Histoires de pouvoirs
On peut s'en désoler : pourquoi Dieu ne fait-il rien quand il y a la guerre, pourquoi n'empêche-t-il pas la violence sous toutes ses formes, les accidents, les maladies...
Il leur a donné autorité sur les esprits impurs, autrement dit la capacité d'accomplir des guérisons, puisque dans l'anthropologie biblique toute maladie est inséparablement de l'ordre à la fois physique et psychique, temporel et spirituel. Mais comment comprendre cette "autorité", que d'autres traductions rendent même par "pouvoir" ? Jésus lui-même, quand de telles guérisons se produisent par son intermédiaire, renvoie le bénéficiaire à Dieu : ce n'est pas lui, l'homme Jésus, qui guérit, c'est Dieu qui le fait à travers lui.
Tout au plus peut-on alors comprendre que, du faits qu'ils ont fréquenté Jésus, partagé sa vie de près, jour et nuit pendant suffisamment de temps, ils ont pu arriver par imitation ou par osmose, au moins partiellement, à un certain détachement de soi-même, une certaine libération et indépendance vis-à-vis de leur égo, distance nécessaire pour que ce même phénomène de guérison puisse se produire aussi par leur intermédiaire à eux. Ceci dit, ce détachement devait être très relatif, quand on les voit par ailleurs se disputer pour savoir lequel d'entre eux est le plus grand...
Quoi qu'il en soit, les consignes que Jésus leur donne s'expliquent parfaitement par la nécessité de cette distance, de ce recul, vis-à-vis de soi-même : il s'agit de faire confiance à la providence, donc partir avec juste le strict minimum nécessaire, un vêtement pour se protéger du soleil, des sandales pour ne pas se blesser les pieds, un bâton pour se défendre d'éventuelles bêtes sauvages, mais pas de nourriture, pas de quoi se sustenter, cela dépendra de la reconnaissance qu'ils auront pu susciter ou pas.
Ces histoires de miracles ne sont donc pas à proprement parler des histoires de pouvoirs, de puissance, mais c'est tout l'inverse, ils résultent de la capacité de ceux par l'intermédiaire desquels ils se produisent à s'abstraire d'eux-mêmes, à s'effacer, pour laisser ce qui les dépasse, la source de leur être, intervenir à travers eux.
Mais à l'inverse, il faut bien comprendre aussi que cela qui intervient alors, grâce à eux, n'a pas les capacités de le faire autrement : Dieu, la source de tout ce qui est, n'a pas en propre de bras ni de mains ni de jambes ni même de langue pour parler, il ne peut rien faire directement par lui-même dans le monde matériel à notre niveau. Nous seuls pouvons être ces bras, ces mains, ces jambes, cette langue. On peut s'en désoler : pourquoi ne fait-il rien quand il y a la guerre, pourquoi n'empêche-t-il pas la violence sous toutes ses formes, les accidents, les maladies ...il est pur esprit, c'est à nous d'agir dans tous ces domaines, de les lui prêter ces bras, ces mains, ces jambes, qu'il n'a pas.
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et il appelle à lui les douze
et il a commencé à les envoyer deux par deux
et il leur donnait autorité
sur les esprits les impurs
et il leur a enjoint de ne rien prendre pour le chemin
si ce n'est un bâton seulement
ni pain, ni besace, ni monnaie dans la ceinture
mais chaussés de sandales
et de ne pas avoir mis deux vêtements
et il leur disait
« où que ce soit, si vous êtes entrés dans une maison
restez-y jusqu'à ce que vous soyez partis de là
et en quelque lieu qui ne vous a pas accueilli
ni ne vous a entendu
en partant de là
secouez la poussière de dessous vos pieds
en témoignage contre eux »
et étant sortis
ils clamèrent qu'ils se convertissent
et ils chassaient de nombreux démons
et ils oignaient d'huile de nombreux malades
et ils les guérissaient
(Marc 6, 7-13)

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