N'est-ce pas le charpentier ?
Il avait été attiré par Jean le Baptiste, puis, après son arrestation, alors qu'il était parti pour poursuivre l'œuvre de son maître, les premières guérisons se sont produites...
Curieux intermède, ou peut-être pas si curieux que ça. On a le sentiment que la vocation de Jésus lui est tombée dessus sans qu'il ne s'y soit bien attendu. Il avait été attiré par Jean le Baptiste, puis, après son arrestation, alors qu'il était parti pour poursuivre l'œuvre de son maître, les premières guérisons se sont produites, enclenchant comme une toute autre histoire : ce n'est plus seulement que le Royaume soit proche, c'est qu'il se met même à se manifester, ça y est, il est là, à portée de mains ; le fruit n'est pas encore mûr, mais la fécondation a eu lieu.
Commence alors la prédication propre à Jésus — son vrai ministère à lui —, et il se met à la proclamer, en partant de Capharnaüm et rayonnant de plus en plus loin dans les bourgs et villages alentours, et, logiquement, il arrive forcément qu'il repasse à Nazareth, sa "patrie", son "pays" ; mais là, ça ne marche pas, on n'est pas prêt à entrer dans le mouvement, résultat : il ne se produit pas de guérison, ou presque rien. Jésus semble vraiment surpris, décontenancé. L'épisode où sa famille était venue à Capharnaüm pour essayer de s'emparer de lui ne l'avait-il pourtant pas mis en garde ? n'y avait-il pas prêté attention ?
Quoi qu'il en soit, se pose de nouveau la question des origines biologiques de Jésus. Est-il crédible que Marie et Joseph aient continûment tenu secrète l'histoire de sa conception exceptionnelle telle que présentée par Matthieu et Luc ? et surtout : pour quelle raison l'auraient-ils fait ? dans aucun des deux récits, l'ange apparu soit à Joseph soit à Marie ne donne une telle consigne, de n'en rien dire à personne... Ne se sont-ils donc jamais confiés à aucun de leurs voisins, ni même à aucun de leurs parents, pas même à leurs autres enfants, ...et même pas à Jésus lui-même ?
Autre question : Jésus est ici appelé "le charpentier", c'est donc qu'il était connu par son métier, qu'il avait déjà exercé un temps non négligeable avant de partir se faire disciple de Jean le Baptiste, puis d'entamer sa propre carrière d'envoyé de Dieu. Comment a-t-il vécu cette période de dix à quinze années d'adulte ? Il semble qu'il avait choisi de rester célibataire, ce qui n'était pas courant, voire même plutôt mal vu, cela du moins pourrait expliquer une certaine réserve à son égard des habitants de Nazareth, mais dans ce cas il ne devrait pas être trop surpris de ce mauvais accueil...
À noter ? dans sa version parallèle, Luc dramatise à l'extrême cette incompréhension réciproque, puisque chez lui les habitants de Nazareth acculent Jésus jusqu'à un précipice près du bourg dans la ferme intention de l'y faire tomber ! mais Luc met sans doute là de l'huile sur le feu ; il a placé cet épisode au tout début du ministère public, il en fait ainsi une préfiguration du rejet final qui, lui, réussira, en aboutissant à la croix.
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et il partit de là
et vint dans sa patrie.
et ses disciples le suivent
et étant arrivé le sabbat
il commença à enseigner dans la synagogue
et beaucoup en l'entendant étaient frappés
disant
« d'où lui vient tout cela ?
et quelle est cette sagesse qui lui a été donnée ?
et les miracles
tels ceux qui arrivent par ses mains ?
celui-là n'est-il pas le charpentier,
le fils de Marie et frère de Jacques et Joset et Juda et Simon ?
et ses sœurs
ne sont-elles pas ici avec nous ? »
et il les choquait
aussi Jésus leur disait
« un prophète n'est pas sans honneur
sinon dans sa patrie
et parmi ses voisins
et dans sa maison »
et il ne pouvait là faire aucun miracle
si ce n'est pour quelques indispositions
qu'il a guéries par imposition des mains
et il s'étonnait de leur manque de foi
puis il parcourait les villages des environs
en enseignant
(Marc 6, 1-6)

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