choquante. D'une manière générale, on n'accepte pas trop qu'un enfant n'ait pas un minimum de bienveillance pour ses parents, et tout particulièrement pour sa mère. Mais, par la même occasion, on omet de se poser aussi des questions sur ce qu'implique l'objectif dans lequel ils sont venus : comment sa mère a-t-elle pu douter de la santé mentale de celui qui est censé être né par l'opération du saint Esprit ? si c'est vraiment un ange qui le lui a annoncé, il n'est pas possible qu'elle l'ait oublié, on est marqué à vie par toute rencontre avec le divin, ou alors c'est qu'il ne s'agissait que d'une hallucination, un fantasme, une rêverie, un doux délire...
C'est qu'il ne faudrait pas confondre Jésus en Palestine avec Oui-Oui chez les Bisounours ! Il le dit clairement ailleurs, il est venu apporter l'épée et non la paix, fils et père se dresseront l'un contre l'autre, de même fille contre mère, belle-fille contre belle-mère. Il ferait beau voir qu'il affirme cela uniquement pour les autres, sans l'avoir vécu lui-même, non ? Pour le suivre, il n'est pas non plus obligatoire de se fâcher avec les siens, mais seulement s'il le faut. Autrement dit, les liens du sang ne doivent pas primer sur tout le reste, car ce qui est premier, c'est la paternité-maternité divine, l'engendrement par l'Esprit ou de tout autre mot qu'on veuille donner à la transcendance, dont les parents ne sont que les agents ou les instruments.
S'il vous plaît, ne niez pas cette origine spirituelle que nous partageons tous, pour certains elle peut être leur seule raison de vivre malgré tout ; dites "je ne la connais pas" et non "elle n'existe pas"...
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et arrivent sa mère et ses frères
et se tenant dehors
ils envoyèrent vers lui pour l'appeler
et une foule était assise autour de lui
et ils lui disent
« voici ta mère et tes frères et tes sœurs
dehors ils te cherchent »
et répondant il leur dit
« qui sont ma mère et mes frères ? »
et regardant à la ronde
ceux qui sont assis en cercle autour de lui il dit
« voici ma mère et mes frères,
car c'est qui fait la volonté de Dieu
qui est mon frère et ma sœur et ma mère »
(3, 31-35)

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