Partage d'évangile quotidien
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Le secret

Jeu. 25 Janvier 2024

Vivre, c'est nécessairement souffrir, et alors, y a-t-il ou non un sens à ce fait en lui-même ; pourquoi vivre ne pourrait-il pas se faire sans aucune souffrance ?

Rien de secret qui ne doive être révélé, rien de caché qui ne doive être dévoilé : il y a de nombreuses façons de comprendre ces affirmations. On peut penser à tous les torts dont nous sommes ou avons été responsables, et que nous refusons de reconnaître, ou pour le moins sur lesquels nous préférons ne pas nous appesantir. Ils sont là, quelque part dans un coin de notre mémoire, et quand pour une raison ou une autre ils auraient tendance à vouloir montrer leur bout du nez et se rappeler à notre bon souvenir, vite passons à autre chose, étourdissons-nous avec tout ce que notre société de consommation et de spectacle ne cesse de nous proposer pour nous permettre de ne surtout pas y penser. Et ceci sans compter tous les torts dont nous n'avons même pas conscience...

À l'inverse des injustices dont nous sommes ou avons été responsables, il y a certes aussi toutes celles dont nous sommes ou avons été victimes. Attention cependant, si nous espérons que nous en obtiendrions un jour réparation, ce n'est pas ce qui est dit ici ! on n'est pas au jugement dernier, on n'est pas dans les promesses selon lesquelles après notre mort les méchants seront punis et nous, les justes, seront récompensés. Je ne suis pas sûr qu'on puisse trouver ce genre de discours ailleurs dans les évangiles, mais en tout cas ce n'est pas le sujet de ce passage-ci. Juste : cela se saura, et n'est-ce pas suffisant ? étant entendu que cela sous-entend quand même que cela cessera ?

Et on rejoint alors un troisième sens possible à ces affirmations, beaucoup plus neutre, ne se rapportant plus à des torts dont nous soyons les auteurs ou les victimes, mais à cette problématique plus fondamentale qu'est celle du mal de manière générale, de la souffrance inhérente au seul fait d'être en vie : vivre, c'est nécessairement souffrir, et alors, y a-t-il ou non un sens à ce fait en lui-même ; pourquoi vivre ne pourrait-il pas se faire sans aucune souffrance ?

Je ne prétends pas avoir de réponse à cette question, et le texte non plus d'ailleurs, se contentant d'affirmer que, un jour, à un moment, peut-être à cet instant même, peut-être dans des milliards de milliards d'années, peut-être après notre mort présente, peut-être après d'innombrables morts et renaissances, mais en tout cas un jour, à un moment, cela nous deviendra clair, lumineux. Nous comprendrons.

Cette promesse est-elle crédible, est-elle fondée ? c'est évidemment encore une autre question. Il n'est pas sûr que la péricope qui suit, sur l'attention à porter à ce qui nous est dit, ait un lien direct, mais elle semble dire, elle, que, quoi qu'il en soit, si on n'accorde aucun crédit à cette promesse que tout puisse s'expliquer un jour, alors c'est sûr, cela ne se produira pas pour nous...

 

 

    et il leur disait
« la lampe arrive-t-elle
    pour être placée sous le boisseau ou sous le lit,
ou pour être placée sur le lampadaire ?
ainsi rien de secret qui ne doive être révélé
    ni rien de caché qui ne doive être dévoilé :
si quelqu'un a des oreilles pour entendre
    qu'il entende ! »
    
    et il leur disait
« faites attention à ce que vous entendez !
de la mesure
    dont vous mesurez
il sera mesuré pour vous
    et il vous en sera ajouté,
oui, qui a
    il lui sera donné,
mais qui n'a pas
même ce qu'il a
    lui sera pris »

(Marc 4, 21-25)

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R
Tresmontant, dans Évangile de Marc : Il est évident que la proposition Marc 4, 25 ne se situe pas sur le plan de ce que, dans la société païenne d'hier et d'aujourd'hui, on appelle communé¬ment la morale. Inscrite sur ce plan, la proposition apparaît comme choquante. En réalité, c'est une proposition qui relève de l'ontogenèse, c'est-à-dire de la création de l'être.<br /> Celui qui coopère activement et intelligemment à la création de l'être, celui qui fait fructifier le prêt initial de la création, celui-là recevra de Dieu en surabondance. Il réalise l'être en lui, puisqu'il n'y a d'être véritable que celui qui est capable d'agir propre, d'efficace causale, de fécondité. Celui qui ne fait pas fructifier le prêt initial de l'être qui lui est confié, même ce prêt initial lui est retiré. C'est le mâschâl des talents. On voit l'erreur fatale qu'il y avait à faire tomber l'enseignement ontologique du Rabbi sur le plan de ce que le sinistre philosophe de Kœnigs-berg appelait la Morale. C'est le contresens irréparable.
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